— Stimuli romantiques —

A.R. Morency

Née en 1987, A. R. Morency se décrit volontiers comme une globetrotteuse compulsive à tendance metalleuse, gameuse malgré elle et désespérément végétarienne. Elle écrit encore au crayon sur de vieux cahiers, de préférence dans les styles SF et fantastique, bien qu’elle s’amuse beaucoup à toucher à tous les genres. Dans la vie, elle tente d’occuper le temps qu’elle gaspille à ne pas écrire en se livrant à sa passion de rechange, l’étude des stratégies d’appropriation et d’intégration religieuses dans l’Antiquité tardive.

Le bruit strident de la sonnette me tire de ma torpeur. Je n’ai pas envie de me lever. Je songe d’abord à faire semblant de ne pas être là : ne pas bouger, surtout ne plus jamais faire le moindre geste. Morte et enterrée. Et puis, soudain, l’idée me vient que ça pourrait bien être lui, en train de faire le pied de grue devant ma porte. Serait-il revenu ? Peut-être a-t-il réalisé son erreur, peut-être vient-il m’annoncer qu’il ne peut pas vivre sans moi… Finalement, je m’extirpe de mon lit et zigzague entre les tas de vieux mouchoirs qui jonchent le sol de mon appartement. La sonnette continue de retentir, toujours plus insistante. Il s’impatiente. Et moi, je meurs de trouille ; et si ce n’était pas lui ? Et si c’était vraiment lui ? J’ai la tremblote et la tête qui tourne. Je respire un bon coup et ouvre la porte. Le type qui se tient face à moi ne ressemble pas du tout à celui que j’espérais voir. Très grand, mince, vêtu sobrement mais avec une certaine élégance, il porte un petit bouc bien taillé. Quelques pas derrière lui, un agent en uniforme semble être là en renfort, au cas où il me prendrait l’envie subite de sauter à la gorge de l’inconnu. La politesse aurait sans doute voulu que je les salue tous les deux – et la bienséance que je ne leur ouvre pas la porte en pyjama - mais je dois avouer que, pour l’heure, ces détails ne figurent pas sur la liste de mes soucis. Au bout d’un moment dont il semble profiter pour me détailler des pieds à la tête, l’homme au bouc se décide à briser le silence :

— Mlle Maloney ?

Il faut que je lui réponde, que j’ouvre la bouche et que je trouve quelque chose à en faire sortir. Pas si facile quand ça fait des jours et des nuits qu’on ne l’a plus habituée à prononcer que des « pourquoi ? » désemparés à l’adresse du Ciel…

— Heu… vous désirez ?

— Est-ce que nous pourrions entrer, je vous prie ?

Je m’écarte et laisse passer l’homme et son garde. Ils font semblant de ne pas remarquer le désordre infernal qui règne dans l’appartement. Prudents, ils se gardent malgré tout de s’asseoir sur le canapé en partie recouvert de vêtements sales, que j’ai pourtant l’obligeance de leur proposer. Tant pis pour eux. Pour ma part, je m’y affale.

— Hallings, de la CuSa.

Mon hôte improvisé daigne enfin se présenter et cela ne me réjouit que très moyennement. Il tend vers moi un badge auquel je jette un vague coup d’œil. La CuSa est une compagnie de sécurité publique reliée au ministère de l’Intérieur… Je me demande bien ce que j’ai pu faire de si grave pour qu’ils prennent la peine de dépêcher l’un de leurs agents à mon domicile.

— Vous n’êtes pas sans ignorer que, comme chacun de vos concitoyens, vous possédez un profil privé relié directement à nos systèmes d’information. Nous sommes donc au courant de votre récent changement de statut. Selon nos rapports, vous en êtes déjà à votre troisième rupture, rien que sur cette année… et si nous faisons la somme de vos séparations sur ces derniers cinq ans, je crains fort que nous en arrivions à….

— Ça va ! l’interromps-je, agacée. Je sais à combien j’en suis, merci.

— Dans ce cas, vous savez aussi que vous avez atteint la limite critique et que ma société et moi sommes là pour prendre des mesures dans ce genre de cas.

— Ça aussi je suis bien placée pour le savoir. L’amende que vous m’avez imposée quand j’ai rompu mes fiançailles, il y a deux ans, n’est pas encore tout à fait digérée… Mais, cette fois, je n’étais pas engagée, vous pouvez vérifier.

