Customer Login

Lost password?

View your shopping cart

Blog

Spotify, un modèle pour les livres? (ou la dictature du coût zéro)

On ne parle plus que de streaming. À croire que c’est la mode. 

D’abord, on en a parlé pour la musique. Spotify et Deezer se sont vite imposés parmi les mélomanes du net comme des moyens peu onéreux (voire carrément gratuits) de profiter d’une grande quantité de musique, si l’on accepte de subir quelques publicités. Puis est venu le temps de Netflix, et le principe du streaming adapté au cinéma et à la vidéo. Avec l’élargissement des bandes passantes et l’implantation des connexions à haut débit, c’est désormais un mode de consommation techniquement parfaitement envisageable. On attend le lancement en Europe un jour ou l’autre.

Et puis forcément, le livre s’en est mêlé. Ces derniers mois, les services proposant du streaming littéraire font florès: Oyster, 24symbols, Bookboard et en France, un petit nouveau, Youboox. On trouve un panorama de cette activité nouvelle dans un excellent article d’Actualitté dont je vous recommande la lecture, et qui m’a décidé à écrire ce post. 

Consommer sans payer, une fable moderne

On vous a servi cette utopie à toutes les sauces. En acceptant de subir un peu de publicité (quelquefois beaucoup), vous n’avez qu’à piocher dans le catalogue et écouter/lire/regarder ce qu’il vous plaira. Si vous n’acceptez pas de vous coltiner les réclames, il suffit de payer l’abonnement premium: en général, une dizaine d’euros par mois suffisent à emballer l’affaire. Le sondage évoqué dans l’article d’Actualitté démontre d’ailleurs que les acheteurs (britanniques, mais généralisons pour le bien de la démonstration) sont prêts à payer un tel abonnement à un prix situé entre 0 et 10 livres sterling, ce qui nous amènerait à un maximum de 15 euros par mois, même si 61% déclarent qu’ils ne souhaiteraient pas dépenser plus de 5£. Afin de trancher, déclarons le panier moyen d’un abonnement aux alentours de 10 euros par mois. 

image

(source: Actualitté)

10 euros, soyons d’accord, c’est le prix d’un livre. Si l’on fait la moyenne globale entre le prix d’un livre papier en grand format, d’un livre de poche et d’un ebook, on devrait arriver dans cet ordre de prix.

Donc pour 10 euros par mois, on pourra lire autant de livres qu’on le souhaitera.

Pour le prix d’un seul livre, c’est bien ça? 

Okay. Voyons ça de plus près.

“Et pourquoi ça ne fonctionnerait pas avec le livre?”

C’est vrai, ça, pourquoi pas? Si ça fonctionne avec le cinéma et la musique, après tout… Oui mais voilà, le hic, c’est que ça ne fonctionne pas si bien que ça. Enfin, si… mais seulement d’un certain point de vue. Je m’explique.

Forcément, du point de vue utilisateur, c’est un succès. Je suis moi-même détenteur d’un compte Spotify qui fait ma joie quotidienne. Tout ce contenu pour le prix d’un livre, d’un CD, oui, c’est tentant.

Du point de vue du service lui-même, c’est aussi intéressant! Après tout, pour le prix d’un hébergement serveur et d’une interface confortable, on génère du trafic et des revenus à la fois publicitaires et d’abonnements. Pas mal!

Par contre, là où je suis plus sceptique, c’est du point de vue des artistes et des producteurs… parce que là, c’est carrément du délire. Outre les frais inhérents à la production des oeuvres, il faut aussi rétribuer l’artiste en droits d’auteur. L’ami Numeriklivres le décrit assez bien ici, c’est une chose plus que compliquée: pour 4.000 pages vues, un revenu de 10 euros à répartir entre tous ses auteurs. Dur! Et imaginez bien que c’est la même chose pour les musiciens, qui pestent tous les jours contre les faibles revenus rapportés par les services de streaming. 

         image

Se rattraper ailleurs

Oui, le streaming, ça ne rapporte pas. Trop peu cher au départ, pas assez à se répartir à l’autre bout du tuyau: c’est une équation simple. Pourtant tout le monde y va, car la nature a horreur du vide et les éditeurs de contenus ont trop peur de passer à côté de quelque chose, d’autant plus que la promotion directe générée par ces services de streaming n’est pas négligeable.

