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Le Cabinet des Ombres : petit jeu littéraire

À l’occasion de la sortie jeudi 4 décembre 2014 du premier épisode de la série Le Cabinet des Ombres, l’auteur Clara Vanely s’est amusée à en rédiger des quatrièmes de couverture « à la manière de » sur son site Les Arches de Verre. Nous vous proposons de les découvrir réunies ici sur une seule page. N’hésitez pas à visiter sa page web !

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***

À la manière de… Un Eclat de Givre d’Estelle Faye

Paris, 1880. A la veille de l’Exposition Universelle, la ville est un vaste chantier, surpeuplé, foisonnant, nimbé dans les vapeurs des olfactiveurs et écrabouillé sous la botte des Prussiens. Là vit Ernest Bonenfant, héliographe de son état, filou impénitent et traqueur à la solde de l’Ether. Ernest enquille les contrats moisis et les magouilles plus ou moins légales pour tromper l’ennui et boucler les fins de mois difficiles.

Mais quand le sculpteur Auguste Rodin disparaît mystérieusement en lui abandonnant la surveillance de son effroyable Porte des Enfers, que Camille Claudel lui est fourrée dans les pattes et que les Rêveurs commencent à tomber comme des mouches autour de lui, il ne se doute pas un seul instant que son existence est sur le point de connaître un grand bouleversement…

 

À la manière de… Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski

Après dix heures de bras de fer à l’Hémicycle, lorsqu’il apprend que les rupins de l’Ether viennent de le priver de son droit d’errance et de le condamner à croupir de l’autre côté des Arches, Ernest Bonenfant se dit que le grand Nihil vient de lui jouer un sacré tour de vache. Avant d’avoir eu le temps de se retourner, le voilà débarqué à Paris sous l’autorité du Procurateur Bartholdi.

Purger une peine d’alterration, c’est bien joli, mais quand, à la veille de l’Exposition universelle, la ville est un vaste merdier tenu en respect par une bande de soiffards prussiens et que de toute évidence, quelqu’un en veut à ceux de son espèce, ce sont les ennuis qui commencent à pleuvoir. Bonenfant en vient vite à regretter les traques lointaines et les bonnes vieilles magouilles entre Rêveurs. Désormais, pour sauver sa peau, c’est dans les salons, parmi les députés en habit, les putains et les succubes, qu’il faut jouer de l’annihilateur. Mais il se trouve que les annihilateurs, justement, c’est plutôt son rayon…

 

À la manière de… L’ombre du vent de Carlos Luis Zafon

Paris, ville-labyrinthe, étrange et fantasmagorique, marquée par la défaite et endeuillée par l’ombre des Prussiens. Par un matin brumeux de 1880, à la veille de l’Exposition universelle, le député Courcy, maître Rêveur de surcroit, est retrouvé mort dans une vespasienne sur les grands boulevards. L’héliographe Ernest Bonenfant, alterré qui rêve toujours de sa mère-Patrie, est sommé par le Procurateur Bartholdi de se lancer sur les traces de l’assassin. Là, sa route croise celle de Camille Claudel et de la Porte des Enfers. L’effroyable sculpture va changer le cours de leur existence et les entraîner dans un labyrinthe d’aventures et secrets dissimulés dans les entrailles de Paris…

 

À la manière de… Boulgakov, Le Maître et Marguerite

Comment définir l’Ailleurs ? Les personnages de ce récit sont Paris, un traqueur mythomane, Camille Claudel et Auguste Rodin, la plus belle femme du monde, un succube aux cheveux rouges et la Porte des Enfers… On y trouve des meurtres atroces, un bordel à l’oriental et des vespasiennes.

 

À la manière… d’un roman Young Adult

Traqueur impulsif et arrogant, Ernest a commis une grave erreur. Mis au banc des accusés par ses semblables, il est déféré devant le tribunal des Dynasties. Dans les couloirs de l’Hémicycle qui courent entre les mondes, les chefs des Rêveurs se sont réunis pour le juger et leur décision est irrévocable : Ernest doit quitter l’Ether. Le voilà catapulté à Paris dans une contrée hostile et pavée de mystères. Pour racheter sa faute, il accepte de servir de protecteur à Camille Claudel, sculptrice de génie à la beauté glaciale, hostile à l’Ether depuis des années et rappelée pour veiller sur ‘La Porte des Enfers’. En dépit de leur mésentente, lorsqu’une série de meurtres sordides est perpétrée dans le sillage de la ‘Porte’, ils réalisent que leur enquête les expose à un terrible complot… et que leurs destins sont étroitement liés.

Car dans l’Ombre, un mystérieux adversaire rassemble ses troupes pour reprendre le contrôle de l’échiquier…

 

À la manière… des romans de Jean-Christophe Grangé

Paris, 1880. Ernest Bonenfant, ex-gloire des traqueurs de l’Outre, et Amilcar Bartholdi, Procurateur au passé sulfureux, croyaient tout connaître de la corruption et des ombres qui empestent Paris. Pour des Rêveurs comme eux, c’était aussi commun qu’une descente de railles dans un tripot. Mais ils vont rencontrer pire encore. Des Lueurs annihilées, des corps mutilés dans des mises en scène macabres signées d’un dragon bleu. Attentat orléaniste ou horde de tueurs maniaques ? Ernest Bonenfant se lance dans une traque vertigineuse des couloirs de l’opéra aux caveaux du boulevard du crime. Mais la vérité qui l’attend dépasse son imagination…

 

À la manière… des romans de Terry Pratchett

Ernest Bonenfant est fait comme un rat : le Procurateur a parlé, la chasse à l’homme est ouverte. Hier maître Rêveur et traqueur de l’Ether (son hémicycle, ses Dynasties, ses lois imprescriptibles et ses fûts de cykeon), il ne lui reste désormais que son astuce naturelle, un chapeau bleu Tunon et le nom d’emprunt d’un amant ridicule (Laissez tomber.).

Il pleut. Il gèle. S’il ne traverse pas la Seine pour retrouver l’assassin du député Courcy il croupira pour le reste de ses jours dans cette satanée contrée. Et le fleuve est à ses trousses. Sournois. Rapide. La crue gagne sur lui…

Voici le premier épisode du ‘Cabinet des Ombres’, on y trouve des Prussiens, des succubes, des intrigues politiques, des héros et deux chats.

 

À la manière… d’un roman Harlequin

Lisandru est furieux. Comment Ernest Bonenfant a-t-il pu le trahir alors qu’il a renoncé à tout par amour pour lui ? Car c’est bien pour ce traqueur arrogant que le Corse a renoncé à l’héritage qui devait assurer son avenir et quitté Porto-Vecchio pour s’installer à Paris dans un garni sordide ! A-t-il eu tort de croire que ses serments brûlants signifiaient quelque chose ? N’est-il pour lui qu’un Familier parmi tant d’autres ? Même si cette hypothèse lui brise le cœur, il sait qu’aujourd’hui sa rubrique au « Vapeur » compte avant tout… Et pour forcer son amant à lui revenir et à assumer ses promesses, Lisandru est prêt à tout. Même à révéler au journal le plus en vogue de Paris son secret le plus dangereux — et peu importe si pour cela il devra mettre en péril l’équilibre de son existence et de celle de ses semblables…

 

À la manière… de Harry Potter

Dans un Paris sous les eaux, Ernest Bonenfant s’apprête à rejoindre Camille Claudel pour lui enseigner les bases de l’Evocation. Bientôt, cette dernière sera envoyée en Ether pour se perfectionner dans l’art des Rêveurs. Mais pourquoi Bartholdi, le procurateur général, décide-t-il soudainement de le convoquer chez lui et de lui donner, en plus de ses charges professorales, mission d’enquêter sur le meurtre du député Courcy ? Dans quelles extraordinaires aventures au cœur de la capitale enfumée va-t-il les envoyer ?

