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Le livre numérique

La tentation du matériel : "Nous, éditeurs nativement numériques, devons nous investir davantage dans le monde physique"

La tentation du matériel : « Nous, éditeurs nativement numériques, devons nous investir davantage dans le monde physique »

Au commencement, il n’y avait que le numérique.

Quand Walrus a ouvert ses portes il y a bientôt cinq ans (wouhou!), nous ne voulions entendre parler que de pixels. La révolution promise arrivait enfin et il était temps pour une nouvelle génération d’éditeurs de proposer des choses nouvelles, dégagées des contraintes matérielles de stockage, de transport et d’impression. C’est ce que, à notre modeste échelle, nous avons essayé de faire (les copains de Numeriklivres et de Publie.net aussi, le trio gagnant des débuts). À l’époque, nous étions seuls sur le terrain de jeu. Les éditeurs historiques renâclaient à l’idée de tremper le petit doigt de pied dans la piscine, d’autant qu’elle n’était pas chauffée et à peine nettoyée. Mais une fois la jungle défrichée, tout le monde est arrivé pour jouer. C’est bien normal. Aujourd’hui, la plupart des livres imprimés sortent conjointement en numérique, ajoutant leur nombre au catalogue global de l’offre dématérialisée disponible. C’est le jeu.

Notre problématique, ainsi que celle de tous les pure players, est simple : maintenant que la piscine est surpeuplée, comment surnager ? Comment rester à la surface, comment ne pas se faire piétiner par les géants, comment garder un peu de visibilité ? Déjà que ce n’est pas facile quand on est un indépendant, un indépendant en numérique a deux fois plus de mal à se faire entendre, et donc lire. Et on serait bien chagrinés de baisser le rideau uniquement pour un problème de visibilité, non ? D’autant que nous pensons être — sur notre créneau — à peu près les seuls à vous proposer des histoires inédites aussi déjantées, aussi « pulp et nerd », et qu’on n’a aucune envie d’arrêter de vous faire ce plaisir. Alors comment faire ?

Weird China / CC-By via Flickr

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Tous les livres du monde dans le creux de ta main

Tous les livres du monde dans le creux de ta main

Le livre numérique a tout bousculé sur son passage, y compris nos certitudes sur ce que doit être ou pas un livre. Aujourd’hui, on rencontre le livre sous une multitude de formats, qu’il soit imprimé sur du papier, en grand ou en petit format, affiché sur l’écran d’un ordinateur de bureau ou sur la dalle tactile d’un smartphone, ou encore étalé sur la page tout en nuances de gris d’une liseuse électronique. Il peut être offline, lisible partout et tout le temps, et il peut être online, sur un site web ou sur Wattpad. En réalité, et même si de grands débats sont sans cesse lancés autour du sujet, l’essentiel n’est plus le support : c’est de savoir si nous lisons ou si nous ne lisons pas.

Nous sommes convaincus de deux choses. Continue Reading

Radius : le 1er web-livre des éditions Walrus

Radius : le 1er web-livre des éditions Walrus

Le livre numérique n’en finit pas de se rapprocher du web : il partage avec lui le même ADN et, quelquefois, la même philosophie. Il était donc temps pour nous de sauter le pas.

Cela fait plus d’un an que nous travaillons en secret sur Radius. C’est ce qu’on peut appeler un projet de longue haleine. Notre conviction que le livre numérique est soluble dans le web ne date pas d’hier : qu’il s’agisse de nos expérimentations sur l’EPUB avec le magnifique Kadath des éditions Mnémos ou de nos incursions dans le livre-jeu, il n’était question que d’une chose : comment en finir avec les compromis techniques et artistiques ? Continue Reading

Le livre numérique est mort : vive le livre numérique

Le livre numérique est mort : vive le livre numérique

Ce matin, en ouvrant dans le journal, un avis de décès d’un genre un peu particulier a attiré notre attention. Bien sûr, en tant qu’éditeurs, nous sommes sensibles à ces questions et furetons régulièrement sur les sites d’informations. Mais nous ne nous attendions pas à un tel choc.

