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Lecture en streaming: faut-il céder au chant des sirènes?

Une industrie nouvelle cherche des modèles, et celle du livre numérique ne fait pas exception. Après le succès relatif des services de streaming musical — Deezer et Spotify en tête — il parait donc normal que l’édition s’intéresse de près au système.

 

Petit rappel: le streaming, c’est quoi?

 

Le principe du streaming est simple, qu’il s’agisse d’un film, d’un morceau de musique, d’un livre ou de n’importe quel autre contenu média. Plutôt que de consulter ce dit-fichier « offline » (déconnecté du web, le fichier étant présent matériellement sur votre disque dur ou la mémoire de votre appareil de consultation) vous le consultez « online » (une connexion est nécessaire, et même obligatoire pour consulter votre fichier).

Dans la pratique, qu’est-ce que ça change ? Pas grand-chose si vous disposez d’une connexion permanente, effective et efficace en terme de débit. En revanche, si vous n’êtes pas connecté, pas moyen d’accéder à votre bibliothèque (dans les transports aériens, par exemple, ou dans le train, ou au fond d’un cratère de volcan, où le réseau est en général faible).

Dans le modèle du streaming, le fichier source ne transite pas d’un disque dur à l’autre: présent sur un serveur, il est « distribué » à l’utilisateur final via le réseau.

Mais il y a une petite nuance: là où dans le modèle traditionnel, l’achat d’un film, d’un album ou d’un livre permet de posséder quelque chose (en fonction des revendeurs, car certains comme Amazon et Apple ne vous concèdent en réalité qu’une licence de consultation à vie d’une oeuvre, et non sa propriété), vous ne possédez plus rien dans le streaming.

Le streaming est une fenêtre ouverte. Tant qu’elle est ouverte, vous pouvez regarder à travers. Mais dès que vous arrêtez votre abonnement, vous n’avez plus accès aux contenus que vous avez consultés auparavant. La fenêtre se ferme. Alors vous vous retournez, et constatez que votre bibliothèque est vide. Deux modèles, deux philosophies, deux rapports à la propriété, à la possession ou non d’une oeuvre. Mais ce rapport compliqué n’est pas le sujet de cet article, bien qu’il puisse en lui-même faire l’objet d’une longue analyse.

Le streaming a été porté à la connaissance du grand public par deux phénomènes distincts et pourtant liés.

D’une part, la plateforme Megaupload qui, de son vivant, proposait aux amateurs de séries américaines du monde entier de regarder online les épisodes de leurs shows préférés, en tout impunité. L’enjeu était, avec la surveillance accrue des autorités de management de droits d’auteur, de contourner le problème du téléchargement, facile trackable, en offrant de regarder un contenu en ligne, sans téléchargement donc. Et même si Megaupload n’existe plus en tant que tel, remplacé par son petit frère Mega, plus opaque, d’autres sites ont repris le flambeau et continuent de proposer des offres de streaming illégales.

Le streaming illégal a, de facto, donné naissance au phénomène du streaming légal.

En partant du principe que pour se délester la conscience et se faciliter la vie, des utilisateurs seraient prêts à payer pour accéder à un catalogue légal, facile d’accès et en ligne, les offres de streaming légales ont commencé à se développer. Ainsi sont nés le français Deezer et le suédois Spotify pour la musique (parmi les plus connus, car il en existe d’autres à l’influence médiatique inférieure et à la santé financière moins réjouissante), mais aussi Netflix pour la vidéo à la location. A lui seul, ce trio de tête génère l’essentiel des revenus du streaming mondial.

 

Un point historique: l’industrie du disque et le streaming

 

Quand on cherche des comparaisons pour le livre numérique, on va chercher du côté de l’industrie musicale, ce qui n’est pas forcément une modèle idée dans la mesure où la consommation de livre et la consommation de musique sont deux processus très différents, mais faute de grives…

De 2002 à 2009, le marché mondial de la musique a chuté de 55% au global. En 2012, le marché de la musique pesait en France 590 millions d’€, après avoir frôlé en 2005 le milliard et demi.

On aurait pu croire la chute inéluctable, mais ce chiffre a fini par se stabiliser. Depuis deux ans, les indicateurs ne bougent plus, stabilisés. Qui a sauvé l’industrie du disque? A en croire certains, iTunes et ses ventes d’albums à la hausse. Pour d’autres, le streaming et les plateformes de diffusion à abonnement. Dans tous les cas, la musique a su, pour l’instant, endiguer la chute. Pour combien de temps?

Selon les derniers chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique, les ventes numériques affichent une croissance insolente de 13% cette année, représentant dorénavant 125 millions d’€ par an. Soit 25% du marché global de la musique. Pas étonnant que Microsoft et Twitter s’intéressent de près à ce marché qui, après avoir connu bien des déboires, semble retrouver un essor profitable. On ne parle plus que de musique en ligne maintenant.

