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Le livre numérique est mort : vive le livre numérique

Le livre numérique est mort : vive le livre numérique

Ce matin, en ouvrant dans le journal, un avis de décès d’un genre un peu particulier a attiré notre attention. Bien sûr, en tant qu’éditeurs, nous sommes sensibles à ces questions et furetons régulièrement sur les sites d’informations. Mais nous ne nous attendions pas à un tel choc.

« Toute l’industrie du livre — éditeurs, libraires, distributeurs, diffuseurs et services de fabrication, etc — est au regret de vous annoncer la mort du
— LIVRE NUMÉRIQUE (.EPUB) —
La cérémonie aura lieu en privé sur internet. Les messages de condoléance sont à adresser au format .txt ou .pdf. Les couronnes HTML et CSS sont les bienvenues, mais devront être déposées à l’entrée. »

Après avoir fait circuler l’article de mains en mains et avoir échangé quelques réflexions, la surprise est vite retombée. Après tout, nous avions décelé quelques indices, des signes avant-coureurs qui ne trompent pas, un peu quand une vieille cousine commence à trop tousser aux repas de famille.

L’.EPUB était pourtant promis à une belle vie. Dès sa naissance, les bonnes fées s’étaient penchées sur son berceau : un format reconnu et accepté comme standard de référence pour toute une industrie — ça changeait des mp3, mp4, aac, et autres wma de l’industrie du disque, restons polis et ne parlons même pas du cinéma —, un langage simple à mettre en forme et hautement adaptatif (HTML et CSS), accessibles aux plus riches entreprises comme au plus petit des auteurs autopubliés et la promesse d’une évolution conforme aux besoins des designers, éditeurs, etc.

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Et puis les vieux démons sont revenus à la charge : les protections que les grands pontes du livre avaient tant décriées (souvenons-nous en riant : « Le livre ne commettra pas les erreurs du disque et du cinéma ») ont refait surface et nos livres numériques se sont retrouvés bardés de DRM, ces verrous qui empêchent la copie, le partage et qui, acessoirement, empêchent ceux qui les ont achetés de les lire parfois. Insatisfaits d’une mise en page que d’aucuns estimaient pauvre, les logiciels historiques de mise en page printont intégré dans leurs mécanismes des systèmes de conversion fixes, et le fixed-layout est apparu, réinventant le PDF que l’industrie avait tant décrié quelques années plus tôt. Les formats propriétaires sont arrivés là-dessus et ont commencé à envahir le marché : lisibles uniquement sur Kindle, lisible uniquement sur iPad, lisibles uniquement debout, assis, couché… Et si ce n’était que ça. Par des politiques de prix démentielles, les ebooks ont été mis sur le marché sans grande conviction, presque avec l’envie de ne pas les vendre… et les Français sont tombés dans le panneau, en devenant l’un des pays où les habitants sont les plus réfractaires au livre numérique.

À vrai dire, nous pouvons les comprendre. Pourquoi s’entêter à acheter des versions illisibles, souvent plus chères qu’un livre de poche (jusqu’à deux ou trois fois plus), de livres qu’on peut obtenir facilement, pour moins cher et sans licences de lecture qui ne vous en confèrent même pas la propriété ?

Alors ce qui devait arriver arriva : le format EPUB s’est lentement laissé dépérir. Bien entendu, si tout le monde s’y était mis en même temps, si personne n’avait renâclé, si on avait mis de côté les vieux démons du passé, peut-être en aurait-il été autrement. Mais « avec des si, on mettrait Paris en bouteille »… Bien sûr, nous noircissons le tableau. Le format .epub n’est pas encore mort, mais il donne des signes de faiblesse, ou plutôt d’impuissance, que nous avons listés plus haut et qui nous amènent à réfléchir à son avenir prochain.

Nous partons d’un constat, ou plutôt d’une interrogation : comment, à partir de langages aussi libres et simples que le HTML (le HTML est le langage de programmation qui permet d’afficher cette page web, mais aussi vos ebooks… en fait, il est l’architecture d’une écrasante majorité du texte numérique), a-t-on pu arriver à une situation aussi fermée, aussi inégalitaire et aussi illisible, autant pour les professionnels que pour les lecteurs ? La réponse est simple : nous avons voulu réinventer des choses qui n’avaient pas besoin de l’être, à commencer par… le web.