« Toute l’industrie du livre — éditeurs, libraires, distributeurs, diffuseurs et services de fabrication, etc — est au regret de vous annoncer la mort du
— LIVRE NUMÉRIQUE (.EPUB) —
La cérémonie aura lieu en privé sur internet. Les messages de condoléance sont à adresser au format .txt ou .pdf. Les couronnes HTML et CSS sont les bienvenues, mais devront être déposées à l’entrée. »

Après avoir fait circuler l’article de mains en mains et avoir échangé quelques réflexions, la surprise est vite retombée. Après tout, nous avions décelé quelques indices, des signes avant-coureurs qui ne trompent pas, un peu quand une vieille cousine commence à trop tousser aux repas de famille.

L’.EPUB était pourtant promis à une belle vie. Dès sa naissance, les bonnes fées s’étaient penchées sur son berceau : un format reconnu et accepté comme standard de référence pour toute une industrie — ça changeait des mp3, mp4, aac, et autres wma de l’industrie du disque, restons polis et ne parlons même pas du cinéma —, un langage simple à mettre en forme et hautement adaptatif (HTML et CSS), accessibles aux plus riches entreprises comme au plus petit des auteurs autopubliés et la promesse d’une évolution conforme aux besoins des designers, éditeurs, etc.

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Et puis les vieux démons sont revenus à la charge : les protections que les grands pontes du livre avaient tant décriées (souvenons-nous en riant : « Le livre ne commettra pas les erreurs du disque et du cinéma ») ont refait surface et nos livres numériques se sont retrouvés bardés de DRM, ces verrous qui empêchent la copie, le partage et qui, acessoirement, empêchent ceux qui les ont achetés de les lire parfois. Insatisfaits d’une mise en page que d’aucuns estimaient pauvre, les logiciels historiques de mise en page printont intégré dans leurs mécanismes des systèmes de conversion fixes, et le fixed-layout est apparu, réinventant le PDF que l’industrie avait tant décrié quelques années plus tôt. Les formats propriétaires sont arrivés là-dessus et ont commencé à envahir le marché : lisibles uniquement sur Kindle, lisible uniquement sur iPad, lisibles uniquement debout, assis, couché… Et si ce n’était que ça. Par des politiques de prix démentielles, les ebooks ont été mis sur le marché sans grande conviction, presque avec l’envie de ne pas les vendre… et les Français sont tombés dans le panneau, en devenant l’un des pays où les habitants sont les plus réfractaires au livre numérique.

À vrai dire, nous pouvons les comprendre. Pourquoi s’entêter à acheter des versions illisibles, souvent plus chères qu’un livre de poche (jusqu’à deux ou trois fois plus), de livres qu’on peut obtenir facilement, pour moins cher et sans licences de lecture qui ne vous en confèrent même pas la propriété ?

Alors ce qui devait arriver arriva : le format EPUB s’est lentement laissé dépérir. Bien entendu, si tout le monde s’y était mis en même temps, si personne n’avait renâclé, si on avait mis de côté les vieux démons du passé, peut-être en aurait-il été autrement. Mais « avec des si, on mettrait Paris en bouteille »… Bien sûr, nous noircissons le tableau. Le format .epub n’est pas encore mort, mais il donne des signes de faiblesse, ou plutôt d’impuissance, que nous avons listés plus haut et qui nous amènent à réfléchir à son avenir prochain.

Nous partons d’un constat, ou plutôt d’une interrogation : comment, à partir de langages aussi libres et simples que le HTML (le HTML est le langage de programmation qui permet d’afficher cette page web, mais aussi vos ebooks… en fait, il est l’architecture d’une écrasante majorité du texte numérique), a-t-on pu arriver à une situation aussi fermée, aussi inégalitaire et aussi illisible, autant pour les professionnels que pour les lecteurs ? La réponse est simple : nous avons voulu réinventer des choses qui n’avaient pas besoin de l’être, à commencer par… le web.