Mais qu’en disent les artistes? Pas grand-chose pour le moment.

Les chiffres de répartition sont en effet affligeants.

Quand Jean-Paul Bazin, de la Spedidam, parle au Nouvel Observateur des chiffres réels de cette économie naissante, on ne peut s’empêcher de frissonner:

« Les chiffres sont affolants : lorsqu’un titre de Johnny Halliday est téléchargé sur iTunes, il ne touche que 0,04 euro, et lorsqu’il est écouté sur Deezer, la rémunération tombe à 0,0001 euro. Et, dans le même temps, les choristes, le guitariste, le pianiste, le bassiste, le batteur… de Johnny ne touchent strictement rien. Zéro multiplié par un milliard d’écoutes, ça fait toujours zéro ! »

Difficile dans ces conditions de parler de modèle économique. car si les maisons de disques semblent profiter, au même titre que les distributeurs, de la manne financière générée par le streaming, les artistes semblent demeurer les parents pauvres de la chaîne.

Dans un article de Numerama de juin 2012, on apprend que « pour qu’un artiste touche 200€ sur une chanson vendue 0,99€ sur l’iTunes Store, il faut que celle-ci soit achetée 20 000 fois par les internautes ».

Pour le streaming, un ratio est opéré: il s’agit de rapporter, sur une assiette globale, le nombre d’écoutes ou de consultation d’une oeuvre au total des gains générés par la publicité ou par les abonnements. Ce qui n’est pas toujours très gros. Pour Deezer, on mesure qu’en moyenne, un titre écouté rapporte 0,005$ à son auteur. Plus le nombre d’écoutes est conséquent, plus l’artiste touche d’argent: c’est mathématique.

Un label indépendant, toujours selon Numerama, a calculé que pour 800.000 écoutes d’un titre, 4277$ de chiffre d’affaire avaient été générés. Autant dire rien du tout.

Dans un autre article de Numerama, Guillaume Champeau nous raconte la triste histoire de Sebasto, ce chanteur de basse-cour qui après avoir fait un tube monumental, « Fais la poule », vendu 108.000 singles, 116.000 compils et 17.000 téléchargements, s’est retrouvé — par un savant imbroglio contractuel où la maison de disques, grâce aux avances sur recettes, et les agents se sont bien gavés — à recevoir un chèque de royalties de 477€.

Oui, l’industrie s’est relevée, pour un temps. Mais les acteurs du streaming ont une santé précaire. Deezer et Spotify, malgré leurs levées de fonds, ne sont toujours pas rentables.

Quant aux artistes, ils n’y ont toujours pas trouvé leur compte.

En Suède, le streaming pèse désormais pour 57% des revenus musicaux.

 

Pour la lecture, le modèle YouBoox

Dans ce contexte, il n’était donc pas étonnant qu’avec l’essor progressif de lecture numérique, des entrepreneurs s’intéressent au streaming de livres rapidement.

C’est désormais chose faite avec Youboox, qui propose globalement la même chose que Spotify: pour un abonnement de 9,99€ par mois, vous avez accès à un abonnement premium permettant de lire des livres via l’application de lecture, sur votre iPad par exemple. Bien entendu, tout comme ses petits cousins, Youboox permet de lire gratuitement: mais vous devrez « supporter » des bandeaux publicitaires durant votre consultation.

Youboox, tout comme ses homologues, présente son financement ainsi:

revenus publicitaires + revenus liés aux abonnements = revenu total (T)

Les éditeurs présents sur la plateforme Youboox se partagent la moitié de cette assiette globale, soit (T)/2 = (t ) — l’autre moitié revenant à Youboox.

Une fois cette assiette éditeurs délimitée, il faut décompter le nombre de pages lues chez l’un et chez l’autre. Car ce que l’éditeur touche revient à faire une règle de trois très basique: il s’agit du ratio entre le nombre de pages lues au total dans le catalogue de l’éditeur, rapporté au nombre total de pages lues le mois en question sur Youboox.

Ce que l’éditeur touche, au final, est la proportion de ce qui a été lu de son catalogue par rapport à ce qui a été lu dans le catalogue global.

pages lues catalogue éditeur / pages lues Youboox = %

De ce pourcentage, on déduit donc le montant à se répartir par rapport à l’assiette (t).

Selon les propres estimations de Youboox, le service aurait atteint 75.000 personne à février 2013, ne précisant pas s’il s’agit du nombre de téléchargements de l’application ou du nombre d’utilisateurs réellement actifs sur le système. Youboox revendique 5,5 millions de pages vues. Un objectif de 300.000 utilisateurs d’ici à décembre 2013 est évoqué.

 

Est-il judicieux de copier le modèle du streaming musical et de l’adapter au principe, très différent, de la lecture? Pas si sûr.