— Je sais. Ce n’est pas le problème.

— Et c’est quoi, alors, le problème ?

— Vous.

Merci bien. Moi qui me sens déjà en-dessous de tout suite à ma énième séparation, cela me fait un bien fou de constater que la CuSa m’envoie des agents le samedi matin rien que pour me remonter le moral.

— Au fond, vous avez sans doute raison, finis-je par concéder, dépitée.

— Non, non, ne vous méprenez surtout pas. Ce que je veux dire, c’est que votre situation nous fait nous poser certaines questions plus ou moins délicates. Vous êtes malheureuse, Mlle Maloney, vous passez votre existence à vous morfondre… nous ne voulons pas de cela ; la société a besoin de citoyens au mieux de leurs capacités, motivés, productifs. Et je ne vous cache pas que notre démarche a aussi pour but de prévenir des comportements plus… extrêmes.

Je le fixe. Je réfléchis. J’hésite.

— En gros, vous avez peur que je me bousille ?

— Disons plutôt que nous avons développé une solution infaillible afin d’enrayer le taux de décès volontaires. Nos résultats sont surprenants.

Soudain, je me rends compte qu’Hallings m’observe avec le même regard que porte le savant fou sur ses rats de laboratoire. Je commence à craindre d’être son nouveau cobaye lors d’expériences contre-nature et de me faire laver le cerveau. C’est sûr, si je deviens un légume, j’aurais tout de suite beaucoup plus de mal à me jeter d’un pont. Aussi, je tente d’être la plus rassurante possible.

— Vous savez, mon intention n’est pas d’en arriver là.

— Je n’en doute pas.

— D’ailleurs, je ne me sens pas si mal, aujourd’hui. Prête à croquer la vie à pleines dents.

— Vous m’en voyez ravi.

— Je reprends le boulot lundi, c’est décidé !

— Tant mieux !

Là, je suis à court d’arguments.

— Hem… alors ?

— Alors quoi ?

J’ai envie de me rouler à ses pieds et de le supplier de bien vouloir me dire ce qu’il projette de me faire. Au lieu de cela, je hausse les épaules en roulant des yeux en direction du flic muet.

— Oh. Oui, bien sûr. Je vous expliquerai tout en temps et en heure. Pour l’instant, nous allons juste fixer un rendez-vous.

Ce n’est pas une suggestion mais un ordre ; ce gars travaille pour l’Etat, autant dire qu’il ne sait pas ce que veut dire « non ».

— Bon, très bien. Je vais chercher mon agenda. On se revoit quand ?

— Maintenant.

 

*

 

L’endroit a beau être lumineux, la décoration raffinée et l’emménagement réalisé avec soin, ça n’en reste pas moins un putain de cabinet médical tout ce qu’il y a de plus anxiogène. Hallings est toujours là, il ne m’a pas lâchée d’une semelle depuis que nous sommes sortis de chez moi. Je parie que si je m’étais arrêtée pour aller faire pipi, il aurait monté la garde devant la porte des toilettes avec le PQ en otage. L’agent de tout à l’heure a cédé sa place à un infirmier à peine plus loquace, mais qui partage avec son prédécesseur une même fadeur banale. Celui-ci, toutefois, me met mal à l’aise, n’ayant de cesse de me lancer des coups d’œil équivoques et laissant traîner son regard lubrique sur chaque parcelle de mon anatomie. Croisant les bras sur ma poitrine, je me force à l’ignorer, reportant mon attention sur le représentant de la CuSa. Hallings tient un objet minuscule entre ses doigts, qu’il s’amuse à faire rouler entre son pouce et son index.

— Ça, Mlle Maloney, c’est l’innovation dont je vous parlais ; la solution à tous vos problèmes.

— Et aux vôtres aussi, apparemment.

— Il s’agit de notre Limiteur d’Oscillations et de Variations Emotionnelles, continue-t-il sans noter ma remarque. Entre nous, nous lui donnons le petit nom de Puce LOVE. Bien trouvé, n’est-ce pas ?

— Sensas’.

Un sourire narquois se dessine alors sur ses lèvres fines.