Car si l’on y réfléchit un instant, un ebook n’est rien d’autre qu’un mini-site web encapsulé pour être consulté en mode offline, rien de plus. Et c’est notre besoin de jouer à la marchande « en échange de ton argent, je te transmets un fichier tangible et stockable » qui nous a propulsés droit dans le mur, et poussés à inventer des solutions toujours moins pratiques, plus compliquées et plus fermées. Alors que le web était là depuis le début, et qu’il nous tendait les mains. Nous avons réinventé le web, en moins bien. Nous avons voulu le plier à nos exigences marketing, techniques et sécuritaires, mais il ne s’est pas laissé faire. Mais il y a néanmoins une bonne nouvelle : si nous nous sommes perdus en chemin, nous sommes toujours dans la bonne forêt. Le .EPUB est un format perméable et soluble, qui permettra à ceux qui ont choisi cette voie de basculer vers la transition facilement, presque sans douleur. Quelle est cette transition ? Pour nous, elle est claire : c’est le retour aux sources du web. Le livre sur internet, consultable en ligne n’importe quand et n’importe où, depuis votre navigateur. Books in browsers.

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Nous entendons d’ici les cris d’indignation. Bien entendu, nous ne parlons pas d’un futur applicable dans un an, ni même dans cinq. Mais peut-être dans dix ou quinze en revanche, lorsque la connexion sera comme une seconde nature pour nos appareils, sans restriction de volume de données et de coût, et que les territoires seront entièrement couverts (et bien couverts). Et ce n’est pas la seule condition : il faudra également qu’éditeurs et constructeurs fassent preuve de bonne volonté en autorisant les lecteurs à sauvegarder les contenus consultés en ligne, à les archiver, à en conserver des copies, c’est essentiel pour la sauvegarde du patrimoine et la transmission. Nous entrons dans une société d’abonnement où plus rien d’autre ne compte que la consultation, mais il s’agit d’un miroir aux alouettes : à force de prôner la non-propriété à tout-va, on finira par faire entrer dans la tête des gens que le livre n’est qu’un consommable comme les autres. Profitons que le livre soit encore un signe fort auquel on peut s’identifier, se référer, avec lequel on peut se bâtir, qu’on peut partager, échanger, en bref, quelque chose d’important, de tangible, et ce même s’il est immatériel. Le livre est un matériau d’exception, de celui dont on forge les âmes, qu’il ne faut pas laisser se diluer dans la médiocrité.

Pourquoi le livre-web ? Parce qu’il est le livre numérique par excellence. Accessible partout, depuis n’importe quel terminal, lisible sur n’importe quelle taille d’écran, il utilise 100% des capacités des navigateurs pour nous offrir des expériences connectées, multimédias, interactives, sans s’arracher les cheveux pour trouver des solutions bâtardes avec des appareils qui ne sont pas faits pour cela. Couplé à des solutions de sauvegarde, de transfert, d’annotations, de copie privée, il devient la bibliothèque numérique dont nous avons tous rêvé en nous lançant dans l’ebook. Ajouté à cela des solutions simples, transparentes et honnêtes de rétribution des éditeurs et des artistes, il coupe l’herbe sous le pied aux intermédiaires trop gourmands et aux multinationales toujours plus envahissantes, qui ne rêvent que de nous enfermer dans un écosystème. Le livre-web est son propre écosystème, qui navigue lui-même sur le grand océan de données qu’est internet.

Nous croyons fermement à la mort programmée de l’EPUB. Elle est inscrite dans ses gênes depuis le début. L’EPUB est une plateforme, un plongeoir, un tremplin vers autre chose. Cet autre chose fait peur, parce qu’il est véritablement dématérialisé et qu’il nous pousse à réfléchir à des solutions plus équilibrées, plus vastes en terme de possibilités, mais aussi plus pérennes. L’EPUB était une parenthèse. Le livre-web est un gage de continuité et d’ouverture. Certains éditeurs commencent à emprunter cette voie outre Atlantique, et pas des moins prestigieux. Nous sommes prêts à parier que d’autres le feront très bientôt de ce côté de l’océan.

Ce n’est que le début.

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Photos originales : Geoffrey Fairchild (CC-BY — Flickr) ; Johan Larsson (CC-BY Flickr) ; Walrus (2014)

La malédiction du 0,99€ (ou pourquoi vendre des livres quand on peut les donner ?)