D’une part, difficile de croire avec les chiffres du disque désormais bien connus que le livre suivra la même voie: la musique étant par essence une activité que l’on peut faire en tache de fond, contrairement à la lecture, les usagers sont forcément moins nombreux et plus difficiles à toucher. Les recettes faibles de l’industrie musicale apparaitront pharaoniques comparées à celles générées par un service de lecture tel que Youboox, par définition moins fédérateur d’un point de vue global. Moins de gens achètent des livres qu’il n’écoutent de la musique, c’est une évidence.

Et même si l’on prend les meilleurs estimations de taux de transformation (en moyenne, pour 10 utilisateurs d’un service de streaming, 1 souscrit à l’abonnement premium), 75.000 utilisateurs, cela ne fait que 7500 utilisateurs premium (dans le meilleur des cas, car on en est sans doute loin). 7500 abonnement premium à 9,99€, le tout divisé par deux, ça fait 35.000 euros d’assiette à se partager entre tous les éditeurs présents sur la plateforme.

Si l’on rajoute à ces 35.000 euros générés par les abonnements les revenus de la publicité, forcément faibles puisque c’est un service jeune et que la publicité y est probablement peu chère, voire quelquefois gratuite pour inciter les annonceurs à venir sur la plateforme, cela ne fait pas lourd à se partager. Et considérant l’équation de base (plus il y a de pages disponibles dans le catalogue global, moins vous touchez, mathématiquement, à moins d’être titulaire d’un best-seller qui raflera 80% de l’assiette globale), il parait difficile de croire le modèle rentable dans l’immédiat.

Difficile de comprendre dans ce cas pourquoi de grands éditeurs comme Dupuis se laissent embrigader dans l’affaire… Peut-être pour tester le service, ou essayer de nouveaux modèles. Mais lorsque les relevés de consultation arriveront, ils tomberont sans doute de haut. L’affaire Harmonia Mundi a fait du bruit, et certains éditeurs pourraient à leur tour être tentés de retirer leurs titres du catalogue.

Contacté à ce sujet, Frédéric Weil des éditions Mnémos nous a livré son témoignage. Il a, comme beaucoup d’éditeurs et d’auteurs, été approché par Youboox pour être présent sur la plateforme. Et même si, dans un premier temps, « le modèle pouvait paraître intéressant », l’éditeur a vite déchanté.

« La publicité telle qu’elle est présentée dans Youboox est intrusive, et ne permet pas une immersion suffisante dans la lecture. D’un point de vue personnel, je m’oppose à toute forme de publicité dans un livre. La télévision a cédé, le cinéma a cédé, et on sait ce qui se passe lorsqu’on cède à la publicité: la création est livrée en pâture aux publicitaires, qui l’influencent, » nous dit Frédéric Weil. « C’est une question d’éthique: je ne veux pas que le livre soit touché par ce phénomène. Car une fois la mécanique lancée, il est difficile de revenir en arrière. »

Difficile de le contredire à ce sujet : la publicité est suffisamment intrusive dans l’application pour rendre toute lecture très difficile.

Quant au confort de lecture, il n’est décidément pas au rendez-vous: la liseuse PDF est de mauvaise qualité, ne permet pas d’agrandir les caractères et contraint à scroller quand on veut lire le bas de la page en mode zoomé freemium… à cause du bandeau publicitaire. Une erreur de base pour tout designer d’interface qui se respecte. Des services tels que Überflip ou Issuu offrent des liseuses PDF de bien meilleures qualités, et l’on en vient à se demander pourquoi les lecteurs sont si maltraités, même pour du gratuit.

Evidemment, on pourrait proposer une lecture au format .EPUB. Mais le problème du comptage des pages se poserait alors! Car un epub est fluide et sa pagination fluctuante. Difficile de mettre sa confiance dans un algorithme de comptage des pages lorsqu’on est éditeur, dans ce cas. Le business modèle deviendrait alors « opaque », s’il ne l’est pas déjà.

Car les éditeurs devraient pouvoir savoir combien se vend le bandeau publicitaire qui trône au-dessus de leur ouvrage. Ils devraient également avoir accès à une meilleure répartition des bénéfices, puisque là où Apple ponctionne « seulement » 30%, Youboox récupère 50% de l’assiette des bénéfices, ce qui paraît énorme.

Enfin, un dernier petit problème est soulevé: quid de l’exploitation streaming d’un point de vue contractuel?

Je ne pense pas que les contrats qui lient les auteurs à leur maison d’édition prennent en compte les revenus du streaming. En tout cas, les nôtres ne le font pas encore, » nous explique Frédéric.

Difficile d’imaginer en effet des contrats adaptés à ce nouveau modèle, et la répartition qu’il conviendrait d’allouer aux auteurs.

Et dans tous les cas, 10% de pas beaucoup, c’est toujours pas beaucoup. Et les auteurs risquent encore une fois de rester sur le carreau…

Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit, dit l’adage. Affaire à suivre, donc.