— Une fois greffée à votre cerveau reptilien, LOVE se connecte à vos émotions et en récolte chaque bribe d’information. Elle transmet ensuite celles-ci à un système central autogéré qui se charge d’analyser vos sentiments en temps quasi-réel. Si vous « débordez », entendez par là si vous êtes en proie à une très vive émotion, une alerte est automatiquement envoyée au système qui va établir ce que vous ressentez : si le sentiment est positif, grand bien vous fasse ! Mais s’il se trouve qu’il est négatif, le programme va alors le neutraliser grâce à une série très précise de stimuli électriques envoyés à votre amygdale et à votre tronc cérébral. C’est indolore, bien sûr.

— Donc, si je comprends bien, vous voulez m’empêcher d’être triste ? Je suis assez sceptique, voyez-vous. Non pas que l’idée de ne plus ressentir l’intense douleur morale dans laquelle je me vautre me dérange en soi, mais j’aurai l’impression qu’on essaye de m’ôter une part de ce qui fait que je suis moi. Ma personnalité, avec mes joies et mes peines.

S’attendant à m’entendre protester, Hallings semble avoir déjà préparé un lot de répliques toutes faites, et le voici qui, souriant de plus belle, se met à sortir les gros arguments.

— Ce n’est pas du tout ce que LOVE est censée faire. Il n’y a qu’une chose à retenir : LOVE vous fera trouver l’amour.

Et bing ! Le sale type vient de toucher sa cible en plein centre. Il gratte pile là où ça démange, conscient de mon point faible, le petit malin. Et si ma raison continue de me mettre en garde à grands coups de clairon, mon petit cœur d’artichaut bat déjà à tout rompre.

— Laissez-moi vous expliquer les détails, continue Hallings. Si la puce est capable d’inhiber le chagrin, la peur ou encore la colère, elle peut aussi générer toute une gamme de sentiments positifs. Pas l’amour, malheureusement, mais elle est toutefois susceptible de provoquer ce dernier en associant dans votre esprit une personne de chair et de sang à des sentiments de joie, de bien-être, voire d’addiction. En résumé, il suffit que nous vous dénichions un homme lui aussi muni d’une puce LOVE, que nous vous arrangions un rendez-vous et que nous envoyons depuis notre programme quelques stimuli romantiques à vos cerveaux respectifs. Nous réglerons ensuite le système pour qu’il entretienne votre belle histoire jusqu’à la fin de vos vieux jours. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Happy end.

Si je comprends bien – et je sais que c’est le cas – on me propose, ou plutôt on me prévient qu’à partir de maintenant, je n’aurai plus la moindre emprise sur mes sentiments amoureux. On va me refiler un fiancé dont j’ignore tout, mais auquel on va me rendre accro sous prétexte que je serai plus heureuse comme ça, moi, la fille totalement inapte au bonheur conjugal. Allez savoir pourquoi, mais c’est l’instant que choisit ma mémoire pour faire remonter le souvenir encore brûlant de mon dernier béguin et me rappeler par la même occasion que mon cœur est toujours à vif. Et si je n’étais plus obligée de ressentir cela ?

 

*

 

J’ai eu droit à un rendez-vous chez la psy avant et après l’intervention. Je crois que le but était de m’encourager à ne pas faire trop de problèmes, même si le prétexte invoqué a été celui de me débarrasser de mes appréhensions. L’implantation de la puce a été très rapide : j’ai été mise sous sédatif le matin et, pendant mon sommeil, l’infirmier que j’ai déjà rencontré m’a fait passer le minuscule objet par les narines, jusqu’à je ne sais quelle zone stratégique de mon cerveau. Je n’ai en effet rien senti du tout. A midi, j’étais réveillée et en fin d’après-midi, on me laissait déjà rentrer chez moi, avec juste un léger mal de tête et les sinus irrités. Je n’ai pas vraiment noté de différence dans mon quotidien depuis ce jour, hormis, peut-être, une atténuation de ma tendance à me lamenter sur moi-même. C’est vrai que, tout bien réfléchi, je ne repense plus qu’anecdotiquement à mes précédents échecs sentimentaux et, pour un peu, je jurerais que ce changement vient de moi. Aujourd’hui, cependant, je vais enfin pouvoir me rendre compte de façon bien plus spectaculaire de ce que ma nouvelle copine LOVE a dans le ventre. Et, étrangement, je ne suis pas inquiète du tout.

