[communiqué] Walrus ferme ses portes

Même quand on travaille dans l’édition numérique, il est des phrases qu’on aimerait ne jamais voir s’imprimer sur un écran.

Mais vous nous connaissez : on aime quand ça va droit au but. Alors voilà.

Walrus va fermer ses portes dans quelques semaines.

Nous ne traversons pas de crise budgétaire, nous n’avons aucun procès aux fesses, non : simplement, nous n’y arrivons plus. Cela fait sans doute un petit moment que nous n’y arrivons plus.

Walrus a eu sa période dorée : celle de l’innovation, de l’enthousiasme général pour la lecture numérique, de l’audace aussi. Walrus, ce sont des séries comme Toxic ou Jésus contre Hitler. C’est aussi le retour des « livres dont vous êtes le héros » en numérique, les pulps déjantés à la couverture orange, reconnaissable entre toutes, et les expériences éditoriales comme le Labo. Ce sont aussi de belles collaborations – on pense bien sûr au Kadath des éditions Mnémos.

Au fil des publications nous avons réussi le plus dur : donner à Walrus une identité. Ça compte, mine de rien. Tout le monde n’y parvient pas. Mais ça ne suffit pas.

Car les temps ont changé. Le constat est implacable : nous n’arrivons plus à toucher de nouveaux lecteurs, et les anciens s’essoufflent. Les ventes sont ridicules, parfois jusqu’à frôler l’absurde, et couvrent à peine nos frais. Nous avons tout essayé ces dernières années, mais nous ne parvenons pas à jouer des coudes contre les mastodontes du marché. En conséquence, la motivation n’est plus là. Et à ce rythme, nous ne serons plus en mesure de continuer à maintenir la barque à flots.

Aussi nous préférons partir la tête haute, dans le respect des auteurs et des autrices – de nos engagements à leur égard –, plutôt que d’être contraints à fermer pour des raisons qui nous échappent.

Loïc et moi avons vécu une aventure éditoriale formidable. Elle nous a formés, nous a changés aussi, et nous avons convenu qu’il était désormais temps de passer à autre chose. Walrus a existé grâce à vous. Nous n’avons pas de mots assez forts pour remercier public et auteurs de ces huit années exceptionnelles. Mais il est temps pour le Morse, notre mascotte, de tirer sa révérence.

Nos livres resteront encore à disposition quelques semaines avant de disparaître progressivement dans le courant de l’été. Nous espérons qu’ils trouveront ensuite de nouvelles et belles maisons pour les accueillir – c’est déjà le cas de Toxic, par exemple, une série folle et ambitieuse qui partira chez Gephyre. Nous lui souhaitons une belle nouvelle vie.

Ces livres atypiques qui constituaient notre catalogue méritaient d’être lus, et ils le méritent toujours. Ils auront, nous le pensons, laissé un bon souvenir à nos lecteurs.

Nous n’oublions pas non plus Below : le jeu est enfin prêt et sortira dans quelques semaines, sous la houlette de son auteur, Michael Roch. Et croyez-nous, nous n’avons qu’une parole.

Les derniers mots sont les plus durs, alors on va juste s’arrêter ici. Et vous souhaiter de belles lectures, toujours.

May the Morse be with you.

— Julien Simon & Loïc Richard

Fondateur des éditions Walrus, éditeur quand il peut entre deux biberons. Dit parfois des bêtises, mais toujours pour la bonne cause. Amateur de littératures décalées et hors normes ; les sentiers battus n’existent que pour être évités.

Commentaires

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4 commentaires

  1. Fred sur 13 juin 2018 à 12 h 25 min

    Je me sens triste et aussi un peu coupable. J’ai découvert et adoré « Toxic » et la série des Jésus, même si ce n’est pas la littérature que je lis le plus. Neil Jomunsi m’a fait découvrir Walrus et Walrus m’a fait découvrir cette littérature. Je me dis que j’aurais dû vous aider plus…
    Alors bonne chance à vous pour vos futurs projets et merci pour tout.

  2. […] Car les temps ont changé. Le constat est implacable : nous n’arrivons plus à toucher de nouveaux lecteurs, et les anciens s’essoufflent. Les ventes sont ridicules, parfois jusqu’à frôler l’absurde, et couvrent à peine nos frais. Nous avons tout essayé ces dernières années, mais nous ne parvenons pas à jouer des coudes contre les mastodontes du marché. En conséquence, la motivation n’est plus là. Et à ce rythme, nous ne serons plus en mesure de continuer à maintenir la barque à flot. (voir le communiqué) […]

  3. TheSFReader sur 13 juin 2018 à 13 h 31 min

    Avec vous qui partez, c’est un peu du livre numérique FR qui s’en va, le pur, le vrai, celui qui se fait pas chier avec les conventions (et les DRM 😛 ). Tous mes vœux de continuation ailleurs, je vous suivrai toujours avec plaisir.

  4. Chris Simon sur 13 juin 2018 à 21 h 52 min

    C’est regrettable, mais je comprends. Tout d’abord, Bravo pour ces 8 années de foi et de travail. La série littéraire pulp et de genre en France est encore mal connue, mal perçue, mal comprise, surtout si elle innove. Mes séries ne s’en sortent pas trop mal, surtout parce que je n’ai pas les contingences et les coûts d’une maison d’édition. L’innovation coûte plus chère, prend du temps surtout. Une maison d’édition peut travailler prendant 20 ans dans le rouge, c’est épuisant. ET la lecture numérique en France ne semble plus suffisemment augmenter pour tenir un tel pari.

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