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A lire aussi: le témoignage de Jean-François Gayrard (Numeriklivres) sur le retrait des livres Numeriklivres de l’applicationYouboox.



 

Comme pour les boissons, à chaque ebook son contenant

Je suis frappé de la fulgurante expansion d’une idée qui voudrait qu’à l’heure du numérique, une oeuvre se détache forcément de son contenant. À savoir: peu importe sur quoi vous lisez, que ce soit sur papier, en numérique, sur un écran, sur un smartphone, sur une liseuse ou au dos d’une boîte de céréales, le texte reste le même. Il a le même goût, la même texture, la même saveur, voire la même odeur.

C’est un lieu commun très répandu, surtout dans l’univers des pure-players. Logique toutefois puisque les pure-players n’ont aucun intérêt à dire que l’expérience de lecture numérique est différente de la lecture sur support papier, à l’heure où c’est dur pour tout le monde (spécialement pour les pure-players) et que l’on cherche à ouvrir des chemins à la fois culturels et financiers.

Mais ça fait un moment que l’idée me trotte dans la tête, que j’y réfléchis, que je retourne le problème dans tous les sens… et je ne vois pas comment je pourrais être d’accord in fine avec cette idée, pourtant en phase d’être acceptée par à peu près tout le monde. Non, ce n’est pas la même chose de lire le même livre sur un support différent. Le goût n’est pas le même. Et ce n’est pas forcément une mauvaise chose si l’on accepte cet état de faits, et qu’on s’amuse des contraintes.

Dominique Sanchez - Flickr

 

Le goût du Coca en canette

 

C’est un autre lieu commun qui m’a fourré cette idée dans le crâne: vous savez, cette légende urbaine qui veut que le goût du Coca en canette soit différent de celui du Coca dans une bouteille en verre, lui même différent de celui du Coca dans une bouteille en plastique. Avant d’avoir entendu cette assertion, il est probable que vous ne l’ayez jamais remarqué. Et puis en goutant, vous vous êtes rendu compte que oui, c’était peut-être vrai. Le contenant, en verre, en métal ou en plastique, a modifié les composantes mêmes de la boisson, et ont vraisemblablement modifié sa saveur. L’essentiel n’est pas de savoir si cela est vrai, mais de le ressentir comme vrai.

De la même manière, et les oenologues l’ont compris depuis longtemps, on ne boit pas de vin rouge dans un verre à whisky: les formes de verre différentes sont là pour magnifier les arômes des boissons respectives, de sorte que le vin rouge doit être versé dans un verre ballon, dont le fond est plus large que l’ouverture, afin d’en conserver toute la finesse. Le verre à whisky, lui, a un fond plat et des parois droites, mais il a quelquefois une forme de cloche étroite et inversée, pour le bon et vieux whisky notamment, afin d’éviter que son goût ne s’évapore. Quant à la bière, elle est servie dans de grandes pintes, car sa saveur réconfortante est probablement davantage liée à la quantité ingérée qu’à ses nuances subtiles. En faisant quelques recherches sur les verres, j’ai été étonné de voir combien il y en avait: en fait, il y a quasiment un verre différent pour chaque boisson.

«Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse », disait Alfred de Musset dont le goût pour la boisson était notoire. Et chacun de reprendre cette maxime célèbre au nom de l’ingestion incantatoire de contenus numériques.

DeusXFlorida - Flickr

 

James Bond sur l’écran de ton portable

 

Extrait d’un dialogue récent avec un ami:

Lui: Tu as vu le dernier James Bond?

Moi: Non, j’ai pas eu le temps ni l’envie d’aller au cinéma.

Lui: Moi je l’ai vu sur l’écran de mon ordi portable.

Moi: Ha bon? Il est déjà sorti en DVD?

Outre le cynisme manifeste dont fit preuve votre serviteur, je constate une chose: pour moi, il est impossible d’envisager de voir un film à grand spectacle sur un petit écran. Je l’ai constaté aussi en regardant la première saison de Games of Thrones, sur ma télé pourtant d’une taille respectable mais dont l’âge commence à se faire sentir: la télévision n’est plus assez grande, j’arrive à peine à lire les inscriptions originales du générique. La série a été tournée pour être appréciée sur un écran plus grand que le mien, de sorte que le niveau de détail que j’ai ressenti est sans doute inférieur à celui qu’à voulu le réalisateur. Même constat pour le Hobbit: la qualité est telle sur l’écran géant d’un cinéma moderne que j’imagine mal comment je pourrais le revoir sur ma télé sans être affreusement déçu.

Quel rapport avec le livre? Selon moi, tout, justement.

Nous ingérons les contenus numériques avec une frénésie effrayante. Nous gobons que que nous arrivons à attraper au passage, sans plus nous soucier de l’expérience de lecture: nous lisons un contenu vide de contenant (un comble).