J’entre dans le café dont le nom et l’adresse ont été reportés sur mon carton de rendez-vous, comme si je me rendais chez le dentiste, et je me dirige vers la table indiquée. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je souris tout en m’asseyant face à Andreas qui m’attend là, une rose rouge à la main, comme dans un mauvais film. Mon rancard n’est pas si mal, tout compte fait. En fait, il est même plutôt séduisant avec ses grands yeux en amande et son sourire à faire fondre un iceberg en plein océan Arctique. C’est le genre d’hommes pour lequel j’aurais craqué en temps normal, même sans ce fichu corps étranger dans la caboche. Nous nous saluons, nous présentons par réflexe, même si nous en savons déjà assez l’un sur l’autre, et commandons du thé au jasmin – car, oui, nous avons aussi les mêmes goûts. Pourtant, dans ce tableau au premier abord parfait, il y a quelque chose qui cloche.

— Alors comme ça tu… toi aussi ils t’ont pratiqué l’implantation, me lance-t-il pour briser la glace.

— Et oui. J’ai dû être une très vilaine fille dans ma vie précédente, mais maintenant je repars du bon pied.

Nous rions, un rire nerveux, pas très franc. J’aurais aimé faire preuve de plus de caractère que cela, mais j’avoue que je fonde de grands espoirs sur le programme LOVE. Je ne sais pas si ça vient d’Hallings ou de moi, mais j’accepte qu’il s’agit peut-être de ma dernière chance de construire une relation sérieuse ; d’avoir le mariage dont je rêve, des enfants et, quand viendra le jour, de partir en tenant la main de l’homme que j’aimerais, qui m’aimera et qui aura accompagné chacun de mes pas sur le long chemin de la vie.

— En tout cas, tu es vraiment très jolie, continue Andreas, me tirant de mes pensées niaises à souhait.

— Merci. Je te retourne le compliment.

Il baisse les yeux, gêné comme un ado à son premier tête-à-tête.

— Au fait, dis-je, est-ce que tu sais à quel rythme sont censées aller les choses ? Je veux dire… on va se revoir pour dîner et puis ensuite… enfin, tu vois…

— Oui, bien sûr. On prendra le temps qu’il faudra, je n’ai pas l’intention de brûler les étapes.

— C’est bien gentil, m’entends-je répliquer, mais puisqu’on va passer notre vie ensemble, qu’on le sait déjà et que l’on n’a de toute façon pas vraiment le choix, je ne suis pas certaine qu’il existe dans notre cas des étapes à proprement parler. Autant finir notre thé et faire un détour par la mairie en rentrant.

— Si tu veux, mon amour. Ça ferait de ce jour le plus beau de toute ma vie.

Maintenant, Andreas me louche dessus d’un regard de plus en plus enamouré. Sa puce doit fonctionner à plein régime, je l’imagine sans mal envoyer des millions de minuscules chocs électriques à toutes les zones clé de son cerveau. C’est là que je mets le doigt sur le problème : je ne ressens rien. Pas d’amour fou, pas de désir, pas même la moindre petite once d’euphorie. J’ai beau détailler Andreas, son magnifique sourire, sa large carrure, rien. Ma puce est défectueuse, le programme LOVE est l’arnaque du siècle et ma vie est foutue. Je reprends une gorgée de thé.

— Heu, non, ça ira. Je plaisantais.

 

*

 

J’entre en trombe dans le cabinet auquel le service de sécurité a fini par me laisser accéder, après que je les aie menacés d’aller vider mon sac au premier magazine à scandales. Un grand type en blouse blanche sursaute à mon entrée fracassante. Je le reconnais, c’est l’infirmier qui était avec Hallings lors de ma première venue, celui-là même qui m’a introduit cette merde par le nez et qui était censé régler le programme pour que je tombe dans les bras d’Andreas. Je n’arrive pas à me retenir de hurler.

— Vous ! Tout est de votre faute !

Le voilà qui lève les bras devant son visage comme pour se protéger en cas d’attaque frontale.

— Vous m’avez bousillé le cerveau, je ne suis plus capable de ressentir quoi que ce soit ! Je vous préviens, je ne sortirai pas d’ici tant que vous ne m’aurez pas réparée.