Car si l’on y réfléchit un instant, un ebook n’est rien d’autre qu’un mini-site web encapsulé pour être consulté en mode offline, rien de plus. Et c’est notre besoin de jouer à la marchande « en échange de ton argent, je te transmets un fichier tangible et stockable » qui nous a propulsés droit dans le mur, et poussés à inventer des solutions toujours moins pratiques, plus compliquées et plus fermées. Alors que le web était là depuis le début, et qu’il nous tendait les mains. Nous avons réinventé le web, en moins bien. Nous avons voulu le plier à nos exigences marketing, techniques et sécuritaires, mais il ne s’est pas laissé faire. Mais il y a néanmoins une bonne nouvelle : si nous nous sommes perdus en chemin, nous sommes toujours dans la bonne forêt. Le .EPUB est un format perméable et soluble, qui permettra à ceux qui ont choisi cette voie de basculer vers la transition facilement, presque sans douleur. Quelle est cette transition ? Pour nous, elle est claire : c’est le retour aux sources du web. Le livre sur internet, consultable en ligne n’importe quand et n’importe où, depuis votre navigateur. Books in browsers.

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Nous entendons d’ici les cris d’indignation. Bien entendu, nous ne parlons pas d’un futur applicable dans un an, ni même dans cinq. Mais peut-être dans dix ou quinze en revanche, lorsque la connexion sera comme une seconde nature pour nos appareils, sans restriction de volume de données et de coût, et que les territoires seront entièrement couverts (et bien couverts). Et ce n’est pas la seule condition : il faudra également qu’éditeurs et constructeurs fassent preuve de bonne volonté en autorisant les lecteurs à sauvegarder les contenus consultés en ligne, à les archiver, à en conserver des copies, c’est essentiel pour la sauvegarde du patrimoine et la transmission. Nous entrons dans une société d’abonnement où plus rien d’autre ne compte que la consultation, mais il s’agit d’un miroir aux alouettes : à force de prôner la non-propriété à tout-va, on finira par faire entrer dans la tête des gens que le livre n’est qu’un consommable comme les autres. Profitons que le livre soit encore un signe fort auquel on peut s’identifier, se référer, avec lequel on peut se bâtir, qu’on peut partager, échanger, en bref, quelque chose d’important, de tangible, et ce même s’il est immatériel. Le livre est un matériau d’exception, de celui dont on forge les âmes, qu’il ne faut pas laisser se diluer dans la médiocrité.

Pourquoi le livre-web ? Parce qu’il est le livre numérique par excellence. Accessible partout, depuis n’importe quel terminal, lisible sur n’importe quelle taille d’écran, il utilise 100% des capacités des navigateurs pour nous offrir des expériences connectées, multimédias, interactives, sans s’arracher les cheveux pour trouver des solutions bâtardes avec des appareils qui ne sont pas faits pour cela. Couplé à des solutions de sauvegarde, de transfert, d’annotations, de copie privée, il devient la bibliothèque numérique dont nous avons tous rêvé en nous lançant dans l’ebook. Ajouté à cela des solutions simples, transparentes et honnêtes de rétribution des éditeurs et des artistes, il coupe l’herbe sous le pied aux intermédiaires trop gourmands et aux multinationales toujours plus envahissantes, qui ne rêvent que de nous enfermer dans un écosystème. Le livre-web est son propre écosystème, qui navigue lui-même sur le grand océan de données qu’est internet.

Nous croyons fermement à la mort programmée de l’EPUB. Elle est inscrite dans ses gênes depuis le début. L’EPUB est une plateforme, un plongeoir, un tremplin vers autre chose. Cet autre chose fait peur, parce qu’il est véritablement dématérialisé et qu’il nous pousse à réfléchir à des solutions plus équilibrées, plus vastes en terme de possibilités, mais aussi plus pérennes. L’EPUB était une parenthèse. Le livre-web est un gage de continuité et d’ouverture. Certains éditeurs commencent à emprunter cette voie outre Atlantique, et pas des moins prestigieux. Nous sommes prêts à parier que d’autres le feront très bientôt de ce côté de l’océan.

Ce n’est que le début.

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Photos originales : Geoffrey Fairchild (CC-BY — Flickr) ; Johan Larsson (CC-BY Flickr) ; Walrus (2014)

Le livre numérique comme une clef et comme une porte

Il peut paraître étrange de commencer un article de ce genre par une citation de Howard Phillips Lovecraft, mais je le fais tout de même car c’est elle qui m’a finalement décidé à écrire cet article.