À l’occasion de la sortie d’une nouvelle fournée de notre collection MICRO — des textes courts, format nouvelle, vendus au prix de 0,99€, qui permettent à nos lecteurs de découvrir de nouveaux auteurs pour un prix modique — j’aimerais revenir un instant sur ce qu’en édition, et à plus forte raison en édition numérique, on appelle le prix “plancher” : le prix minimal auquel un article, ici un livre, peut être vendu. La question est légitime. Il y a quelques jours encore, un débat animé opposait auteurs, éditeurs et lecteurs. La question était de savoir ce que valait un texte court, par rapport, disons, à un jeu vidéo ou un morceau de musique. Comme Twitter est un excellent moyen de converser mais que les discussions s’évaporent rapidement, cet article a pour objet de démêler mes propres réflexions.

 

1. Un livre calqué sur le jeu vidéo

Ce n’est pas une surprise, l’édition numérique calque ses prix sur le barème d’Apple : ainsi, un livre auparavant vendu à 7,90€ va se retrouver à 7,99€ (ou n’importe quel autre prix en X,49 ou X,99) car Apple ne laisse pas le choix aux éditeurs et distributeurs dans son modèle. Il faut que ça rentre dans les cases, quitte à pratiquer l’hypocrisie de supermarché et proposer un livre à 10€ au prix de 9,99€. C’est comme ça, nous ne pouvons pas nous y soustraire. Loi du prix unique du livre numérique oblige, le seul prix contraint est ainsi répercuté chez les autres revendeurs. Mais la firme de Cupertino n’a jamais obligé à vendre les livres pour un prix inférieur à leur valeur intrinsèque. Pourtant, l’arrivée de l’iPad et de l’iPhone a accéléré la confusion des genres entre application, jeu vidéo, musique et livre. Tout étant vendu sur le même store, la même plate-forme, nous avons déduit des comportements d’acheteurs d’un univers à l’autre.

Ainsi, il est apparu évident qu’un développeur de jeux vidéo vendait beaucoup plus d’exemplaires de son produit lorsqu’il le proposait à un prix ridiculement bas. La star du genre s’est rapidement imposée : le 0,99€. À ce prix imbattable, facile d’acheter sans réfléchir. Les success stories se sont accumulées, l’argent a coulé à flot chez certains, et l’on se consolait du faible prix d’achat grâce à la masse (colossale) vendue, qui rentabilisait largement des titres dont le développement avait pourtant coûté des centaines de milliers de dollars. Ni une ni deux, beaucoup d’entre nous ont pensé : si ça marche pour ces contenus numériques, cela peut fonctionner pour le livre… et de proposer des ouvrages au prix calqué sur celui de ces applications qui rencontraient le succès. Mais le succès, justement, n’a pas été forcément au rendez-vous. En effet, les éditeurs se sont rendus compte de deux choses.

  • il y a beaucoup moins de lecteurs que de joueurs ou d’utilisateurs d’applications
  • un jeu à 0,99€ est perçu comme une bonne affaire / un livre vendu à 0,99€ est soupçonné d’être une mauvaise affaire (texte nul ou trop court, voire les deux)

En calquant le prix des livres sur celui des applications, nous avons fait chuter le prix psychologique du livre numérique. Le livre et le jeu vidéo ou le logiciel ne sont pourtant en rien comparables d’un point de vue économique, mais leur présence sur une même plate-forme a rapidement modifié notre perception du juste prix d’un ouvrage. A plus de 10€, le livre numérique est vécu comme trop cher par une majorité d’utilisateurs. À moins de 6€, on commence à estimer ce prix correct. Je parle bien entendu d’un roman, d’un essai ou en tout cas d’un texte long.

Mais il existe tout un pan de la production littéraire que le numérique était censé ressusciter et qui, aujourd’hui, se retrouve dans un rouleau compresseur aux marges de manoeuvre minimales : celui du prix plancher et du prix juste.

 

2. La valeur d’un texte court et son exploitation en numérique

Car une nouvelle question agite le petit landerneau de l’édition : peut-on décemment vendre une nouvelle en numérique, au risque que le consommateur se sente floué ? À cela, Walrus a voulu répondre par la positive en proposant des textes d’auteurs débutant et confirmés à 0,99€. Mais le prix psychologique, tout comme le prix plancher, a tendance à descendre avec le temps. Et si aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire qu’un roman proposé à 0,99€ est clairement sous-estimé, certaines voix s’élèvent pour questionner la valeur d’un texte court. Une nouvelle proposée à 0,99€, est-ce trop cher ? Il est difficile de répondre de façon catégorique.

