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Comme pour les boissons, à chaque ebook son contenant

Je suis frappé de la fulgurante expansion d’une idée qui voudrait qu’à l’heure du numérique, une oeuvre se détache forcément de son contenant. À savoir: peu importe sur quoi vous lisez, que ce soit sur papier, en numérique, sur un écran, sur un smartphone, sur une liseuse ou au dos d’une boîte de céréales, le texte reste le même. Il a le même goût, la même texture, la même saveur, voire la même odeur.

C’est un lieu commun très répandu, surtout dans l’univers des pure-players. Logique toutefois puisque les pure-players n’ont aucun intérêt à dire que l’expérience de lecture numérique est différente de la lecture sur support papier, à l’heure où c’est dur pour tout le monde (spécialement pour les pure-players) et que l’on cherche à ouvrir des chemins à la fois culturels et financiers.

Mais ça fait un moment que l’idée me trotte dans la tête, que j’y réfléchis, que je retourne le problème dans tous les sens… et je ne vois pas comment je pourrais être d’accord in fine avec cette idée, pourtant en phase d’être acceptée par à peu près tout le monde. Non, ce n’est pas la même chose de lire le même livre sur un support différent. Le goût n’est pas le même. Et ce n’est pas forcément une mauvaise chose si l’on accepte cet état de faits, et qu’on s’amuse des contraintes.

Dominique Sanchez - Flickr

 

Le goût du Coca en canette

 

C’est un autre lieu commun qui m’a fourré cette idée dans le crâne: vous savez, cette légende urbaine qui veut que le goût du Coca en canette soit différent de celui du Coca dans une bouteille en verre, lui même différent de celui du Coca dans une bouteille en plastique. Avant d’avoir entendu cette assertion, il est probable que vous ne l’ayez jamais remarqué. Et puis en goutant, vous vous êtes rendu compte que oui, c’était peut-être vrai. Le contenant, en verre, en métal ou en plastique, a modifié les composantes mêmes de la boisson, et ont vraisemblablement modifié sa saveur. L’essentiel n’est pas de savoir si cela est vrai, mais de le ressentir comme vrai. 

De la même manière, et les oenologues l’ont compris depuis longtemps, on ne boit pas de vin rouge dans un verre à whisky: les formes de verre différentes sont là pour magnifier les arômes des boissons respectives, de sorte que le vin rouge doit être versé dans un verre ballon, dont le fond est plus large que l’ouverture, afin d’en conserver toute la finesse. Le verre à whisky, lui, a un fond plat et des parois droites, mais il a quelquefois une forme de cloche étroite et inversée, pour le bon et vieux whisky notamment, afin d’éviter que son goût ne s’évapore. Quant à la bière, elle est servie dans de grandes pintes, car sa saveur réconfortante est probablement davantage liée à la quantité ingérée qu’à ses nuances subtiles. En faisant quelques recherches sur les verres, j’ai été étonné de voir combien il y en avait: en fait, il y a quasiment un verre différent pour chaque boisson.

«Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse », disait Alfred de Musset dont le goût pour la boisson était notoire. Et chacun de reprendre cette maxime célèbre au nom de l’ingestion incantatoire de contenus numériques.

DeusXFlorida - Flickr

 

James Bond sur l’écran de ton portable

 

Extrait d’un dialogue récent avec un ami:

Lui: Tu as vu le dernier James Bond?

Moi: Non, j’ai pas eu le temps ni l’envie d’aller au cinéma.

Lui: Moi je l’ai vu sur l’écran de mon ordi portable.

Moi: Ha bon? Il est déjà sorti en DVD?

Outre le cynisme manifeste dont fit preuve votre serviteur, je constate une chose: pour moi, il est impossible d’envisager de voir un film à grand spectacle sur un petit écran. Je l’ai constaté aussi en regardant la première saison de Games of Thrones, sur ma télé pourtant d’une taille respectable mais dont l’âge commence à se faire sentir: la télévision n’est plus assez grande, j’arrive à peine à lire les inscriptions originales du générique. La série a été tournée pour être appréciée sur un écran plus grand que le mien, de sorte que le niveau de détail que j’ai ressenti est sans doute inférieur à celui qu’à voulu le réalisateur. Même constat pour le Hobbit: la qualité est telle sur l’écran géant d’un cinéma moderne que j’imagine mal comment je pourrais le revoir sur ma télé sans être affreusement déçu.