« Yog-Sothoth est la porte. Yog-Sothoth est la clé et le gardien de la porte. »

Je le reconnais bien volontiers, ces imprécations impies ne semblent pas avoir grand-chose à voir avec le sujet qui nous occupe habituellement, vous et moi, mais il n’empêche : ce concept de tout en un, d’un objet, d’un concept — ou d’un dieu, dans le cas précédent — qui peut être à la fois la porte, la clef et le gardien de la porte, me parle. Parce qu’il suffit de remplacer “Yog-Sothoth” par “ebook” et soudain, on se retrouve avec un concept littérairement moins amusant, certes, mais assez intéressant d’un point de vue prospectiviste.

1. Le livre numérique comme objet inerte

Notre conception du livre — et a fortiori du livre numérique — se base sur le fait que nous appliquons la notion d’objet à un fichier informatique. Entendez : « Je paye une certaine somme d’argent contre un objet matériel », avec ici “matériel” au sens large puisque l’objet en question est dématérialisé. Peu importe. L’idée est d’acheter une unité quantifiable contre une certaine somme d’argent. C’est ce que nous faisions avec les livres traditionnels et que nous continuons de faire avec les livres numériques. L’achat a valeur de contrat : vous obtenez une certaine somme d’information ou de narration pour un prix donné. Soit. C’est en ce sens que j’entends que le livre numérique est un objet inerte, dans l’idée qu’il est déconnecté du flot web et qu’il est une entité indépendante, achetable et donc consultable à loisir.

Il s’agit jusqu’à présent de l’identité du livre telle que nous l’avons toujours conçue, et que certaines évolutions remettent en question, avec notamment l’irruption du streaming (lecture online) et de la licence d’utilisation (quand vous achetez un livre sur Amazon ou Apple, rappelons que le fichier numérique ne vous appartient pas : vous n’en acquérez que la licence de lecture).

2. Un glissement vers le web

Je suis convaincu que le fichier .epub est, à plus ou moins court terme, voué à disparaître — ou plutôt, si l’on veut être exact avec les mots, à se dissoudre dans le web comme un morceau de sucre dans du café. Le .epub est un fichier d’archive compilant des données HTML et CSS parfaitement exploitables en l’état (sans transformation) dans une page de navigateur. Pour en avoir la preuve, il suffit de télécharger Readium (si l’on utilise Chrome) ou Epub Reader (si l’on utilise Firefox) pour constater qu’un fichier .epub se lit de la même manière sur une liseuse, une tablette ou un ordinateur de bureau.

Je pense que l’invention du .epub tient en grande partie à notre besoin — très humain, et donc très prégnant – de matérialiser nos “possessions” numériques pour les identifier clairement. Ainsi, en achetant mon fichier, j’enrichis ma bibliothèque, même virtuelle. Je l’incrémente d’une unité quantifiable. Cette invention, était, en soi, superflue : nous aurions très bien pu passer directement par la case web et proposer la vente de nos livres directement via le navigateur. Des expérimentations ont lieu en ce sens, et avec succès, comme par exemple nerval.fr. La presse a fait la bascule, davantage par obligation que par choix. Depuis que je suis abonné à Médiapart, je considère qu’il s’agit là d’une forme tout à fait viable d’exploitation de contenu : pas de publicité, la seule source de revenu est l’abonnement des lecteurs. Le contenant est simplifié à l’extrême pour laisser la place au contenu. Il s’agit d’une véritable expérience de lecture numérique, au sens noble, non-intrusif et non-distractif du terme.

Ces “glissements” progressifs vers le web nous obligent à repenser notre rapport au livre et à notre besoin de possession d’un objet terminé, dont la forme serait définitive et figée. Ils sont un premier pas vers cette évolution nécessaire et inévitable qui conduira, petit à petit, nos livres numériques à fusionner avec le web. Peut-être est-ce là d’ailleurs la véritable différence qui se creusera entre livre papier et livre numérique ? L’un sera figé, l’autre… pas forcément.