Tout en rugissant mon invective, je me rends compte de l’étrangeté de mes mots. Au moins, si j’en ai conscience, c’est que je ne suis pas encore tout à fait une machine.

— S’il vous plait, Mademoiselle, calmez-vous, pleurniche l’homme dont je ne connais toujours pas le nom – ou, si je l’ai connu un jour, je l’ai déjà oublié.

Acceptant, dans un soudain élan de bonté, de prendre un peu sur moi, je m’installe face à l’infirmier, de l’autre côté de son long bureau blanc. Un insidieux sentiment de culpabilité point en moi : je regrette déjà de m’être comportée comme une furie avec ce pauvre homme. Rien de tout ce qui m’arrive n’est de sa faute, après tout…

— Expliquez-moi ce qui vous arrive, me demande-t-il, prudent.

Je prends une grande inspiration et je me lance : je lui parle d’Andreas, de son charme évident, des déclarations enflammées dont il a saturé mon répondeur la nuit dernière ; je lui parle de l’échec qu’a été, pour ma part, notre premier rendez-vous, et du vide intersidéral que je ressens au fond de moi.

— Bien, nous allons contrôler cela tout de suite, me lance l’infirmier, un petit sourire que je ne parviens pas à interpréter au coin des lèvres.

Il lance le programme LOVE sur son ordinateur et pianote sur quelques touches.

— Voilà, j’ai votre profil. Tout semble parfaitement normal, pourtant… attendez, laissez-moi peut-être modifier ceci…

— Vous comprenez, ce n’est pas tant la déception quant à Andreas qui m’ennuie, mais plutôt la crainte de ne pas pouvoir récupérer mes sensations.

—…et changer ce chiffre-là…

— Je ne suis pas une fille compliquée, je n’ai juste pas eu de chance jusqu’à présent. Je suis toujours mal tombée.

Je le regarde continuer de sourire. C’est drôle, mais je n’avais encore jamais remarqué cette adorable fossette qui se dessine au creux de sa joue.

— Tout ce que je voudrais… c’est une vie… normale…

Damiano ! Je me souviens enfin du nom qu’il m’avait donné lors de notre rencontre ! Un très beau prénom, d’ailleurs, qui lui sied à merveille.

— Comment vous sentez-vous, maintenant ?

— Je… je… euh…

Ce serait un peu prématuré de lui dire de but en blanc que je l’aime, non ? J’ai peur qu’il prenne la fuite, comme ont fini par le faire tous ceux qui l’ont précédé, alors je cherche à lui composer une réponse plus rationnelle.

— Je veux passer le reste de mes jours à vos côtés.

Zut, j’y étais presque. Damiano se renverse dans son fauteuil, l’air très fier de lui.

— Eh bien voilà. C’est tout ce que je voulais entendre. Tu vois, quand Hallings t’as amenée ici, samedi dernier, j’ai su au premier regard que nous étions faits l’un pour l’autre.

— C’est évident.

— Je n’allais pas laisser cet Andreas de malheur, ni une vulgaire puce électronique nous séparer.

— Certainement pas.

Le voici, l’homme de ma vie, mon sauveur, mon héros. Quoi qu’on en dise, je sais que ce que je ressens en cet instant n’a rien à voir avec la puce, le programme ou mon profil tout juste modifié : mes sentiments sont bien trop purs pour n’être que le résultat de stimuli cérébraux – ils viennent du cœur. Ce cœur qui bat d’ailleurs beaucoup trop vite et beaucoup trop fort pour que ce soit au rythme d’un amour artificiel. J’en suis sûre. Et puis je m’en fiche, de toute façon. Je n’ai plus qu’une seule idée en tête : céder à l’irrésistible attraction que Damiano exerce sur moi. En un instant, j’oublie le bureau qui nous sépare et m’élance dans sa direction, précipitant au passage dossiers médicaux et presse-papier sur le sol. Indifférente au bazar que je créé, j’agrippe des deux mains le col de sa blouse et attire le visage de mon bien-aimé tout contre le mien. Celui-ci n’oppose aucune résistance, pas plus qu’au moment où, ne répondant plus de moi-même, je scelle mes lèvres aux siennes en une ultime et fiévreuse promesse d’amour éternel. Je crois bien que j’ai rêvé de ça toute ma vie.

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