Emotion, aventure, art du suspense… Clara Vanely révèle dans ce premier épisode la fascinante complexité de l’univers qu’elle a créé avec Roman H. Grey, et met en place tous les ressorts d’un arc narratif époustouflant.

 

À la manière de… Game of thrones de G.R.R. Martin

Il y a bien longtemps, dans une contrée dont le nom s’est perdu dans les limbes du Nihil, l’ouverture de la Porte des Enfers a bouleversé l’équilibre entre les mondes. La crue est de retour et du fond des caveaux glacés, dans le ventre humide de Paris, des forces sinistres ont commencé à remonter, loin au-delà des grandes Arches de Verre. Au cœur de ce conflit se dresse Amilcar Bartholdi, Procurateur de l’Outre, aussi dur et inflexible que l’Ether qui l’a engendré, et son bras armé, le traqueur Bonenfant. Sorti des entrailles glacées de Paris, porté par un parfum d’orient, voici un conte de Rêveurs et de flâmes, de mercenaires et de putains, d’ombres et de succubes, assemblés tous ensembles par un présage sinistre.

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La malédiction du 0,99€ (ou pourquoi vendre des livres quand on peut les donner ?)

À l’occasion de la sortie d’une nouvelle fournée de notre collection MICRO — des textes courts, format nouvelle, vendus au prix de 0,99€, qui permettent à nos lecteurs de découvrir de nouveaux auteurs pour un prix modique — j’aimerais revenir un instant sur ce qu’en édition, et à plus forte raison en édition numérique, on appelle le prix “plancher” : le prix minimal auquel un article, ici un livre, peut être vendu. La question est légitime. Il y a quelques jours encore, un débat animé opposait auteurs, éditeurs et lecteurs. La question était de savoir ce que valait un texte court, par rapport, disons, à un jeu vidéo ou un morceau de musique. Comme Twitter est un excellent moyen de converser mais que les discussions s’évaporent rapidement, cet article a pour objet de démêler mes propres réflexions.

 

1. Un livre calqué sur le jeu vidéo

Ce n’est pas une surprise, l’édition numérique calque ses prix sur le barème d’Apple : ainsi, un livre auparavant vendu à 7,90€ va se retrouver à 7,99€ (ou n’importe quel autre prix en X,49 ou X,99) car Apple ne laisse pas le choix aux éditeurs et distributeurs dans son modèle. Il faut que ça rentre dans les cases, quitte à pratiquer l’hypocrisie de supermarché et proposer un livre à 10€ au prix de 9,99€. C’est comme ça, nous ne pouvons pas nous y soustraire. Loi du prix unique du livre numérique oblige, le seul prix contraint est ainsi répercuté chez les autres revendeurs. Mais la firme de Cupertino n’a jamais obligé à vendre les livres pour un prix inférieur à leur valeur intrinsèque. Pourtant, l’arrivée de l’iPad et de l’iPhone a accéléré la confusion des genres entre application, jeu vidéo, musique et livre. Tout étant vendu sur le même store, la même plate-forme, nous avons déduit des comportements d’acheteurs d’un univers à l’autre.

Ainsi, il est apparu évident qu’un développeur de jeux vidéo vendait beaucoup plus d’exemplaires de son produit lorsqu’il le proposait à un prix ridiculement bas. La star du genre s’est rapidement imposée : le 0,99€. À ce prix imbattable, facile d’acheter sans réfléchir. Les success stories se sont accumulées, l’argent a coulé à flot chez certains, et l’on se consolait du faible prix d’achat grâce à la masse (colossale) vendue, qui rentabilisait largement des titres dont le développement avait pourtant coûté des centaines de milliers de dollars. Ni une ni deux, beaucoup d’entre nous ont pensé : si ça marche pour ces contenus numériques, cela peut fonctionner pour le livre… et de proposer des ouvrages au prix calqué sur celui de ces applications qui rencontraient le succès. Mais le succès, justement, n’a pas été forcément au rendez-vous. En effet, les éditeurs se sont rendus compte de deux choses.

  • il y a beaucoup moins de lecteurs que de joueurs ou d’utilisateurs d’applications
  • un jeu à 0,99€ est perçu comme une bonne affaire / un livre vendu à 0,99€ est soupçonné d’être une mauvaise affaire (texte nul ou trop court, voire les deux)

En calquant le prix des livres sur celui des applications, nous avons fait chuter le prix psychologique du livre numérique. Le livre et le jeu vidéo ou le logiciel ne sont pourtant en rien comparables d’un point de vue économique, mais leur présence sur une même plate-forme a rapidement modifié notre perception du juste prix d’un ouvrage. A plus de 10€, le livre numérique est vécu comme trop cher par une majorité d’utilisateurs. À moins de 6€, on commence à estimer ce prix correct. Je parle bien entendu d’un roman, d’un essai ou en tout cas d’un texte long.

Mais il existe tout un pan de la production littéraire que le numérique était censé ressusciter et qui, aujourd’hui, se retrouve dans un rouleau compresseur aux marges de manoeuvre minimales : celui du prix plancher et du prix juste.

 

2. La valeur d’un texte court et son exploitation en numérique

Car une nouvelle question agite le petit landerneau de l’édition : peut-on décemment vendre une nouvelle en numérique, au risque que le consommateur se sente floué ? À cela, Walrus a voulu répondre par la positive en proposant des textes d’auteurs débutant et confirmés à 0,99€. Mais le prix psychologique, tout comme le prix plancher, a tendance à descendre avec le temps. Et si aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire qu’un roman proposé à 0,99€ est clairement sous-estimé, certaines voix s’élèvent pour questionner la valeur d’un texte court. Une nouvelle proposée à 0,99€, est-ce trop cher ? Il est difficile de répondre de façon catégorique.

D’une part, certains revendeurs n’acceptent pas un prix inférieur à 0,99€. Il faut donc choisir entre proposer son texte gratuitement ou le vendre à 0,99€.

Mais d’autre part, il s’agit de s’interroger sur ce qui fait qu’un texte vaut la peine d’être lu. Certains lecteurs ont clairement fait entendre leur mécontentement à l’idée de débourser un euro pour lire un texte de moins de trente pages (ce qui n’a pas empêché le livre « Indignez-vous » de Stéphane Hessel d’être un carton de librairie, pour l’équivalent de quatre pages de texte grand maximum, à 2€). Ce qui reviendrait à dire qu’en dessous d’un certain nombre de caractères, un texte numérique mérite d’être offert et non d’être acheté. Evidemment, en tant qu’éditeurs, nous ne pouvons que nous refuser à cette idée. Écrire demande du temps et des efforts, comme n’importe quel travail. Et même s’il est symboliquement rémunéré, il doit être rémunéré de manière sine qua non.