3. Le livre numérique comme porte

Depuis quelques mois, l’application de lecture iBooks (Apple) autorise les développeurs à lier un fichier média (vidéo ou audio) non pas à un fichier inline (contenu dans le .epub) mais à un fichier online (hébergé sur un serveur distant). D’un côté, on ne peut que se féliciter du gain réel que cette fonctionnalité apporte aux concepteurs de livres multimédias : les vidéos et les sons pèsent très lourds en terme de poids de fichier et grèvent singulièrement notre marge de manoeuvre lorsqu’il s’agit d’en incorporer beaucoup. Ainsi, on se retrouve avec des livres qui font 500 ou 600 Mo, ce qui n’a aucun sens. De l’autre côté, si l’on n’a pas accès à une connexion internet, le fichier est illisible : la vidéo ne se charge pas et un message s’affiche, du type “Ce contenu n’est disponible que via une connexion wifi”. Si l’on veut profiter du contenu dans son intégralité, il faut donc garder à l’esprit qu’il faudra rester connecté.

L’arrivée de la 4G n’est pas là pour me contredire : les connexions seront de plus en plus rapides et accessibles. De fait (mais cela n’engage que moi), je pense que nous verrons bientôt arriver des appareils dont la seule raison d’être sera de perpétuellement être connectés au réseau. Les smartphones le sont déjà dans une certaine mesure, mais ils sont encore utilisables offline. Ce que je veux dire, c’est que des appareils arriveront qui ne seront utilisables qu’avec une connexion. Que leur usage ne sera même pas envisageable sans. Heureusement, d’ici là, on peut imaginer que tout le monde aura accès — tout le temps — à une connexion internet. Je ne dis pas qu’il faudra être connecté tout le temps (heureusement), mais nous aurons toujours la possibilité de le faire, en plein centre-ville comme au milieu du désert ou dans l’avion (voir le Projet Loon de Google).

La possibilité d’insérer des <iframes> dans les epubs est aussi une concession de plus accordée à la webisation du livre numérique. En somme, les iframes sont des fenêtres sur le web. Ces balises permettent de créer un espace où le contenu d’un site web sera “aspiré” en temps réel. Ainsi, depuis votre livre numérique, vous pourrez avoir accès à des pages hébergées sur le net, comme par exemple un forum d’utilisateurs, un service après-vente ou une interface de discussion avec l’auteur.

À quoi ça sert ? me demanderez-vous. Honnêtement, à pas grand-chose si l’on estime qu’il ne s’agit que d’une manière de reculer pour mieux sauter. Petit à petit, le livre glisse vers le web. Il ouvre des portes — il les entrouvre pour l’instant — et il n’y a pas à douter que bientôt, ces portes seront ouvertes aux quatre vents. Perméables. Je n’évoquerai pas les problèmes de sécurité que cela peut poser. Cela en posera, sans nul doute. Mais c’est un autre débat.

Toujours est-il que pas à pas, le livre numérique ouvre ses portes aux contenus online. Le basculement progressif vers le net est enclenché.

4. Le livre numérique comme clef

Je vais aller un peu plus loin et imaginer un futur proche où la production de livres numériques aura presque complètement basculé vers le web et tendra à proposer des lectures via navigateur en natif, avec la possibilité de télécharger, si on le souhaite, une version offline du contenu (soit en téléchargeant une archive — ici le format .epub remplit sa mission, et c’est peut-être dans ce sens-là qu’il aurait pu être le plus utile — soit en le stockant dans le cache de l’appareil).

Vidé de sa substance, le livre numérique n’aurait plus de raison d’être, puisque tout son contenu serait délocalisé vers un web payant, parallèle au web gratuit (et majoritaire) où l’on achèterait l’accès à une ressource en ligne via paiement à l’unité ou abonnement.

Les libraires numériques devraient-elles disparaître pour autant ? Pas forcément. Quand on cherche une page web aujourd’hui, on passe obligatoirement ou presque par un moteur de recherche. C’est lui qui nous aiguille. Sans lui, nous serions perdus au milieu de la multitude, tant il est vrai qu’ouvrir un site aujourd’hui revient à lancer un caillou au milieu de l’océan. Les librairies numériques pourraient jouer, d’une certaine manière, ce rôle, en vendant des livres qui ne seraient plus des objets finis, mais des clefs d’accès vers des contenus en ligne.