Quel rapport avec le livre? Selon moi, tout, justement.

Nous ingérons les contenus numériques avec une frénésie effrayante. Nous gobons que que nous arrivons à attraper au passage, sans plus nous soucier de l’expérience de lecture: nous lisons un contenu vide de contenant (un comble).

Porschelinn - Flickr

 

Un contenu vide de contenant

 

Je pars du principe que l’expérience de lecture est de fait gravement influencée par le support sur lequel elle a lieu, et que les designers d’ebooks comme nous devraient prendre en compte cette donnée avant de céder aux sirènes du tout support. Car réduire un texte à ses mots, c’est aussi réduire une toile à la seule peinture: en omettant la lumière, la taille de l’oeuvre,  la distance à laquelle la regarder, etc.

Imaginez un instant admirer le Sacre de Napoléon (une toile qui doit bien faire dans les 8 mètres de long) sur l’espace d’un timbre poste. Oui, la peinture est la même: elle a été reproduite au micro-pica sur le timbre. Pourtant, vous n’êtes pas capable de l’apprécier à sa juste valeur. Et David de se retourner quatre fois dans sa tombe.

Concernant le roman, bien sûr, on peut mesurer une différence moins importante que pour les livres richement illustrés comme Kadath, dont j’imagine difficilement une expérience potable sur un écran inférieur à celui de l’iPad si l’on ne veut pas perdre quelque chose au passage. Les livres d’art sur iPhone sont un défi technique, ergonomique et artistique, et il va de soi qu’une simple transposition ne suffit pas: il faut parler d’adaptation. 

Mais pour aller plus loin, je pense (et j’entends déjà les voix s’élever) qu’on ne peut pas lire Proust (oui, c’est tombé sur Proust, mais ça aurait pu tomber sur n’importe qui d’autre) de la même manière sur une feuille de papier, sur l’écran d’un iPad et sur celui d’un smartphone Samsung, par exemple.

Moriza - Flickr

 

Typographie numérique: une voie obligatoire pour les ebooks designers

 

La valeur de ressenti d’un texte ne se mesure pas seulement au nombre de ses mots, ou à leur simple alignement sur une surface plane: elle se mesure aussi à leur ordonnancement. On peut difficilement apprécier tous les textes sur l’écran d’un smartphone, pour des raisons très simples:

  • l’alignement n’est pas le même: sur l’écran d’un smartphone (ou plus généralement sur un écran plus petit) les textes sont souvent justifiés à gauche,
  • l’interligne adapté à une liseuse n’est pas le même que pour un écran plus petit, et la résultante est une composition floue, désagréable à l’oeil,
  • une taille de la typo suffisamment grande pour permettre la lecture sur un petit écran oblige les retours à la ligne à répétition, ce qui donnera des lignes de quatre ou cinq mots… l’oeil se fatigue, l’expérience est dégradée…

On pourrait continuer à l’infini.

Attention, personne ne dit qu’il ne faut pas lire sur smartphone! Ces appareils sont des outils de propagation du numérique exceptionnels, et contribuent en grande partie à son succès. Le contenu de cet article s’adressant prioritairement aux professionnels, en cela nous cherchons la petite bête. Bien entendu, plus l’écran est large, meilleure est l’expérience: nos yeux lisent plus confortablement sur une grande surface que sur une petite.

Philcampbell - Flickr

 

J’aimerais partager cette idée qui veut que l’on peut lire tout sur n’importe quoi dans n’importe quelle condition (et notamment dans n’importe quelle condition de concentration) mais je pense qu’il s’agit d’une chimère. Le support a définitivement une influence sur la perception de l’oeuvre. En cela, une mauvaise expérience de lecture peut conduire à une mauvaise perception de l’oeuvre numérique… et personne n’a envie de cela. Les ergonomes littéraires ont encore de beaux jours devant eux.

Car le but n’est pas de brider les créateurs, mais au contraire de les inciter à réfléchir leur contenu en fonction du contenant.

Car oui, les contenants numériques existent: je les ai rencontrés.

Commentaires

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5 Responses

  1. TheSFReader says:

    Après avoir été de ceux qui ne jurent que par la dissociation contenant/contenu (et continue à le faire, lorsque je compare le numérique au papier), j’en suis un peu revenu, sans doute en partie en contrastant mes lectures « Smashwords » (formattées à la simpliste) et mes lectures Walrus. Il y a clairement une valeur ajoutée à la typographie, mise en page etc.

