En Inde, le livre numérique n’est pas une priorité et pourtant…

C’est un article chez Actualitté qui est sans doute passé inaperçu. 

Avec un taux d’alphabétisation plafonnant à 63%, l’Inde n’est pas ce que l’on peut appeler un pays en forte demande d’ebooks. En fait, c’est même plutôt le contraire.

La faute à qui, à quoi? Probablement aux tablettes trop chères, aux liseuses pas assez implantées, à Amazon qui n’est arrivé que récemment (on peut imaginer que le Kindle, comme partout ailleurs, dopera les ventes au final, comme une vilaine rengaine, comme un empire en marche) et à une frange de la population qui n’a cure de l’émergence d’un marché dont elle est par essence coupée, numérique ou papier. Forcément, les maisons d’édition locales sont davantage occupées à promouvoir la lecture sous toutes ses formes, à se battre pour simplement faire lire, qu’à faire percer un marché “de riches” où l’acte même de lire coûte déjà plusieurs centaines d’euros. Néanmoins, l’arrivée de liseuses ultra low-cost pourrait, selon l’article, faire la différence. 

Je trouve néanmoins l’ironie formidable. 

Amazing bookstore in Calcutta (CC-BY-NC-ND 2.0) - Carl Parkes (Flickr: FriskoDude)

J’ignore — en proportion — la quantité globale d’ebooks que nous lisons sur nos tablettes qui sont produits et réalisés en Inde. Mais c’est énorme. C’est une véritable industrie que les maisons de fabrication américaines et européennes utilisent telle une manne tombée du ciel. Soyez assurés, les ebooks indiens (et chinois) sont à peu près partout. Il ne se passe pas une semaine sans que je reçoive (en spam dans ma boîte mail) une publicité me vantant les services d’une nouvelle entreprise de numérisation, à des prix défiant toute concurrence. 

L’Inde est une usine, ce n’est pas nouveau: avec la Chine, elle est l’usine du monde. De la même manière que nos éditeurs “traditionnels” font imprimer leurs livres en Espagne, en Roumanie, en Pologne, en République Tchèque ou en Guyane (c’est moins cher, forcément), on délègue la fabrication des ebooks en Inde et en Chine. Pourquoi s’en priver? Pas de frais de transports, tout se fait à distance: la transaction se paie en octets. Alors oui, en tant que studio de création à l’heure du Made in France, la concurrence est rude: comment faire comprendre la différence entre notre travail et celui d’une usine à ebooks en Asie? Surtout quand le rapport de différence en terme de prix est de 1 pour 10… Heureusement pour Walrus, nous possédons quelque chose que les usines à ebooks n’ont pas le temps de cultiver: de l’imagination et des solutions innovantes. 

C’est juste que tout ça est très ironique. 

Et j’imagine que les ouvriers de Foxconn doivent à peu près ressentir la même ironie au moment où ils emballent les iPhone 5 qui nous attendront au pied du sapin.

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