Ainsi, en achetant un livre sur ma librairie en ligne préférée (qui m’en aurait vivement conseillé l’achat grâce à une critique bien sentie et des avis positifs de ses autres lecteurs), j’obtiendrai, par exemple, le premier chapitre ainsi qu’une clef d’activation qui débloquerait un abonnement. Le reste du livre pourrait, dans un premier temps, être contenu dans une iframe, soit carrément renvoyer vers un site web sur lequel sera hébergée la suite du contenu. Le coût de l’abonnement sera compris dans le coût d’achat global du livre, permettant ainsi au libraire de prendre une marge sur l’achat d’abonnement. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne pourra pas directement accéder au contenu en passant par le site web ! Il s’agira seulement d’une porte supplémentaire. Une porte qui, au passage, sera devenue une clef.

On peut également imaginer que le prix de l’ebook comprenne une prestation : l’achat du livre pourrait englober une discussion vidéo d’une heure avec l’auteur, via iframe. Ou encore, pour l’achat d’un livre numérique consacré au Yoga acheté 50€ (soit plus cher que le coût réel de l’ebook), le lecteur aurait droit à deux heures d’initiation dans un cours près de chez lui (prépayé). Encore une manière de voir le livre comme une clef.

***

Conclusion

Le web et le livre ont entamé une histoire d’amour qu’ils auraient dû débuter depuis bien longtemps. Petit à petit, l’achat de livre numérique à l’unité glissera vers l’achat, ou l’abonnement, de tout ou partie de sites web online. La bonne nouvelle, chers éditeurs ? Vous n’aurez presque rien à faire pour rendre vos fichiers compatibles. En faisant le choix du .epub, vos livres sont déjà dans ces formats web natifs que sont HTML et CSS. Il suffira de les mettre en ligne, derrière un paywall.

De cette manière, le .epub deviendra peut-être ce qu’il aurait dû être dès le départ : un fichier non pas d’achat final, mais d’archivage.

La littérature à la vitesse de la pensée

Les journées #pnflettres auront eu le mérite de faire germer quelques graines d’interrogation, et de matérialiser des questions que je ne me posais pas deux jours plus tôt. Dans une séance de questions/réponses lors de l’après-midi «Ecrire web», les auteurs étaient invités à réfléchir à la manière dont s’invente la littérature aujourd’hui.

Tous ou presque étant blogueurs, une bonne partie des interventions était centrée sur le travail autour du site personnel et des expérimentations qu’il permet: des textes souvent courts, quelquefois abstraits, toujours riches d’émotion brute, capturée au vol et publiée dans la foulée. Une forme de littérature qui, de fait, se fond dans le web pour une seule bonne et simple raison: elle en est l’expression même.

La littérature à la vitesse de la pensée: tout est dans le titre. Le livre, c’est le blog. Un livre qui s’écrit en direct, qui se soumet humblement au regard de ses lecteurs et en attend les retours, qui s’expulse plus qu’il ne se planifie.

Un livre exigeant aussi, puisqu’un blog qu’on ne nourrit pas s’étiole, puis meurt à mesure que ses visiteurs le quittent: l’écrivain blogueur est condamné à nourrir cet ogre s’il ne veut pas que son bourreau meurt, syndrome de Stockholm assumé qui contraint, oblige, à une certaine rapidité d’exécution.

La forme même du blog invite à l’expérience. Elle implique des billets courts, souvent lisibles de manière indépendante, ce qui exclue presque les tentatives romanesques “classiques” (même si on me prouvera sans doute le contraire dans les commentaires). Le livre est un journal. Pas n’importe lequel bien sûr mais un journal quand même, compte-rendu chronique, sensitif des pensées qui obsèdent leur hôte. Il faut aller vite, réfléchir à la vitesse du clavier.

Car le clavier numérique a certainement été une des plus grandes révolutions littéraires des dernières années, beaucoup plus importante que l’ebook en lui-même. Cet instrument permet dorénavant, plus que d’écrire, de prendre en note sa pensée en temps réel. La littérature comme sténographie de la pensée, nous y sommes: les écrivains du web retranscrivent ce qu’ils entendent en eux, les doigts aussi rapides que les tripes, et nous offrent des morceaux de littérature singuliers et nouveaux.

Qu’écrivons-nous lorsque nos outils vont aussi vite, voire plus vite, que nous? Peut-être alors l’estomac et le coeur prennent-ils le relais de la tête. Mais n’est-ce pas aussi cela, la création littéraire?

Et vous? Pensez-vous que le principe d’écriture web influence, modifie, les œuvres produites? Ressentez-vous aussi ce syndrome de Stockholm vis-à-vis de votre blog? Comment le clavier change-t-il la donne pour vous en tant qu’auteur, qu’éditeur?