    De la même manière, je suis plutôt en accord avec toi sur la notion de contenu en fonction du contenant.

    Mais cela revient-il à dire qu’il faut fabriquer son vin en fonction des verres dans lesquels il sera bu ?

    Faut-il prévoir un cru spécial verre de cuisine, un autre spécial verre à Whisky, et un dernier verre à pied spécial Grand Cru Bordelais Château TrucMuche ?

    Ou alors est-il plus logique de faire le meilleur vin possible, embouteillé dans les règles de l’art dans une bouteille standard et avec un bouchon de qualité, avec une étiquette parfaite, et à l’acheteur de décider dans quel verre il le servira ?

    Je pense pour ma part qu’il faut se garder de l’extrémisme et de TROP penser ou adapter l’oeuvre en fonction du média de lecture. Un peu, certes, après tout, on ne sert pas les grand crus en Cubitainers, mais pas trop non plus …

    Reply
    • Pan says:

      Le problème, plutôt, c’est la manque d’homogénéité technique.

      Tu dois faire, par exemple, avec des apps Android qui ne sont pas foutues de supporter correctement CSS, voire parfois HTML (oui, je me concentre sur Android dans ce commentaire parce que je teste ce qui me passe sous la main en ce moment, mais y’en a d’autres sur d’autres plateformes, y compris le web où il ne devrait en tout logique pas y avoir de problème vu partage technique entre web et livre num… mais y’en a qui réussissent à en créer quand même).

      Du coup, l’interopérabilité devient un choix là où elle devrait être la norme. Et je ne parle même pas de différents formats là, mais du même format qui est un standard.

      Je passe volontier les petites spécificités de chaque revendeur/développeur qui impose ses propres choix arbitrairement — t’as une app Windows Phone qui limite, par défaut, le support de la CSS à 100 lignes, alors que rien qu’une CSS simple pas “minifiée” passe largement la barre des 100 lignes vu que pour untel et untel, tu dois rajouter à chaque fois la propriété pour chaque classe du même sélecteur… sinon elle saute (si t’as pas de bol, t’oublies de le faire pour l’interligne et t’auras une interligne différente sur les sous-classes de paragraphe…). Bref, t’es obligé d’alourdir et de dégrader ta CSS parce que les devs de tel fabricant majeur sont pas foutus d’assurer un support correct. Baldur Bjarnasson a posé la question de règles d’overrides CSS à l’IDPF, on l’a envoyé chier… Ce qui est grave, parce que si tu n’as pas de règles/bonnes pratiques, tout le monde fait ce qu’il veut, et le standard devient un casse-tête.

      [Pour l’anecdote, il en a discuté avec des développeurs, justement, et ces développeurs font ces choix arbitraires parce qu’ils ont à gérer des dizaines de milliers de fichiers au code proprement dégueulasse. Donc, pour pas que ce soit illisible, on fait sauter les trucs qui posent problème au lieu de rejeter les fichiers, et en poseront encore plus à l’avenir, ce qui punit TOUT le monde. Merci l’automatisation et la sous-traîtance low-cost.]

      Le plus embêtant, c’est quand tu dois faire avec des incohérences par dessus.

      Kobo prend pas tout ce que tu fous dans body. Il ne prend pas, par exemple, l’interligne, t’obligeant à la foutre partout (ce qui, au passage, désactive le réglage de l’interligne pour l’utilisateur) alors qu’il prend font-family (si tu la fous dans body, l’utilisateur peut la changer ; si tu la fous pour les paragraphes, l’utilisateur ne peut pas).