 

3. Quantité / qualité : un équilibre difficile à trouver

Une nouvelle est bien souvent l’occasion pour un auteur d’expérimenter de nouvelles choses et de parfaire son art. C’est un champ d’expérimentation pour certains, un terrain de jeu pour d’autres, un véritable sacerdoce pour le reste (citons Poe, Lovecraft, Gautier, il y a tellement d’auteurs qui se sont épanouis dans le format court).

Avec MICRO, nous avons voulu imposer un minimum de 40.000 caractères à nos textes courts (l’équivalent de 25 à 30 pages). Ce chiffrage peut monter à 80.000 pour le même prix, dans la mesure où à cette échelle minuscule, nous ne pouvons pas nous payer le luxe de la précision. Nous avons estimé qu’il s’agissait d’un prix juste pour une oeuvre de l’esprit, au regard de ce qui se fait dans la production mondiale. Mais que peut-il advenir d’un texte plus court ? Est-il condamné à ne pas être publié, ou seulement en recueils ? Aujourd’hui, il semblerait que oui. Les lecteurs français se méfient des textes courts et/ou pas chers. Nous n’avons pas, comme outre Atlantique, la culture de la short story qui permet à bien des auteurs débutants et confirmés de tirer des revenus de leur plume. Nous n’accordons que peu de crédit à un texte vendu si peu cher et lorsque nous l’achetons, nous nous indignons d’avoir été volés d’un euro pour si peu. Que valent vingt minutes, trente minutes de lecture dans un monde où le contenu ne cesse d’affluer ?

Quelque chiffres. Un euro, c’est l’équivalent d’environ dix minutes de travail au salaire minimum, là où une nouvelle prend souvent des jours, voire des semaines de travail à son auteur. Il faut garder cela à l’esprit. Imaginer que l’auteur puisse se rattraper du faible salaire de son travail par des ventes en volume est un miroir aux alouettes. S’il vend vingt, trente exemplaires de son texte court, il pourra s’estimer heureux dans le contexte actuel.

Vous allez me dire : ça fait toujours trente euros. Sauf qu’une fois amputé des différentes marges des libraires, distributeurs et éditeurs, l’auteur ne se retrouve qu’avec 25 à 30% du prix de vente réel… soit 10 euros à peine, pour des semaines de labeur. Je suis de ceux qui pensent qu’un texte apporte davantage que son propre poids en caractères. Une nouvelle n’est pas comme une barre de chocolat qui apporte son ratio de calories, brûlées ensuite. Un texte, qu’il soit long ou court, change notre vision des choses. Il peut nous divertir pour la journée, nous donner une idée que nous n’aurions pas eue sans lui. Il peut nous hanter jusqu’à la fin de nos jours et son souvenir peut nous soutenir encore longtemps après la lecture. Certaines nouvelles que j’ai lues adolescent valent selon moi bien plus d’un euro, au regard de tout ce qu’elles m’ont apporté. Pour ces bienfaits, un euro me semble un prix tout à fait minimal, voire carrément une aumône.

Sans compter qu’à ce niveau, l’écriture, l’édition et la publication d’une nouvelle fait davantage penser à une forme d’artisanat qu’à une production de masse. Il y a un certain temps incompressible pour bâtir un texte court. Nous n’avons aucun moyen de produire ces oeuvres à la chaine, et heureusement pour le lecteur. Notre production est donc parfaitement artisanale. Alors bien sûr, un vase modelé par un artisan coûte plus cher qu’un vase Ikéa : c’est bien normal, puisqu’il y passe du temps, qu’il le sculpte de ses mains et qu’il en vend peu. Valoriser la production indépendante, c’est aussi se poser la question de la pérennité, comme acheter du café équitable finalement.

Car c’est peut-être en cela que nous nous sommes trompés, en considérant le livre comme une oeuvre numérique comme les autres. Là où Angry Birds ne laissera pas en moi un souvenir impérissable, la lecture d’un texte court m’accompagnera peut-être (je dis bien peut-être, c’est une possibilité, pas une certitude) toute ma vie. La lecture est une ressource précieuse, une énergie, un fuel rare dont nous aurions tort de nous passer. Oui, la différence peut sembler énorme entre ce jeu développé pour des millions de dollars et ce texte modeste que vous tiendrez un jour dans vos mains. Mais la valeur qui les sépare est celle de l’esprit. Combien coûte un peu d’esprit ?

 

4. Faire payer du contenu court : une voie sans issue ?

Je ne me fais pas d’illusion : la collection MICRO ne vend pas beaucoup pour le moment et ne permet pas d’envisager pour les auteurs et l’éditeur des revenus décents pour le travail effectué. Mais pour toutes ces raisons évoquées plus haut, je continue à penser que le numérique doit faire une place à ce format, même s’il n’est pas aussi bankable que la romance. Peut-être, plutôt qu’une vente à l’unité, devons-nous envisager des ventes à l’abonnement, permettant d’accéder à un catalogue extensible de textes courts. C’est une solution à laquelle nous pensons car notre vision de l’édition est liquide : nous nous adaptons au monde qui nous entoure, tout en essayant de préserver nos valeurs et notre vision des choses.

Ainsi, nous sommes convaincus que cette pièce d’un euro dont vous ne savez pas quoi faire, vous devriez la dépenser pour quelques dizaines de minutes de plaisir de lecture, que ce soit chez MICRO ou chez nos confrères éditeurs qui proposent eux aussi des textes courts. Le 0,99€, si nous ne pouvons pas aller beaucoup au-dessus, est néanmoins un minimum. Il est la frontière entre le gratuit et le payant, entre l’aumône et le renoncement. Cela revient à choisir entre la peste ou le choléra, diront certains. Mais c’est aussi à ce prix que se paye la dignité d’un auteur, qui prétend, à juste titre, que son travail est un travail comme les autres et qu’il mérite un salaire, aussi modeste soit-il. Il s’agit du pilier sur lequel Walrus s’est bâti et nous comptons le défendre à tout prix. Être un auteur, cela ne s’improvise pas : nous refusons à peu près 90% des nouvelles que nous recevons. La qualité est essentielle et comme toutes les qualités, celle-ci se construit chaque jour, dans la patience et l’effort. Écrire est un métier.

Pour terminer, j’aimerais vous proposer une petite galerie d’image destinée à comparer ce qui est comparable (ou pas). Tous ces articles sont vendus à un euro, quelquefois même un peu plus. Pensez-vous que ces objets aient plus de valeur que la lecture d’une nouvelle ? La réponse est, comme souvent contenue toute entière dans la question.

1 : une boîte de cure-dents

2: un lot de verres en plastique

3 : un Mars

4 : un tendeur élastique

5 : des piles bon marché

6: un rouleau de scotch

7 : un crayon à papier motif dinosaure

8 : trois boîtiers de DVD en plastique (vides)

 

P.S. : Je suis d’accord, pour le crayon dinosaure, ça se discute.

Lecture en streaming: faut-il céder au chant des sirènes?

Une industrie nouvelle cherche des modèles, et celle du livre numérique ne fait pas exception. Après le succès relatif des services de streaming musical — Deezer et Spotify en tête — il parait donc normal que l’édition s’intéresse de près au système.

 

Petit rappel: le streaming, c’est quoi?