D’une part, certains revendeurs n’acceptent pas un prix inférieur à 0,99€. Il faut donc choisir entre proposer son texte gratuitement ou le vendre à 0,99€.

Mais d’autre part, il s’agit de s’interroger sur ce qui fait qu’un texte vaut la peine d’être lu. Certains lecteurs ont clairement fait entendre leur mécontentement à l’idée de débourser un euro pour lire un texte de moins de trente pages (ce qui n’a pas empêché le livre « Indignez-vous » de Stéphane Hessel d’être un carton de librairie, pour l’équivalent de quatre pages de texte grand maximum, à 2€). Ce qui reviendrait à dire qu’en dessous d’un certain nombre de caractères, un texte numérique mérite d’être offert et non d’être acheté. Evidemment, en tant qu’éditeurs, nous ne pouvons que nous refuser à cette idée. Écrire demande du temps et des efforts, comme n’importe quel travail. Et même s’il est symboliquement rémunéré, il doit être rémunéré de manière sine qua non.

 

3. Quantité / qualité : un équilibre difficile à trouver

Une nouvelle est bien souvent l’occasion pour un auteur d’expérimenter de nouvelles choses et de parfaire son art. C’est un champ d’expérimentation pour certains, un terrain de jeu pour d’autres, un véritable sacerdoce pour le reste (citons Poe, Lovecraft, Gautier, il y a tellement d’auteurs qui se sont épanouis dans le format court).

Avec MICRO, nous avons voulu imposer un minimum de 40.000 caractères à nos textes courts (l’équivalent de 25 à 30 pages). Ce chiffrage peut monter à 80.000 pour le même prix, dans la mesure où à cette échelle minuscule, nous ne pouvons pas nous payer le luxe de la précision. Nous avons estimé qu’il s’agissait d’un prix juste pour une oeuvre de l’esprit, au regard de ce qui se fait dans la production mondiale. Mais que peut-il advenir d’un texte plus court ? Est-il condamné à ne pas être publié, ou seulement en recueils ? Aujourd’hui, il semblerait que oui. Les lecteurs français se méfient des textes courts et/ou pas chers. Nous n’avons pas, comme outre Atlantique, la culture de la short story qui permet à bien des auteurs débutants et confirmés de tirer des revenus de leur plume. Nous n’accordons que peu de crédit à un texte vendu si peu cher et lorsque nous l’achetons, nous nous indignons d’avoir été volés d’un euro pour si peu. Que valent vingt minutes, trente minutes de lecture dans un monde où le contenu ne cesse d’affluer ?

Quelque chiffres. Un euro, c’est l’équivalent d’environ dix minutes de travail au salaire minimum, là où une nouvelle prend souvent des jours, voire des semaines de travail à son auteur. Il faut garder cela à l’esprit. Imaginer que l’auteur puisse se rattraper du faible salaire de son travail par des ventes en volume est un miroir aux alouettes. S’il vend vingt, trente exemplaires de son texte court, il pourra s’estimer heureux dans le contexte actuel.

Vous allez me dire : ça fait toujours trente euros. Sauf qu’une fois amputé des différentes marges des libraires, distributeurs et éditeurs, l’auteur ne se retrouve qu’avec 25 à 30% du prix de vente réel… soit 10 euros à peine, pour des semaines de labeur. Je suis de ceux qui pensent qu’un texte apporte davantage que son propre poids en caractères. Une nouvelle n’est pas comme une barre de chocolat qui apporte son ratio de calories, brûlées ensuite. Un texte, qu’il soit long ou court, change notre vision des choses. Il peut nous divertir pour la journée, nous donner une idée que nous n’aurions pas eue sans lui. Il peut nous hanter jusqu’à la fin de nos jours et son souvenir peut nous soutenir encore longtemps après la lecture. Certaines nouvelles que j’ai lues adolescent valent selon moi bien plus d’un euro, au regard de tout ce qu’elles m’ont apporté. Pour ces bienfaits, un euro me semble un prix tout à fait minimal, voire carrément une aumône.