               L'interface de Spotify

Ci-dessus: l’interface de Spotify

En effet, je suis le premier à aller acheter un CD après l’avoir écouté et apprécié sur Spotify. Je trouve ça normal, et j’aime de toute façon avoir l’objet chez moi. Au moins il est à moi, et je pourrai le transmettre (dans l’absolu, passons sur les qualités de conservation temporelle des supports numériques). Et j’imagine que je ferai pareil pour les livres: si j’ai lu un livre en streaming et qu’il m’a plu, je l’offrirai probablement à Noël à quelqu’un d’autre, en version papier ou ebook quand cela sera possible à grande échelle. Bref, l’un dans l’autre, on s’y retrouve — du moins je l’imagine. 

Et surtout, le streaming n’est pas une fin en soi: il est un moyen parmi d’autres, une sorte de complémentaire nécessaire qui est davantage une voie de promotion qu’une réalité économique, et qui doit s’insérer dans un écosystème global, oui, on est d’accord. À l’heure actuelle, on ne pourrait pas vivre du simple streaming et là où les musiciens font des concerts (qu’il faut bien leur payer), je vois mal Daniel Pennac faire des séances de dédicaces numériques payantes devant une foule en délire (un art différent par des moyens de diffusion différents). Bref, on ne peut pas faire que streamer. D’ailleurs, pourquoi streamer si ça n’arrange personne en particulier? Parce que…

                    

… le client est roi

Sempiternelle devise du commerçant avisé, la maxime est particulièrement bien adaptée aux comportements d’aujourd’hui. Les éditeurs qui maîtrisent mal les nouveaux flux (qui vont trop vite pour tout le monde de toute façon) sèment de petites miettes en espérant attraper les oiseaux, sans véritablement se poser la question d’une solution pérenne. Car il faudra bien trouver une solution pérenne!

La dématérialisation s’accélère, et l’on consommera de plus en plus numérique. Le livre papier finira par décroître, par effet mécanique, et on achètera de moins en moins le pendant papier pour faire plaisir à Mamie à Noël. Et quand tout sera dématérialisé… pourquoi est-ce que j’irai payer un fichier 10 euros à l’unité alors que pour le même prix, je disposerai d’un abonnement qui me permettra de profiter d’un catalogue entier? Pour en disposer hors connexion? La plupart des services de streaming proposent de disposer des fichiers hors connexion grâce à un petit supplément financier. Alors, quelle est la différence entre “posséder une fichier” et “en disposer 24/24 et 7/7 sur tous mes appareils, connecté ou pas”… La question intéressera seulement les juristes, car les clients auront tranché depuis longtemps: AUCUNE différence.

Hé ouais. Le livre n’est pas la musique, le livre n’est pas le cinéma. À vouloir tout qualifier d’industrie, on oublie les différences au profit des ressemblances. 

Oui, le client est roi. Mais le client est un enfant capricieux. Il veut la tarte aux fraises pour le prix du Carambar. Et si on commence à céder sur le prix de la tarte aux fraises, alors demain? 

Il est urgent de réfléchir à des modèles économiques pérennes autour du streaming. Une offre globale à bas prix est, à terme, la meilleure façon de creuser la tombe des artistes et de ceux qui les produisent. Remarquez, ça résoudra le problème: quand plus personne ne pourra vivre de son art, le catalogue s’amincira. 

Quand on me dit qu’il faut respecter le client, je ne peux qu’être d’accord. Cela passe par trouver un modèle économique qui satisfait et surtout qui permet de faire vivre et profiter tout le monde. 

Mais quand il s’agit de céder à un caprice (bien naturel, et je m’inclus dedans) dans le seul but de capter l’attention (syndrome du chaton et de la baballe), quand on cherche à récolter les fruits à court terme sans penser au long terme, alors on court — selon moi — à sa propre perte. 

                                  image

Les éditeurs doivent prendre en main la question du streaming, se l’approprier. Il est insupportable de voir les questions importantes être déléguées à des services tiers dont le modèle économique est à sens unique. Le streaming, c’est plus que probablement l’avenir. Et vous laisseriez jouer n’importe qui avec votre avenir? Allez, les éditeurs: on se réveille!

Et vous? Que pensez-vous d’une stratégie streaming sur le court, moyen, long terme?

Commentaires

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *