« LE ROI AU MASQUE D’OR » Collection « Les Classiques de l’Imaginaire »

C’est avec une certaine fierté que nous vous proposons aujourd’hui un nouveau livre dans la collection (vouée à s’enrichir de semaine en semaine) des Classiques de l’Imaginaire: pas seulement parce que « Le Roi au Masque d’Or » est une véritable petite merveille littéraire (c’est un peu le minimum syndical quand on lance une collection de classiques, n’est-ce pas?), mais aussi parce que c’est un texte rare assez difficile à trouver en EPUB. Autant vous dire que vous allez vous régaler.

S’il fallait classer cet auteur quelque part (pour autant que Schwob puisse être classé quelque part), nous le placerions sans conteste dans la catégorie des surréalistes. Borges, Gide et Lovecraft avoueront sans conteste leur admiration, tandis que Jarry lui dédicacera son Ubu Roi. La force de Schwob réside dans son pouvoir d’évocation. Ses textes, souvent courts, flirtent avec la mythologie, embrassent le fantastique autant que les légendes de campagne, et transcendent le réel en le baignant d’une lumière certes dorée, mais menaçante. Pour ne pas dire tout à fait inquiétante.

L’oeuvre de Marcel Schwob est injustement méconnue. Elle s’inscrit dans la lignée des découvertes fortuites, des conseils entre amis ou d’un libraire: on ne trouvera pas Schwob au panthéon littéraire des meilleures ventes de classiques. Pourtant, il suffit de se plonger dans l’un de ses textes pour se retrouver immédiatement happé. C’est bien la force des grands auteurs.

Ainsi, dans la nouvelle qui donne son nom au recueil de 21 nouvelles, un mystérieux Roi et sa non moins mystérieuse cour sont condamnés, selon une antique loi, à porter un masque sur leur visage. On ignore la raison pour laquelle cette tradition a été établie, jusqu’à ce qu’un étrange vagabond rende visite à la cour et fasse toute la vérité, dans un final aussi grotesque qu’atroce.

Ça donne envie, n’est-ce pas? Un petit extrait pour vous mettre en appétit.

*****

 » Le roi masqué d’or se dressa du trône noir où il était assis depuis des heures, et demanda la cause du tumulte. Car les gardes des portes avaient croisé leurs piques et on entendait sonner le fer. Autour du brasier de bronze s’étaient dressés aussi les cinquante prêtres à droite et les cinquante bouffons à gauche, et les femmes en demi-cercle devant le roi agitaient leurs mains. La flamme rose et pourpre qui rayonnait par le crible d’airain du brasier faisait briller les masques des visages. À l’imitation du roi décharné, les femmes, les bouffons et les prêtres avaient d’immuables figures d’argent, de fer, de cuivre, de bois et d’étoffe. Et les masques des bouffons étaient ouverts par le rire, tandis que les masques des prêtres étaient noirs de souci. Cinquante visages hilares s’épanouissaient sur la gauche, et sur la droite cinquante visages tristes se renfrognaient. Cependant les étoffes claires tendues sur les têtes des femmes minaient des figures éternellement gracieuses animées d’un sourire artificiel. Mais le masque d’or du roi était majestueux, noble, et véritablement royal.

Or le roi se tenait silencieux et semblable par ce silence à la race des rois dont il était le dernier. La cité avait été gouvernée jadis par des princes qui portaient le visage découvert ; mais dès longtemps s’était levée une longue horde de rois masqués. Nul homme n’avait vu la face de ces rois, et même les prêtres en ignoraient la raison. Cependant l’ordre avait été donné, depuis les âges anciens, de couvrir les visages de ceux qui s’approchaient de la résidence royale ; et cette famille de rois ne connaissait que les masques des hommes.

Et tandis que les ferrures des gardes de la porte frémissaient et que leurs armes sonores retentissaient, le roi les interrogea d’une voix grave :

— Qui ose me troubler, aux heures où je siège parmi mes prêtres, mes bouffons et mes femmes !

Et les gardes répondirent, tremblants :

— Roi très impérieux, masque d’or, c’est un homme misérable, vêtu d’une longue robe ; il paraît être de ces mendiants pieux qui errent par la contrée, et il a le visage découvert.

— Laissez entrer ce mendiant, dit le roi. « 

*****

« Le Roi au Masque d’Or et autres nouvelles » de Marcel Schwob, préfacé par l’auteur et agrémenté d’une mise en page très agréable, est disponible chez tous vos bons libraires numériques au prix (classique lui aussi) de 0,99€. Bonne lecture!

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Commentaires

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1 commentaire

  1. Nicolas sur 2 décembre 2012 à 13 h 42 min

    Bonjour, j’avoue je ne connaissait pas du tout ce auteur, je l’ai acheté et lu un par curiosité et c’est un chef-d’œuvre , merci pour cette découverte époustouflante, si vous avez l’occasion de publier d’autres œuvres de cet auteur n’hésitez pas, ou même d’autre classique du fantastique.

    Je croit avoir relevé une petite faute dans une des nouvelles, à la toute fin de Blanche la sanglante, il y a la phrase « elle essuya sa bouche et la figure de son mai avec son chaperon de Picardie » il me semble qu’à la place de « mai » c’est « mari » qu’on devrait avoir.
    Encore une fois merci beaucoup pour cette découverte fantastique.
    Nicolas

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