 

Le principe du streaming est simple, qu’il s’agisse d’un film, d’un morceau de musique, d’un livre ou de n’importe quel autre contenu média. Plutôt que de consulter ce dit-fichier « offline » (déconnecté du web, le fichier étant présent matériellement sur votre disque dur ou la mémoire de votre appareil de consultation) vous le consultez « online » (une connexion est nécessaire, et même obligatoire pour consulter votre fichier).

Dans la pratique, qu’est-ce que ça change ? Pas grand-chose si vous disposez d’une connexion permanente, effective et efficace en terme de débit. En revanche, si vous n’êtes pas connecté, pas moyen d’accéder à votre bibliothèque (dans les transports aériens, par exemple, ou dans le train, ou au fond d’un cratère de volcan, où le réseau est en général faible).

Dans le modèle du streaming, le fichier source ne transite pas d’un disque dur à l’autre: présent sur un serveur, il est « distribué » à l’utilisateur final via le réseau.

Mais il y a une petite nuance: là où dans le modèle traditionnel, l’achat d’un film, d’un album ou d’un livre permet de posséder quelque chose (en fonction des revendeurs, car certains comme Amazon et Apple ne vous concèdent en réalité qu’une licence de consultation à vie d’une oeuvre, et non sa propriété), vous ne possédez plus rien dans le streaming.

Le streaming est une fenêtre ouverte. Tant qu’elle est ouverte, vous pouvez regarder à travers. Mais dès que vous arrêtez votre abonnement, vous n’avez plus accès aux contenus que vous avez consultés auparavant. La fenêtre se ferme. Alors vous vous retournez, et constatez que votre bibliothèque est vide. Deux modèles, deux philosophies, deux rapports à la propriété, à la possession ou non d’une oeuvre. Mais ce rapport compliqué n’est pas le sujet de cet article, bien qu’il puisse en lui-même faire l’objet d’une longue analyse.

Le streaming a été porté à la connaissance du grand public par deux phénomènes distincts et pourtant liés.

D’une part, la plateforme Megaupload qui, de son vivant, proposait aux amateurs de séries américaines du monde entier de regarder online les épisodes de leurs shows préférés, en tout impunité. L’enjeu était, avec la surveillance accrue des autorités de management de droits d’auteur, de contourner le problème du téléchargement, facile trackable, en offrant de regarder un contenu en ligne, sans téléchargement donc. Et même si Megaupload n’existe plus en tant que tel, remplacé par son petit frère Mega, plus opaque, d’autres sites ont repris le flambeau et continuent de proposer des offres de streaming illégales.

Le streaming illégal a, de facto, donné naissance au phénomène du streaming légal.

En partant du principe que pour se délester la conscience et se faciliter la vie, des utilisateurs seraient prêts à payer pour accéder à un catalogue légal, facile d’accès et en ligne, les offres de streaming légales ont commencé à se développer. Ainsi sont nés le français Deezer et le suédois Spotify pour la musique (parmi les plus connus, car il en existe d’autres à l’influence médiatique inférieure et à la santé financière moins réjouissante), mais aussi Netflix pour la vidéo à la location. A lui seul, ce trio de tête génère l’essentiel des revenus du streaming mondial.

 

Un point historique: l’industrie du disque et le streaming

 

Quand on cherche des comparaisons pour le livre numérique, on va chercher du côté de l’industrie musicale, ce qui n’est pas forcément une modèle idée dans la mesure où la consommation de livre et la consommation de musique sont deux processus très différents, mais faute de grives…

De 2002 à 2009, le marché mondial de la musique a chuté de 55% au global. En 2012, le marché de la musique pesait en France 590 millions d’€, après avoir frôlé en 2005 le milliard et demi.

On aurait pu croire la chute inéluctable, mais ce chiffre a fini par se stabiliser. Depuis deux ans, les indicateurs ne bougent plus, stabilisés. Qui a sauvé l’industrie du disque? A en croire certains, iTunes et ses ventes d’albums à la hausse. Pour d’autres, le streaming et les plateformes de diffusion à abonnement. Dans tous les cas, la musique a su, pour l’instant, endiguer la chute. Pour combien de temps?

Selon les derniers chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique, les ventes numériques affichent une croissance insolente de 13% cette année, représentant dorénavant 125 millions d’€ par an. Soit 25% du marché global de la musique. Pas étonnant que Microsoft et Twitter s’intéressent de près à ce marché qui, après avoir connu bien des déboires, semble retrouver un essor profitable. On ne parle plus que de musique en ligne maintenant.

Mais qu’en disent les artistes? Pas grand-chose pour le moment.

Les chiffres de répartition sont en effet affligeants.

Quand Jean-Paul Bazin, de la Spedidam, parle au Nouvel Observateur des chiffres réels de cette économie naissante, on ne peut s’empêcher de frissonner:

« Les chiffres sont affolants : lorsqu’un titre de Johnny Halliday est téléchargé sur iTunes, il ne touche que 0,04 euro, et lorsqu’il est écouté sur Deezer, la rémunération tombe à 0,0001 euro. Et, dans le même temps, les choristes, le guitariste, le pianiste, le bassiste, le batteur… de Johnny ne touchent strictement rien. Zéro multiplié par un milliard d’écoutes, ça fait toujours zéro ! »

Difficile dans ces conditions de parler de modèle économique. car si les maisons de disques semblent profiter, au même titre que les distributeurs, de la manne financière générée par le streaming, les artistes semblent demeurer les parents pauvres de la chaîne.

Dans un article de Numerama de juin 2012, on apprend que « pour qu’un artiste touche 200€ sur une chanson vendue 0,99€ sur l’iTunes Store, il faut que celle-ci soit achetée 20 000 fois par les internautes ».

Pour le streaming, un ratio est opéré: il s’agit de rapporter, sur une assiette globale, le nombre d’écoutes ou de consultation d’une oeuvre au total des gains générés par la publicité ou par les abonnements. Ce qui n’est pas toujours très gros. Pour Deezer, on mesure qu’en moyenne, un titre écouté rapporte 0,005$ à son auteur. Plus le nombre d’écoutes est conséquent, plus l’artiste touche d’argent: c’est mathématique.

Un label indépendant, toujours selon Numerama, a calculé que pour 800.000 écoutes d’un titre, 4277$ de chiffre d’affaire avaient été générés. Autant dire rien du tout.

Dans un autre article de Numerama, Guillaume Champeau nous raconte la triste histoire de Sebasto, ce chanteur de basse-cour qui après avoir fait un tube monumental, « Fais la poule », vendu 108.000 singles, 116.000 compils et 17.000 téléchargements, s’est retrouvé — par un savant imbroglio contractuel où la maison de disques, grâce aux avances sur recettes, et les agents se sont bien gavés — à recevoir un chèque de royalties de 477€.

Oui, l’industrie s’est relevée, pour un temps. Mais les acteurs du streaming ont une santé précaire. Deezer et Spotify, malgré leurs levées de fonds, ne sont toujours pas rentables.

Quant aux artistes, ils n’y ont toujours pas trouvé leur compte.

En Suède, le streaming pèse désormais pour 57% des revenus musicaux.

 

Pour la lecture, le modèle YouBoox

Dans ce contexte, il n’était donc pas étonnant qu’avec l’essor progressif de lecture numérique, des entrepreneurs s’intéressent au streaming de livres rapidement.

C’est désormais chose faite avec Youboox, qui propose globalement la même chose que Spotify: pour un abonnement de 9,99€ par mois, vous avez accès à un abonnement premium permettant de lire des livres via l’application de lecture, sur votre iPad par exemple. Bien entendu, tout comme ses petits cousins, Youboox permet de lire gratuitement: mais vous devrez « supporter » des bandeaux publicitaires durant votre consultation.

Youboox, tout comme ses homologues, présente son financement ainsi:

revenus publicitaires + revenus liés aux abonnements = revenu total (T)

Les éditeurs présents sur la plateforme Youboox se partagent la moitié de cette assiette globale, soit (T)/2 = (t ) — l’autre moitié revenant à Youboox.

Une fois cette assiette éditeurs délimitée, il faut décompter le nombre de pages lues chez l’un et chez l’autre. Car ce que l’éditeur touche revient à faire une règle de trois très basique: il s’agit du ratio entre le nombre de pages lues au total dans le catalogue de l’éditeur, rapporté au nombre total de pages lues le mois en question sur Youboox.

Ce que l’éditeur touche, au final, est la proportion de ce qui a été lu de son catalogue par rapport à ce qui a été lu dans le catalogue global.

pages lues catalogue éditeur / pages lues Youboox = %

De ce pourcentage, on déduit donc le montant à se répartir par rapport à l’assiette (t).

Selon les propres estimations de Youboox, le service aurait atteint 75.000 personne à février 2013, ne précisant pas s’il s’agit du nombre de téléchargements de l’application ou du nombre d’utilisateurs réellement actifs sur le système. Youboox revendique 5,5 millions de pages vues. Un objectif de 300.000 utilisateurs d’ici à décembre 2013 est évoqué.

 

Est-il judicieux de copier le modèle du streaming musical et de l’adapter au principe, très différent, de la lecture? Pas si sûr.

D’une part, difficile de croire avec les chiffres du disque désormais bien connus que le livre suivra la même voie: la musique étant par essence une activité que l’on peut faire en tache de fond, contrairement à la lecture, les usagers sont forcément moins nombreux et plus difficiles à toucher. Les recettes faibles de l’industrie musicale apparaitront pharaoniques comparées à celles générées par un service de lecture tel que Youboox, par définition moins fédérateur d’un point de vue global. Moins de gens achètent des livres qu’il n’écoutent de la musique, c’est une évidence.

Et même si l’on prend les meilleurs estimations de taux de transformation (en moyenne, pour 10 utilisateurs d’un service de streaming, 1 souscrit à l’abonnement premium), 75.000 utilisateurs, cela ne fait que 7500 utilisateurs premium (dans le meilleur des cas, car on en est sans doute loin). 7500 abonnement premium à 9,99€, le tout divisé par deux, ça fait 35.000 euros d’assiette à se partager entre tous les éditeurs présents sur la plateforme.

Si l’on rajoute à ces 35.000 euros générés par les abonnements les revenus de la publicité, forcément faibles puisque c’est un service jeune et que la publicité y est probablement peu chère, voire quelquefois gratuite pour inciter les annonceurs à venir sur la plateforme, cela ne fait pas lourd à se partager. Et considérant l’équation de base (plus il y a de pages disponibles dans le catalogue global, moins vous touchez, mathématiquement, à moins d’être titulaire d’un best-seller qui raflera 80% de l’assiette globale), il parait difficile de croire le modèle rentable dans l’immédiat.

Difficile de comprendre dans ce cas pourquoi de grands éditeurs comme Dupuis se laissent embrigader dans l’affaire… Peut-être pour tester le service, ou essayer de nouveaux modèles. Mais lorsque les relevés de consultation arriveront, ils tomberont sans doute de haut. L’affaire Harmonia Mundi a fait du bruit, et certains éditeurs pourraient à leur tour être tentés de retirer leurs titres du catalogue.

Contacté à ce sujet, Frédéric Weil des éditions Mnémos nous a livré son témoignage. Il a, comme beaucoup d’éditeurs et d’auteurs, été approché par Youboox pour être présent sur la plateforme. Et même si, dans un premier temps, « le modèle pouvait paraître intéressant », l’éditeur a vite déchanté.

« La publicité telle qu’elle est présentée dans Youboox est intrusive, et ne permet pas une immersion suffisante dans la lecture. D’un point de vue personnel, je m’oppose à toute forme de publicité dans un livre. La télévision a cédé, le cinéma a cédé, et on sait ce qui se passe lorsqu’on cède à la publicité: la création est livrée en pâture aux publicitaires, qui l’influencent, » nous dit Frédéric Weil. « C’est une question d’éthique: je ne veux pas que le livre soit touché par ce phénomène. Car une fois la mécanique lancée, il est difficile de revenir en arrière. »

Difficile de le contredire à ce sujet : la publicité est suffisamment intrusive dans l’application pour rendre toute lecture très difficile.

Quant au confort de lecture, il n’est décidément pas au rendez-vous: la liseuse PDF est de mauvaise qualité, ne permet pas d’agrandir les caractères et contraint à scroller quand on veut lire le bas de la page en mode zoomé freemium… à cause du bandeau publicitaire. Une erreur de base pour tout designer d’interface qui se respecte. Des services tels que Überflip ou Issuu offrent des liseuses PDF de bien meilleures qualités, et l’on en vient à se demander pourquoi les lecteurs sont si maltraités, même pour du gratuit.

Evidemment, on pourrait proposer une lecture au format .EPUB. Mais le problème du comptage des pages se poserait alors! Car un epub est fluide et sa pagination fluctuante. Difficile de mettre sa confiance dans un algorithme de comptage des pages lorsqu’on est éditeur, dans ce cas. Le business modèle deviendrait alors « opaque », s’il ne l’est pas déjà.

Car les éditeurs devraient pouvoir savoir combien se vend le bandeau publicitaire qui trône au-dessus de leur ouvrage. Ils devraient également avoir accès à une meilleure répartition des bénéfices, puisque là où Apple ponctionne « seulement » 30%, Youboox récupère 50% de l’assiette des bénéfices, ce qui paraît énorme.

Enfin, un dernier petit problème est soulevé: quid de l’exploitation streaming d’un point de vue contractuel?

Je ne pense pas que les contrats qui lient les auteurs à leur maison d’édition prennent en compte les revenus du streaming. En tout cas, les nôtres ne le font pas encore, » nous explique Frédéric.

Difficile d’imaginer en effet des contrats adaptés à ce nouveau modèle, et la répartition qu’il conviendrait d’allouer aux auteurs.

Et dans tous les cas, 10% de pas beaucoup, c’est toujours pas beaucoup. Et les auteurs risquent encore une fois de rester sur le carreau…

Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit, dit l’adage. Affaire à suivre, donc.

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A lire aussi: le témoignage de Jean-François Gayrard (Numeriklivres) sur le retrait des livres Numeriklivres de l’applicationYouboox.



 

Le livre enrichi n’est pas mort ! Et il n’a pas dit son dernier mot

Dès lors qu’on parle de « livre enrichi », les passions se déchaînent, les têtes s’échauffent et les mots dépassent quelquefois la pensée.

Le livre enrichi tel qu’il est aujourd’hui imaginé n’est ni plus ni moins que du web, qui lui-même a succédé aux premières applications interactives et hypertextuelles sur CD-ROM. Parler de livre augmenté, c’est donc un truc marketing pour vendre ce qui jusque-là était diffusé gratuitement en ligne. À l’écriture graphique, on ajoute quelques add-ons des autres écritures, mais on n’invente pas une nouvelle écriture. Tirer plus loin le livre ce serait le pousser vers les jeux vidéo, le faire basculer dans un autre art.

Pas plus qu’au livre enrichi, je ne crois au livre interactif, à la lecture non linéaire.

Thierry Crouzet, Le Livre enrichi est une impasse marketing

Partisans et détracteurs de l’enrichi se sont opposés l’espace d’une petite heure hier sur Twitter, dans une ambiance détendue mais néanmoins révélatrice du malaise ambiant. J’en profite donc pour mettre les choses au clair au sujet de ce mythe qu’est le livre enrichi, et de ce qu’il est censé véhiculer.

Pour commencer, j’ai l’impression qu’un malentendu strictement lexical existe. Petite explication.

 

Le « livre enrichi »: peut-être une appellation erronée?

Pour parler d’un concept, il faut des mots pour le définir, lui donner des limites: les américains ont choisi le terme d‘enhanced ebooks pour désigner ce que nous appelons « livre enrichi ».

Deux choses: d’abord, on remarquera que le enhanced se réfère en anglais à l’ebook (la publication numérique donc), alors que l’enrichi s’accole au livre (de manière indifférente).

Chez les anglophones, on augmente donc l’ebook, pas le livre en général. Et c’est une grande différence, surtout dans un pays comme la France où l’on sacralise le livre dans ce qu’il a de plus noble. Le livre, en soi, ne peut fondamentalement être « amélioré », puisque le livre est un concept vague qui englobe la bande-dessinée, le recueil de recettes de cuisine, la grande littérature en passant par toutes sortes de subtilités jusqu’au codex, l’incunable ou le volumen.

Soyons clairs sur un point: de la même manière que je vois pas comment on peut améliorer « le bois », je ne vois pas comment on peut améliorer « le livre ». Le livre est une constante: l’ebook en est une variation.

Donc petit aparté linguistique: il semblerait un peu plus cohérent de parler d’ebook enrichi, plutôt que de livre enrichi…

Car d’autre part, en anglais, « enhanced » a deux sens: il peut signifier « amélioré », mais aussi « augmenté »… là où « enrichi » a peut-être une connotation qualitative trop marquée. Ajouter une préface, une explication de texte, des notes, c’est déjà du « enhanced »… et nous le faisons depuis des années, sans avoir attendu le numérique.

Fin de l’intermède traduction. Peut-être la mésentente sur le mot, plutôt que sur le fond, peut expliquer quelques réticences.

Car l’ebook enrichi ne prétend pas améliorer Shakespeare ou rendre la pensée de Nietzsche plus puissante. Ces auteurs s’auto-suffisent, ainsi que beaucoup d’autres.

Mais doit-on pour autant voir dans le livre un continent protégé et immuable? Je ne le pense pas.

 

Le mythe de l’ebook enrichi déclinant

Tous les deux jours, un article paraît sur la toile pour promettre la mort de l’ebook enrichi, un concept tué dans l’oeuf et voué à l’oubli. « Sacré parmi les sacrés, le livre se suffit à lui-même et n’a pas besoin de toutes ces fanfreluches pour exister. » Quoi? Insérer une vidéo au milieu de La Légende des Siècles? Mais vous n’y pensez pas!

Alors oui: Victor Hugo n’a pas besoin d’un lolcat pour faire briller sa puissance évocatrice.

En revanche, j’invoque le manque d’imagination. Car si Corneille avait pu utiliser de la vidéo lors des représentations du Cid… qui nous donne la certitude qu’il ne l’aurait pas fait?

Réduire l’ebook enrichi (je déteste ce mot, et j’espère qu’il disparaîtra rapidement au profit de celui, plus généraliste, d’ebook tout simplement) à mettre une vidéo entre deux chapitres, insérer un grincement de porte en fond sonore et faire joujou avec un bonhomme qui fait coucou montre de façon assez évidente combien peu de gens se sont véritablement rendu compte du potentiel de ce que, par commodité, nous appelons l’ebook enrichi.

Non, l’ebook enrichi, ce n’est pas ça. Ce n’est pas que ça. Et le penser, c’est encore une fois faire preuve d’un flagrant défaut d’imagination, d’une certaine méconnaissance technique ou d’un mépris aggravé… voire des trois en même temps.

Il est un sport français: celui de se fermer des portes que l’on n’a même pas encore pris la peine d’essayer d’ouvrir proprement. Alors par commodité, on invoque la mort de l’ebook enrichi, là où les expérimentations en sont encore à leurs débuts et qu’à part quelques exceptions notables, rien ne sort encore vraiment du lot.

Mais imaginez un instant qu’au motif de n’en avoir pas vendu tout de suite des centaines de milliers, Gutenberg ait décidé de mettre sa presse dans une benne à ordures de Mayence. Imaginez que Nokia se soit contenté d’essayer vaguement le concept de téléphone portable avant de décréter, 6 mois plus tard, que c’était un échec et qu’il fallait arrêter la production. Ou que seulement parce qu’on ne pouvait pas faire grand-chose de plus qu’une simple opération arithmétique avec un ordinateur au début, IBM ait jeté l’éponge et se soit contenté de faire des calculatrices.

Une technologie, quelle qu’elle soit, demande un temps d’adaptation, de sondage, de tests. L’ebook homothétique est encore pour 90% de la population mondiale une révolution technologique sans précédent et on voudrait nous faire croire que l’ebook enrichi est à l’agonie. Ha! Mais personne n’a encore vu 10% de ce que l’ebook nous réserve dans les prochaines années !

Il est d’ailleurs curieux de voir que les détracteurs de l’enrichi sont souvent, par ailleurs, actifs dans le domaine de l’ebook, et crient au scandale quand Frédéric Beigbeder lance diatribe sur diatribe contre les publications numériques. Mesdames et messieurs, il ne s’agit pas de reporter le mépris sur un autre secteur, et dire que l’ebook enrichi est moins « noble » que l’ebook homothétique. On marcherait sur la tête!

Si l’on ne demande pas à tous les ebooks d’être enrichis, on peut légitimement avancer l’idée que certains ebooks méritent de l’être… puisque conçus ainsi dès le départ. Il y a de la place pour toutes les créations.

 

La palette des enrichissements

Oui, l’enrichi est simplement un autre mot pour décrire… un vaste océan de possibilités.

Qu’on y réfléchisse: en soi, une image cliquable, c’est déjà de l’enrichi. Une note de bas de page reliée par une balise de lien, c’est déjà de l’enrichi… dans le sens où malgré tous nos efforts, il ne sert à rien — sur la version papier de l’ouvrage — d’appuyer sur le numéro de la note pour aller automatiquement à la page correspondante. Le lien — l’hyperlink — est en soi une forme d’enrichissement… et tout le monde concède que l’hyperlink est une avancée notable en matière de publication numérique. Mais l’enrichi n’est bien entendu pas cantonné aux simples liens.

Je ne vais pas refaire le topo de l’enrichi: tout le monde le connait.

  • multimédia natif, via les balises HTML5 <audio> et <video>
  • read-aloud, synchronisation text-to-speech
  • animations CSS3
  • implémentation du Javascript, dont les possibilités sont presque infinies en terme d’interactivité: multiversioning, langues, mini-jeux, drag n’drop, géolocalisation, contextualisation, personnalisation du contenu, etc
  • mémorisation via cookies ou localstorage (HTML5)

Et ce n’est qu’un début, puisqu’ici nous ne faisons qu’utiliser le support « livre » pour lui ajouter quelque chose. Les choses deviendront beaucoup plus intéressantes lorsqu’il s’agira de publier des oeuvres pensées pour le numérique.

La palette s’étoffe, comme le langage: certains mots disparaissent, d’autres apparaissent, se combinent ou tout simplement sont mis en lumière. Tout comme un peintre aura toujours besoin de nouvelles nuances de couleurs, un auteur — quel que soit le support qu’il utilise — aura toujours besoin de nouveaux mots… ou de nouvelles manières de retranscrire ses émotions.

 

La substitution à l’imaginaire et l’écueil financier

Personne ne demande aux éditeurs ou aux auteurs de devenir réalisateurs de cinéma, cascadeurs, musiciens ou artistes plasticiens. Ce n’est pas parce qu’un metteur en scène utilise la vidéo dans sa pièce du Festival Off d’Avignon que la Comédie Française doit OBLIGATOIREMENT (par un effet levier dont le sens m’échapperait) inclure de la vidéo dans sa prochaine représentation du Malade imaginaire: cela ne fonctionne pas comme cela. La création utilise plusieurs vecteurs et il n’y a qu’une vérité: la pertinence.

A tout moment, le créateur de livre enrichi doit se poser la question: est-ce nécessaire?

Dois-je obligatoirement insérer cette vidéo de mon chat entre deux chapitres? Probablement pas.

Qui cela intéressera d’entendre le « cuicui » des oiseaux à cette page? Personne… sauf si c’est un livre destiné aux passionnés d’ornithologie, non? J’ai le souvenir d’un livre de ce genre qui avait plutôt bien fonctionné du temps où j’étais libraire, et qui proposait un CD pour accompagner la lecture des descriptions des différents oiseaux. Un livre enrichi? Bingo!

D’abord, donc, la pertinence.

Nous entendons souvent l’argument de la substitution à l’imaginaire. Oui, mettre en scène le personnage de votre roman préféré dans une vidéo plaque une réalité sur une image fantasmée. Mais ce n’est pas pire qu’une couverture illustrée avec ce même visage de votre héros préféré, non? Qu’un film réalisé à partir de ce livre?

Quoi qu’il en soit l’imaginaire l’emporte toujours. Il est plus fort que n’importe quelle image. Qui se souvient que dans le livre de Bram Stoker, Dracula porte une moustache? Pas grand-monde. L’imaginaire collectif préfère le voir autrement.

Comme le cinéma n’a pas remplacé le théâtre, comme les disques n’ont pas remplacé les concerts et comme la vidéo n’a pas tué les radio stars, les différentes formes de création peuvent coexister.

Fabriquer une vidéo hollywoodienne coûte cher et ne sera accessible qu’à de grosses productions. Produire des histoires multimédia demandera toujours plus d’efforts — financiers et logistiques — qu’un texte nu.

Mais à bien y réfléchir, avec nos ordinateurs, nos tablettes et nos liseuses… nous sommes déjà des vidéastes en puissance, des photographes amateurs, des programmeurs bidouilleurs… Personne ne vous oblige à mettre de la vidéo dans un texte. Mais si des artistes talentueux ont envie d’essayer de raconter des histoires autrement, pour toucher un public plus vaste ou simplement différent, pourquoi s’y opposer?

Ce qui va dans le sens de la création originale ne peut être que bénéfique.

Et surtout: qui vous oblige à faire de l’enrichi? Ce n’est pas OBLIGATOIRE. On s’est passé du multimédia pendant des centaines, voire des milliers d’années (quoique ce point soit discutable). Je pense que beaucoup d’entre nous feront encore l’impasse dessus dans les prochaines années, et tant mieux. Je ne tiens à ce que le paysage littéraire devienne un feu d’artifice 24/7.

Mais laisser les portes ouvertes à la création et à l’innovation

Il s’agit d’être un peu malin et de penser des solutions qui iront dans le sens d’une création riche, abondante et multi-plateformes.

L’avenir — beaucoup s’accordent à le dire — est dans le transmédia: une histoire commence sur votre smartphone, se poursuit sur votre tablette, continue sur votre ordinateur et se synchronise avec votre position géographique tout en revenant dans votre liseuse, sans se copier, mais en se complétant. Grâce au HTML5 entre autres, la narration n’en est qu’aux débuts de sa mutation. Elle se fondra bientôt dans le web et l’enrichi perdra vite son qualificatif — son ostracisation — pour simplement devenir partie intégrante de la palette offerte aux créateurs d’histoires. Seront-ils écrivains, metteurs en scène, graphiste, musicien, poète? Peu importe: l’essentiel est qu’ils s’expriment sans entraves. On veut bien aller voir une exposition de Klein, mais il ne s’agirait pas de n’utiliser que du bleu pour chaque toile peinte.

Est-ce que cela veut dire que l’alexandrin disparaîtra? Non.

Est-ce que cela veut dire que tous les livres deviendront des jeux vidéo? Non plus.

Est-ce que ça veut dire que j’aurais autant de plaisir à lire un poème de Michaux dans 50 ans? Oui. Sans aucun doute possible.

En conclusion, cela ne veut (surtout) pas dire que le texte seul est bon à mettre à la poubelle : simplement que les auteurs — les créateurs d’univers — ont gagné plusieurs cordes à leur arc avec les possibilités du numérique et de l’enrichi. Nous attendons encore que quelqu’un nous prouve qu’on peut produire une oeuvre multi-format / multi-support / multimédia de qualité, qui soit pensée nativement pour cela et qui n’ait de sens que dans sa globalité. Mais ce n’est pas parce que cette grande oeuvre n’est pas encore été créée que tout le concept de l’enrichi est à revoir. Souvenez-vous qu’en d’autres temps, on considérait le livre de poche — de par son simple format — comme de la sous-littérature, le roman policier comme une dépravation morbide et la bande dessinée comme un passe-temps d’abrutis.

Ne pensez pas « livre ».

Pensez « histoires ». Celles que nous connaissons, bien sûr, et qui se suffisent à elles-mêmes. Mais aussi celles que nous n’avons pas encore racontées.

En toutes choses, je prône l’imagination. Il ne faut pas fermer les portes, mais les laisser ouvertes… et voir qui les passera.

Comme pour les boissons, à chaque ebook son contenant

Je suis frappé de la fulgurante expansion d’une idée qui voudrait qu’à l’heure du numérique, une oeuvre se détache forcément de son contenant. À savoir: peu importe sur quoi vous lisez, que ce soit sur papier, en numérique, sur un écran, sur un smartphone, sur une liseuse ou au dos d’une boîte de céréales, le texte reste le même. Il a le même goût, la même texture, la même saveur, voire la même odeur.

C’est un lieu commun très répandu, surtout dans l’univers des pure-players. Logique toutefois puisque les pure-players n’ont aucun intérêt à dire que l’expérience de lecture numérique est différente de la lecture sur support papier, à l’heure où c’est dur pour tout le monde (spécialement pour les pure-players) et que l’on cherche à ouvrir des chemins à la fois culturels et financiers.

Mais ça fait un moment que l’idée me trotte dans la tête, que j’y réfléchis, que je retourne le problème dans tous les sens… et je ne vois pas comment je pourrais être d’accord in fine avec cette idée, pourtant en phase d’être acceptée par à peu près tout le monde. Non, ce n’est pas la même chose de lire le même livre sur un support différent. Le goût n’est pas le même. Et ce n’est pas forcément une mauvaise chose si l’on accepte cet état de faits, et qu’on s’amuse des contraintes.

Dominique Sanchez - Flickr

 

Le goût du Coca en canette

 

C’est un autre lieu commun qui m’a fourré cette idée dans le crâne: vous savez, cette légende urbaine qui veut que le goût du Coca en canette soit différent de celui du Coca dans une bouteille en verre, lui même différent de celui du Coca dans une bouteille en plastique. Avant d’avoir entendu cette assertion, il est probable que vous ne l’ayez jamais remarqué. Et puis en goutant, vous vous êtes rendu compte que oui, c’était peut-être vrai. Le contenant, en verre, en métal ou en plastique, a modifié les composantes mêmes de la boisson, et ont vraisemblablement modifié sa saveur. L’essentiel n’est pas de savoir si cela est vrai, mais de le ressentir comme vrai.

De la même manière, et les oenologues l’ont compris depuis longtemps, on ne boit pas de vin rouge dans un verre à whisky: les formes de verre différentes sont là pour magnifier les arômes des boissons respectives, de sorte que le vin rouge doit être versé dans un verre ballon, dont le fond est plus large que l’ouverture, afin d’en conserver toute la finesse. Le verre à whisky, lui, a un fond plat et des parois droites, mais il a quelquefois une forme de cloche étroite et inversée, pour le bon et vieux whisky notamment, afin d’éviter que son goût ne s’évapore. Quant à la bière, elle est servie dans de grandes pintes, car sa saveur réconfortante est probablement davantage liée à la quantité ingérée qu’à ses nuances subtiles. En faisant quelques recherches sur les verres, j’ai été étonné de voir combien il y en avait: en fait, il y a quasiment un verre différent pour chaque boisson.

«Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse », disait Alfred de Musset dont le goût pour la boisson était notoire. Et chacun de reprendre cette maxime célèbre au nom de l’ingestion incantatoire de contenus numériques.

DeusXFlorida - Flickr

 

James Bond sur l’écran de ton portable

 

Extrait d’un dialogue récent avec un ami:

Lui: Tu as vu le dernier James Bond?

Moi: Non, j’ai pas eu le temps ni l’envie d’aller au cinéma.

Lui: Moi je l’ai vu sur l’écran de mon ordi portable.

Moi: Ha bon? Il est déjà sorti en DVD?

Outre le cynisme manifeste dont fit preuve votre serviteur, je constate une chose: pour moi, il est impossible d’envisager de voir un film à grand spectacle sur un petit écran. Je l’ai constaté aussi en regardant la première saison de Games of Thrones, sur ma télé pourtant d’une taille respectable mais dont l’âge commence à se faire sentir: la télévision n’est plus assez grande, j’arrive à peine à lire les inscriptions originales du générique. La série a été tournée pour être appréciée sur un écran plus grand que le mien, de sorte que le niveau de détail que j’ai ressenti est sans doute inférieur à celui qu’à voulu le réalisateur. Même constat pour le Hobbit: la qualité est telle sur l’écran géant d’un cinéma moderne que j’imagine mal comment je pourrais le revoir sur ma télé sans être affreusement déçu.

Quel rapport avec le livre? Selon moi, tout, justement.

Nous ingérons les contenus numériques avec une frénésie effrayante. Nous gobons que que nous arrivons à attraper au passage, sans plus nous soucier de l’expérience de lecture: nous lisons un contenu vide de contenant (un comble).

Porschelinn - Flickr

 

Un contenu vide de contenant

 

Je pars du principe que l’expérience de lecture est de fait gravement influencée par le support sur lequel elle a lieu, et que les designers d’ebooks comme nous devraient prendre en compte cette donnée avant de céder aux sirènes du tout support. Car réduire un texte à ses mots, c’est aussi réduire une toile à la seule peinture: en omettant la lumière, la taille de l’oeuvre, la distance à laquelle la regarder, etc.

Imaginez un instant admirer le Sacre de Napoléon (une toile qui doit bien faire dans les 8 mètres de long) sur l’espace d’un timbre poste. Oui, la peinture est la même: elle a été reproduite au micro-pica sur le timbre. Pourtant, vous n’êtes pas capable de l’apprécier à sa juste valeur. Et David de se retourner quatre fois dans sa tombe.

Concernant le roman, bien sûr, on peut mesurer une différence moins importante que pour les livres richement illustrés comme Kadath, dont j’imagine difficilement une expérience potable sur un écran inférieur à celui de l’iPad si l’on ne veut pas perdre quelque chose au passage. Les livres d’art sur iPhone sont un défi technique, ergonomique et artistique, et il va de soi qu’une simple transposition ne suffit pas: il faut parler d’adaptation.

Mais pour aller plus loin, je pense (et j’entends déjà les voix s’élever) qu’on ne peut pas lire Proust (oui, c’est tombé sur Proust, mais ça aurait pu tomber sur n’importe qui d’autre) de la même manière sur une feuille de papier, sur l’écran d’un iPad et sur celui d’un smartphone Samsung, par exemple.

Moriza - Flickr

 

Typographie numérique: une voie obligatoire pour les ebooks designers

 

La valeur de ressenti d’un texte ne se mesure pas seulement au nombre de ses mots, ou à leur simple alignement sur une surface plane: elle se mesure aussi à leur ordonnancement. On peut difficilement apprécier tous les textes sur l’écran d’un smartphone, pour des raisons très simples:

  • l’alignement n’est pas le même: sur l’écran d’un smartphone (ou plus généralement sur un écran plus petit) les textes sont souvent justifiés à gauche,
  • l’interligne adapté à une liseuse n’est pas le même que pour un écran plus petit, et la résultante est une composition floue, désagréable à l’oeil,
  • une taille de la typo suffisamment grande pour permettre la lecture sur un petit écran oblige les retours à la ligne à répétition, ce qui donnera des lignes de quatre ou cinq mots… l’oeil se fatigue, l’expérience est dégradée…

On pourrait continuer à l’infini.

Attention, personne ne dit qu’il ne faut pas lire sur smartphone! Ces appareils sont des outils de propagation du numérique exceptionnels, et contribuent en grande partie à son succès. Le contenu de cet article s’adressant prioritairement aux professionnels, en cela nous cherchons la petite bête. Bien entendu, plus l’écran est large, meilleure est l’expérience: nos yeux lisent plus confortablement sur une grande surface que sur une petite.

Philcampbell - Flickr

 

J’aimerais partager cette idée qui veut que l’on peut lire tout sur n’importe quoi dans n’importe quelle condition (et notamment dans n’importe quelle condition de concentration) mais je pense qu’il s’agit d’une chimère. Le support a définitivement une influence sur la perception de l’oeuvre. En cela, une mauvaise expérience de lecture peut conduire à une mauvaise perception de l’oeuvre numérique… et personne n’a envie de cela. Les ergonomes littéraires ont encore de beaux jours devant eux.

Car le but n’est pas de brider les créateurs, mais au contraire de les inciter à réfléchir leur contenu en fonction du contenant.

Car oui, les contenants numériques existent: je les ai rencontrés.