      Apple, le spécialiste du « prenons un truc qui existe dans le monde réel parce que ‘YEAH diehard-Skeuomorphism-über-alles is the new paradigm Bitches!’ sans supporter les trucs techniques qui vont avec ». Je ne vais pas faire une liste exhaustive mais…

      — pas de support veuves et orphelines
      — support très partiel des page-break- (avoid, respecte pas, right et left connaît pas alors qu’ils ont une foutue présentation double-page en orientation paysage)
      — t’as des propriétés bien préfixées (donc pas standard) qui autorisent des choses puissantes pour les césures… tout en sachant que le moteur de césures pourrait faire l’objet d’un tumblr à caractère foutage-de-gueulif
      — pas de support des media queries resolution alors qu’ils ont fait un max sur Retina
      — beaucoup d’autres choses

      Et je passe — encore une fois — sur la vue « scrolling » qui n’est pas cohérente, dans l’interprétation des styles de présentation, avec les deux vues « legacy » (plein écran, livre). Et bien sûr, Apple n’a pas créé de media queries pour ça… certains diront « tant mieux », ça évite encore un truc proprio en plus, et ils n’ont pas tort, l’interprétation devrait être cohérente. Et le pire c’est que tu ne peux même pas discuter avec les devs iBooks, sauf à payer un ticket pour qu’ils s’intéressent à ton problème.

      [Après, d’un autre côté, les media queries auraient pas été mal non plus, parce qu’on ne lit pas forcément de la même façon en scrollant qu’en tournant des pages. Et selon moi, lire en scrollant avec le doigt n’est pas la même chose que lire en scrollant avec la souris. Ce sont, je pense réellement, deux processus distincts qui n’ont pas les mêmes répercussions sur la lecture.]

      Avec EPUB2, on est déjà bien dans la dèche, par ce manque d’homogénéité. Mais aussi par manque de maturité. Le support va de très mauvais à bon : rien d’excellent, beaucoup de médiocre, pas mal de bugs.

      Avec EPUB3, on a de plus en plus l’impression de voir les portes de l’enfer s’ouvrir. Alors en plus tu as la possibilité de faire du fixed-layout avec du reflowable text. Et là, je peux te dire que ça va être la foire aux media queries. Et au final, les budgets de prod vont exploser, les délais de livraison aussi, et si on garde un environnement aussi hétérogène que maintenant, on va aller droit au « un fichier (du format standard) par plateforme ». Et c’est pas faute d’avoir des développeurs de livres num, des développeurs d’apps et services (Azardi par exemple), tirer la sonnette d’alarme depuis plus d’un an.

      [Je rajouterai que le mec qui pense automatiser totalement la prod EPUB3 en l’état, c’est juste un grand taré qui ne doit pas se rendre compte que la tâche est impossible. Il arrivera juste sortir du basique, comme actuellement en EPUB2 en fait, mais avec encore plus de bugs.]

      Avec EPUB2, l’industrie a, selon moi, raté deux gros trucs :

      1) les thèmes. À la manière d’un bon vieux WordPress, on aurait pu imaginer séparer le contenu de la présentation (pas contenant). Aussi, ça aurait obligé tout le monde à coder de manière homogène, en utilisant tous les tags et propriétés standard à disposition, limitant les spans et classes, et obligeant ainsi tout le monde à les supporter correctement. Et c’est sans parler des bénéfices niveau qualité (un thème = une composition typographique adaptée où le lecteur n’a pas obligatoirement à passer cinq minutes à modifier tout pour avoir quelque chose de convenable). L’ironie, c’est qu’Amazon a tué l’embryon de ce système en reprenant le format mobi, qui lui, proposait des thèmes, assez spécialisés pour contenus complexes, il est vrai, car thèmes pour livres de cuisine, livres photo, etc.

      2) Javascript. Beaucoup plus discutable comme point, c’est vrai, mais tellement omniprésent pour combler les carences CSS et HTML sur le web, notamment pour énormément de choses typo, qu’oublier javascript à ce point (EPUB3 le prend en considération, certes, mais n’oblige en rien son support), c’est foutre un sérieux handicap au livre numérique. Après, il y a bien sûr des questions d’accessibilité et de sécurité, d’où le caractère discutable.

      Je vais donner des exemple de ce que Javascript permet sur le web :

      — récupérer une typo déficiente (changer les incises — en tirets cadratins par exemple, mais également rajouter les espaces insécables manquants à l’appel, substituer les guillemets droites par les guillemets correctes, etc.)
      — soigner la typo : correction des approches, surtout pour les titres, assurer rythme vertical quand mode scrolling, etc.
      — offrir des fonctionnalités de confort supplémentaires ou (en partie) existantes mais avec une UI/UX supérieure (switch CSS par exemple, ou réglage font-size avec des propriétés CSS reliées (interligne, marge, largeur de la colonne de texte, etc. adaptées).