Sans compter qu’à ce niveau, l’écriture, l’édition et la publication d’une nouvelle fait davantage penser à une forme d’artisanat qu’à une production de masse. Il y a un certain temps incompressible pour bâtir un texte court. Nous n’avons aucun moyen de produire ces oeuvres à la chaine, et heureusement pour le lecteur. Notre production est donc parfaitement artisanale. Alors bien sûr, un vase modelé par un artisan coûte plus cher qu’un vase Ikéa : c’est bien normal, puisqu’il y passe du temps, qu’il le sculpte de ses mains et qu’il en vend peu. Valoriser la production indépendante, c’est aussi se poser la question de la pérennité, comme acheter du café équitable finalement.

Car c’est peut-être en cela que nous nous sommes trompés, en considérant le livre comme une oeuvre numérique comme les autres. Là où Angry Birds ne laissera pas en moi un souvenir impérissable, la lecture d’un texte court m’accompagnera peut-être (je dis bien peut-être, c’est une possibilité, pas une certitude) toute ma vie. La lecture est une ressource précieuse, une énergie, un fuel rare dont nous aurions tort de nous passer. Oui, la différence peut sembler énorme entre ce jeu développé pour des millions de dollars et ce texte modeste que vous tiendrez un jour dans vos mains. Mais la valeur qui les sépare est celle de l’esprit. Combien coûte un peu d’esprit ?

 

4. Faire payer du contenu court : une voie sans issue ?

Je ne me fais pas d’illusion : la collection MICRO ne vend pas beaucoup pour le moment et ne permet pas d’envisager pour les auteurs et l’éditeur des revenus décents pour le travail effectué. Mais pour toutes ces raisons évoquées plus haut, je continue à penser que le numérique doit faire une place à ce format, même s’il n’est pas aussi bankable que la romance. Peut-être, plutôt qu’une vente à l’unité, devons-nous envisager des ventes à l’abonnement, permettant d’accéder à un catalogue extensible de textes courts. C’est une solution à laquelle nous pensons car notre vision de l’édition est liquide : nous nous adaptons au monde qui nous entoure, tout en essayant de préserver nos valeurs et notre vision des choses.

Ainsi, nous sommes convaincus que cette pièce d’un euro dont vous ne savez pas quoi faire, vous devriez la dépenser pour quelques dizaines de minutes de plaisir de lecture, que ce soit chez MICRO ou chez nos confrères éditeurs qui proposent eux aussi des textes courts. Le 0,99€, si nous ne pouvons pas aller beaucoup au-dessus, est néanmoins un minimum. Il est la frontière entre le gratuit et le payant, entre l’aumône et le renoncement. Cela revient à choisir entre la peste ou le choléra, diront certains. Mais c’est aussi à ce prix que se paye la dignité d’un auteur, qui prétend, à juste titre, que son travail est un travail comme les autres et qu’il mérite un salaire, aussi modeste soit-il. Il s’agit du pilier sur lequel Walrus s’est bâti et nous comptons le défendre à tout prix. Être un auteur, cela ne s’improvise pas : nous refusons à peu près 90% des nouvelles que nous recevons. La qualité est essentielle et comme toutes les qualités, celle-ci se construit chaque jour, dans la patience et l’effort. Écrire est un métier.

Pour terminer, j’aimerais vous proposer une petite galerie d’image destinée à comparer ce qui est comparable (ou pas). Tous ces articles sont vendus à un euro, quelquefois même un peu plus. Pensez-vous que ces objets aient plus de valeur que la lecture d’une nouvelle ? La réponse est, comme souvent contenue toute entière dans la question.

1 : une boîte de cure-dents

2: un lot de verres en plastique

3 : un Mars

4 : un tendeur élastique

5 : des piles bon marché

6: un rouleau de scotch

7 : un crayon à papier motif dinosaure

8 : trois boîtiers de DVD en plastique (vides)

 

P.S. : Je suis d’accord, pour le crayon dinosaure, ça se discute.