Porschelinn - Flickr

 

Un contenu vide de contenant

 

Je pars du principe que l’expérience de lecture est de fait gravement influencée par le support sur lequel elle a lieu, et que les designers d’ebooks comme nous devraient prendre en compte cette donnée avant de céder aux sirènes du tout support. Car réduire un texte à ses mots, c’est aussi réduire une toile à la seule peinture: en omettant la lumière, la taille de l’oeuvre, la distance à laquelle la regarder, etc.

Imaginez un instant admirer le Sacre de Napoléon (une toile qui doit bien faire dans les 8 mètres de long) sur l’espace d’un timbre poste. Oui, la peinture est la même: elle a été reproduite au micro-pica sur le timbre. Pourtant, vous n’êtes pas capable de l’apprécier à sa juste valeur. Et David de se retourner quatre fois dans sa tombe.

Concernant le roman, bien sûr, on peut mesurer une différence moins importante que pour les livres richement illustrés comme Kadath, dont j’imagine difficilement une expérience potable sur un écran inférieur à celui de l’iPad si l’on ne veut pas perdre quelque chose au passage. Les livres d’art sur iPhone sont un défi technique, ergonomique et artistique, et il va de soi qu’une simple transposition ne suffit pas: il faut parler d’adaptation.

Mais pour aller plus loin, je pense (et j’entends déjà les voix s’élever) qu’on ne peut pas lire Proust (oui, c’est tombé sur Proust, mais ça aurait pu tomber sur n’importe qui d’autre) de la même manière sur une feuille de papier, sur l’écran d’un iPad et sur celui d’un smartphone Samsung, par exemple.

Moriza - Flickr

 

Typographie numérique: une voie obligatoire pour les ebooks designers

 

La valeur de ressenti d’un texte ne se mesure pas seulement au nombre de ses mots, ou à leur simple alignement sur une surface plane: elle se mesure aussi à leur ordonnancement. On peut difficilement apprécier tous les textes sur l’écran d’un smartphone, pour des raisons très simples:

  • l’alignement n’est pas le même: sur l’écran d’un smartphone (ou plus généralement sur un écran plus petit) les textes sont souvent justifiés à gauche,
  • l’interligne adapté à une liseuse n’est pas le même que pour un écran plus petit, et la résultante est une composition floue, désagréable à l’oeil,
  • une taille de la typo suffisamment grande pour permettre la lecture sur un petit écran oblige les retours à la ligne à répétition, ce qui donnera des lignes de quatre ou cinq mots… l’oeil se fatigue, l’expérience est dégradée…

On pourrait continuer à l’infini.

Attention, personne ne dit qu’il ne faut pas lire sur smartphone! Ces appareils sont des outils de propagation du numérique exceptionnels, et contribuent en grande partie à son succès. Le contenu de cet article s’adressant prioritairement aux professionnels, en cela nous cherchons la petite bête. Bien entendu, plus l’écran est large, meilleure est l’expérience: nos yeux lisent plus confortablement sur une grande surface que sur une petite.

Philcampbell - Flickr

 

J’aimerais partager cette idée qui veut que l’on peut lire tout sur n’importe quoi dans n’importe quelle condition (et notamment dans n’importe quelle condition de concentration) mais je pense qu’il s’agit d’une chimère. Le support a définitivement une influence sur la perception de l’oeuvre. En cela, une mauvaise expérience de lecture peut conduire à une mauvaise perception de l’oeuvre numérique… et personne n’a envie de cela. Les ergonomes littéraires ont encore de beaux jours devant eux.

Car le but n’est pas de brider les créateurs, mais au contraire de les inciter à réfléchir leur contenu en fonction du contenant.

Car oui, les contenants numériques existent: je les ai rencontrés.

Lire en numérique: savoir se concentrer et le rester

C’est un problème sur lequel on passe souvent: la question de la concentration lorsqu’il s’agit de lire un livre numérique.

La plupart du temps on élude la question, au prétexte (selon moi fallacieux) qu’il s’agit d’un «faux problème»: si le lecteur est un «authentique lecteur», il saura alors faire la part des choses, demeurer dans sa lecture sans céder à la tentation de jeter un oeil à ses SMS, à ses mails ou bien de regarder une vidéo sur YouTube. La vérité, toujours selon moi, est un peu plus nuancée.

Crédits photo: Thokrates on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Une solution simple: les liseuses studieuses contre les tablettes perturbatrices

Evidemment il y a une solution simple: préférer la lecture sur liseuse type eInk au détriment de celle sur tablette type iPad. La première, contrairement à la seconde, n’offre pas la possibilité de surfer sur le web (ou de manière si sommaire que cela en devient inutilisable), de regarder une vidéo ou d’écouter de la musique. C’est un appareil mono-usage qui n’autorise que l’action de lire.
En apparence, nous tenons notre solution. Mais c’est ne considérer qu’un seul aspect d’un problème plus vaste. D’une part, la plupart des acteurs s’accorde (enfin) à dire que la lecture sur tablette est à plus ou moins court terme une fatalité, et que les appareils multi-usages gagneront à la fin. Les consommateurs souhaitent des appareils hybrides, au rapport qualité/action/prix élevé. Le boom des ventes de tablettes en témoigne ces derniers mois.

D’autre part on peut aussi bien lire sur tablette, sur liseuse ou sur papier, nous ne sommes pas moins propriétaires de smartphones toujours vissés à notre poche, qui sont une source de tentation inévitable. Je lisais hier soir un livre papier, ordinateur et tablette éteints et hors de portée, mais j’entendais l’appel du smartphone qui essayait de me tirer du fleuve de lignes: et si tu regardais ce qui s’est passé sur Twitter? sur Facebook? et tes mails, tu as regardé tes mails?
Impossible de se concentrer sérieusement, puisqu’une partie de mon esprit était utilisée pour lutter contre ces mauvais penchants. J’ai tenu bon, et passé un certain temps, je me suis suffisamment enfoui dans la lecture pour oublier tout ça. Mais ce fut au prix d’une haute lutte.

Je suis un cas extrême? Peut-être. Mais vous vous êtes tous au moins une fois reconnu dans ce type de comportement, qui ne s’applique pas seulement à la lecture mais à toutes les activités hors écran.

Le syndrome du chaton et de la baballe

Nous vivons une époque de sur-stimulation: les images défilent à toute vitesse sur nos écrans, nous zappons continuellement, nous recherchons l’info, le tweet, le post, nous ambitionnons d’accumuler RT, Like et Share, nous repensons nos carrières en temps réel, changeons de métier, de passions, d’amours et d’amis comme de chaussettes. Nous avons habitué nos cerveaux à recevoir ces décharges d’adrénaline, d’endorphine plutôt, qui se déclenchent à chaque fois qu’une notification apparaît, qu’un SMS sonne, qu’un mail surgit. Notre cerveau est drogué, il recherche ces stimulations. La plupart d’entre nous n’est pas plus capable d’attention qu’un chaton face à une balle: il faut que ça bouge, si possible dans tous les sens… et quand ça s’arrête, passons à autre chose. Ce n’est pas la lecture numérique qui a induit ces comportements, plutôt la télévision et la multiplication des chaînes au départ. Mais maintenant que le problème touche la lecture, considérée par certains comme le dernier havre de paix à l’abri des phénomènes de sur-stimulation, nous sommes face à nous-mêmes, obligés de nous battre contre le monde, contre la vie.

La solution: la volonté?

Oubliez ça: la volonté n’a qu’un temps. Les anciens fumeurs sont des fumeurs en sursis, les alcooliques repentis se battent toute leur vie… et nos cerveaux sont en quête du prochain shoot d’information. Nous cédons tous, finalement. Et avec quel délice…

Alors quoi? Je ne sais pas. Depuis plusieurs jours, j’observe mon propre comportement. J’essaye de l’analyser et plus je me regarde, plus je me fais l’impression d’un drogué en repentance. Une absence de 3G et c’est le monde qui s’éloigne. Pas de wifi: scandale terrible.

La solution, c’est peut-être de conscientiser une chose, et une seule: le mouvement perpétuel est une illusion, et l’objet en transit finit toujours par s’arrêter, en tout cas sur cette Terre. La baballe finit par arrêter de rebondir, les chaînes cessent d’émettre (en tout cas d’émettre des programmes dignes d’intérêt), les radios se calment… Les utilisateurs de Twitter vont se coucher, les blogs cessent de rugir. Facebook descend derrière l’horizon. On pose le smartphone, on éteint la tablette et l’ordi pendant deux ou trois heures, et on constate le résultat ensuite.

Que s’est-il passé sur Twitter? Rien. Rien d’important. Sur Facebook? Pas plus. De la vie scénarisée, de l’info qui n’en est pas et quand bien même, quelle info mérite de nous “breaker”? Une fois tous les dix ans, peut-être, quelque chose d’important… Et encore.

La solution, c’est peut-être de conscientiser que si tout se passe effectivement sur Internet aujourd’hui, il ne s’y passe rien de si important.

La littérature à la vitesse de la pensée

Les journées #pnflettres auront eu le mérite de faire germer quelques graines d’interrogation, et de matérialiser des questions que je ne me posais pas deux jours plus tôt. Dans une séance de questions/réponses lors de l’après-midi «Ecrire web», les auteurs étaient invités à réfléchir à la manière dont s’invente la littérature aujourd’hui.

Tous ou presque étant blogueurs, une bonne partie des interventions était centrée sur le travail autour du site personnel et des expérimentations qu’il permet: des textes souvent courts, quelquefois abstraits, toujours riches d’émotion brute, capturée au vol et publiée dans la foulée. Une forme de littérature qui, de fait, se fond dans le web pour une seule bonne et simple raison: elle en est l’expression même.

La littérature à la vitesse de la pensée: tout est dans le titre. Le livre, c’est le blog. Un livre qui s’écrit en direct, qui se soumet humblement au regard de ses lecteurs et en attend les retours, qui s’expulse plus qu’il ne se planifie.

Un livre exigeant aussi, puisqu’un blog qu’on ne nourrit pas s’étiole, puis meurt à mesure que ses visiteurs le quittent: l’écrivain blogueur est condamné à nourrir cet ogre s’il ne veut pas que son bourreau meurt, syndrome de Stockholm assumé qui contraint, oblige, à une certaine rapidité d’exécution.

La forme même du blog invite à l’expérience. Elle implique des billets courts, souvent lisibles de manière indépendante, ce qui exclue presque les tentatives romanesques “classiques” (même si on me prouvera sans doute le contraire dans les commentaires). Le livre est un journal. Pas n’importe lequel bien sûr mais un journal quand même, compte-rendu chronique, sensitif des pensées qui obsèdent leur hôte. Il faut aller vite, réfléchir à la vitesse du clavier.

Car le clavier numérique a certainement été une des plus grandes révolutions littéraires des dernières années, beaucoup plus importante que l’ebook en lui-même. Cet instrument permet dorénavant, plus que d’écrire, de prendre en note sa pensée en temps réel. La littérature comme sténographie de la pensée, nous y sommes: les écrivains du web retranscrivent ce qu’ils entendent en eux, les doigts aussi rapides que les tripes, et nous offrent des morceaux de littérature singuliers et nouveaux.

Qu’écrivons-nous lorsque nos outils vont aussi vite, voire plus vite, que nous? Peut-être alors l’estomac et le coeur prennent-ils le relais de la tête. Mais n’est-ce pas aussi cela, la création littéraire?

Et vous? Pensez-vous que le principe d’écriture web influence, modifie, les œuvres produites? Ressentez-vous aussi ce syndrome de Stockholm vis-à-vis de votre blog? Comment le clavier change-t-il la donne pour vous en tant qu’auteur, qu’éditeur?

Quand un auteur tend la main (contraint) à la Team Alexandriz

L’histoire se répand sur le net comme une trainée de poudre: Thomas Geha — auteur de SF notamment chez Rivière Blanche et Critic, et éditeur chez Ad Astra — ayant remarqué qu’un de ses livres avait été mis gratuitement (et donc illégalement) à la disposition des lecteurs sur le site de la Team Alexandriz, celui-ci a décidé de réagir en mettant en place un bouton Paypal sur la page même de téléchargement, en “collaboration” avec la Team Alexandriz. Ce bouton permet d’effectuer directement un don à l’auteur, sans autre intermédiaire que Paypal, pour le remercier de cette mise à disposition. Voilà donc le synopsis. Regardons maintenant le scénario en détail.

Des réactions très positives

D’une manière très étonnante, beaucoup de réactions de soutien à Thomas Geha et à son initiative ont vu le jour, que ce soit sous la forme de commentaires ou de tweets, et j’imagine que beaucoup d’articles vont suivre le mien. Je dis “étonnante”, oui, car l’initiative est à mille lieues de celle de ces grandes maisons d’édition qui avaient décidé, souvenez-vous, de porter plainte contre ce même site de partage pour mise à disposition illégale de fichiers soumis au droit d’auteur et au copyright.

Un même événement, deux réactions aux antipodes.

Le soutien est vite venu de la communauté des auteurs de SF, bien sûr habituée à envisager les choses sous l’angle de la prospective et de l’ouverture aux expériences. Selon beaucoup d’entre eux, ce qu’a fait Thomas Geha était la chose à faire. La réaction est d’ailleurs partagée puisque c’est l’avis dominant pour le moment sur les réseaux, et qu’il a été aussi le mien hier soir.

Mais la nuit est passée dessus. Oui, j’aurais mieux fait d’écrire cet article hier soir. Parce que j’ai dû me lever du mauvais pied, mais je ne suis plus tellement d’accord. Je me suis réveillé avec un goût de cendre dans la bouche… comme si j’avais goûté au contenu d’une urne funéraire.

Un constat d’échec évident

Thomas Geha est le premier à le reconnaître sur Twitter: dans son initiative, il y a une part de constat d’échec. De toute façon, le livre avait DÉJÀ été mis à disposition: autant réagir de la manière la plus intelligente qui soit, et c’est ce qu’il a fait, tout le monde en convient. Il faut dire que c’était même assez culotté.

Mais tout est dans l’énoncé: il s’agit non pas d’une action — une volonté délibérée de mettre à disposition gratuitement son livre en échange de dons — mais d’une réaction. En somme, on n’a pas laissé d’autre choix à l’auteur que celui de réagir face au méfait. Ce n’est donc pas une demie victoire, comme le clament certains, mais une demie défaite (oui, c’est aussi l’histoire du verre à demi plein). D’aucuns avancent déjà l’hypothèse de poursuivre l’expérience, en généralisant les boutons Paypal et pourquoi pas, de faire de la Team Alexandriz un support de diffusion alternatif des œuvres.

Un acte militant?

Une œuvre indisponible a besoin de vivre, et le numérique est pour cela le support parfait. Qu’une œuvre, indisponible pour une raison X ou Y, se retrouve en téléchargement illégal sur un site de partage, je comprends la démarche. Si on ajoute à cela un bouton pour faire des dons à l’auteur, c’est encore mieux. Mais dans le cas d’œuvre disponibles (ou bientôt disponibles, car comme le souligne Geha, son livre reparaîtra prochainement), c’est une autre histoire. Le livre est un écosystème fragile, dont le premier acteur — l’auteur — est sans doute le plus faible d’entre tous, alors qu’il est par essence le plus indispensable. Le spolier du droit de disposer de sa création au nom de l’accessibilité me semble être contre-productif.

Cela me rappelle l’initiative de Radiohead il y a quelques années: pour la sortie de son album In Rainbows, le groupe avait proposé de télécharger l’album pour n’importe quelle somme: un don en somme, et une expérience, puisque Radiohead est à la pointe des distributions alternatives et que ses membres sont probablement suffisamment riches pour se le permettre. J’avais d’ailleurs acheté l’album à un très bon prix. Mais nous sommes très loin de l’initiative volontaire.

Imaginons un instant un peintre, dont le contenu de l’atelier est cambriolé. Ses toiles disparues, il découvre qu’une galerie les copie et les distribue gratuitement à ses visiteurs. Première réaction: faire en sorte d’arrêter ce massacre, non? Et bien non: le peintre résigné s’assoit sur les marches de la galerie, dépose une coupelle et attend l’obole de ceux qui repartent avec ses toiles sous le bras.

Transposée dans un contexte réel, l’expérience fait frémir, non?

Une étrange pensée me vient soudain: est-ce que les créateurs se mettent du côté du piratage parce qu’ils ont peur? Car c’est certain, ils ont peur de voir leurs oeuvres piratées. Et oui, cela arrivera: rien n’empêchera des pirates de mettre à disposition des oeuvres soumises au copyright, c’est un fait. Mais de là à courber l’échine, à l’accepter… J’ai quelquefois l’impression de voir certains ployer devant un grand et puissant seigneur: un autocrate qu’ils craignent plus qu’ils ne le respectent, et qu’ils préfèrent caresser dans le sens du poil plutôt que de s’exposer à son courroux (coucou).

Les auteurs aussi doivent manger

Pas possible pour moi d’envisager le métier d’auteur de cette façon. Et même si au final tout cela n’est qu’une expérience, aussi bien médiatique qu’artistique, elle en dit long sur l’impuissance des créateurs face aux distributions numériques non souhaitées. Un auteur ne peut pas se contenter de dons gracieux: cela revient non seulement à paupériser cette corporation déjà malmenée, mais aussi à pérenniser et asseoir un système — jusqu’à preuve du contraire illégal. Quand nous choisissons, en tant qu’éditeur numérique, de proposer nos livres à un prix bas et sans DRM (en général aux alentours de 3€ pour une nouveauté), ce n’est pas spécialement la réaction que nous attendons.

Encore une fois, la réaction de Thomas Geha a été la bonne: c’était même la seule valable. Mais j’aurais préféré que le premier pas — celui de la mise à disposition gratuite — vienne de lui, et pas de la Team Alexandriz contre laquelle je n’ai aucun grief particulier cependant. Mais nos métiers (si tant est que celui de pirate en soit un) sont différents: à ce titre, ils doivent selon moi rester séparés. Chacun son truc, comme on dit. Car si l’auteur décide de mettre à disposition l’une de ses oeuvres gratuitement, cela doit venir de sa propre initiative: pas d’une contrainte extérieure.

Je réclame donc une minute de silence à la mémoire du droit des auteurs à disposer de leur œuvre comme ils le souhaitent.

Je sais que ce billet risque de déclencher des réactions contradictoires, des insultes, des menaces de mort et autres malédictions d’outre-espace: néanmoins restez polis dans vos commentaires, pensez à vos mamans qui vous lisent, où qu’elles soient (oui, c’est vrai, elles vous lisent).

Alors… Que pensez-vous de tout cela? Thomas Geha a-t-il eu la bonne réaction? Pensez-vous qu’un tel système de distribution alternative puisse se pérenniser?

C’est à vous.

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