      Techniquement, sur iPad, tu as 4 façons différentes de coder : un livre numérique tel qu’on l’entend par livre numérique pour liseuses (vue livre et vue plein-écran), ce livre numérique se transformant en pseudo site internet (vue scroll), un ersatz de livre papier éventuellement enrichi* (fixed layout, où l’utilisateur perd les réglages), un site web encapsulé (linear = no, qui est en quelque sorte un hack indirectement imaginé par Apple).

      * assez ahurissant de voir d’ailleurs beaucoup d’utilisations à mauvais escient tant il était assez facile d’adapter pour du reflowable text, tout ça parce que choix obtus sans réflexion aucune a primé. En ai encore croisé un hier soir, failli me taper la tête contre les murs tellement des choses ultra secondaires ont prévalu dans la conception fixed-layout… et le plus aberrant, c’est que ces choses n’ont pas prévalu dans la version PDF « offerte » par l’éditeur pour les « lecteurs-liseuse » (sic) — j’ai vu pire encore : un bouquin de cuisine en fixed-layout uniquement pour garder un ruban d’arrière plan pour les titres de recette…
      Faut bien comprendre que, quand tu fais de la MEP en papier, c’est pour faciliter la lecture avant tout. Pour le num et par extension, quand tu fais un choix technique (reflowable, fixed-layout, etc.), faciliter la lecture doit primer également. Si tu fais du fixed-layout (sachant tout ce que le lecteur va y perdre au final en confort) uniquement pour garder deux choses en vis-à-vis ou des décorations, tu fais juste de la merde parce que les lecteurs sont moins importants que ton égo.

      Donc on en est là aujourd’hui, le contenant n’est même plus ce qui compte le plus, c’est son support technique qui prévaut — je finis comme ça parce que ce commentaire est déjà largement trop long.

      Julien, n’en profite pas pour en faire un Développeurs enragés 😉

      Reply
  2. @Hemmapil says:

    J’ai envie d’ajouter un paradoxe :
    -il faut rappeler comme vous le faites, que dans tous les domaines, l’expérience sensible liée à la présentation est essentielle (bien plus que nous ne voulons le reconnaître la plupart du temps) et d’ailleurs, c’est cette notion d‘« expérientiel » qui sauve les cinémas malgré les DVD ou la VOD et remplit les salles de concert malgré le MP3,
    -il faut aussi parfois combattre le fameux « le medium, c’est le message » pour s’efforcer de distinguer le fond de la forme (un exercice intellectuel en perte de vitesse…), séparer le message des artifices qui l’accompagnent.
    Votre post soutient le premier point et peut nous faire réfléchir au second…

    Reply
  3. le_butch says:

    en tant que simple utilisateur, pour les livres 100% texte ma seule exigence est la lisibilite:
    de toutes facons je reconfigure les applications pour qu’elles m’affichent tout dans une police grande et lisible.

    il m’est arrivé de lire des livres en fichiers .txt alors la mise en page est pour moi un tres grand luxe 😉

    de plus, il m’est arrivé de lire la meme serie: (dans le desordre)
    - en papier (dans l’avion ou dehors au soleil)
    - sur un smartphone (dans une tres longue et imprevue file d’attente chez le medecin ou chez le dentiste)
    - sur une tablette (le soir dans mon lit)
    - sur un ereader (partout a partir de l’achat (transports en commun, maison, file d’attente,..))
    au final je ne peux pas dire quels chapitres j’ai lu et ou. par contre je n’ai rien perdu de l’histoire (car quand je change de support je sais tout de suite ce que j’ai lu ou pas)

    cela veut dire que dans mon cas si c’est lisible, les mots sont plus important que le support.

    par contre il est clair qu’a partir du moment ou ce n’est pas lisible on peut rien y faire.
    je donne l’exemple d’un livre papier que je n’arrive pas a avancer depuis 4 ans tellement il est ecrit minuscule. je vais enfin pouvoir le lire car j’ai acquis sa version numerique que j’ai pu enfin rendre lisible.

    je suis un grand fan de bd, a part celles que je possede (par leur cote objet que je trimballe regulierement), il m’est impossible de différencier les histoires de celles que j’ai lues en numerique de celles en papier.

    ainsi pour moi, on aura beau se masturber sur le support, une bonne histoire restera une bonne histoire, un livre bien écrit restera un livre bien écrit.
    le support conditionnera surtout le confort de lecture.

    je crois aussi a l’utilisation homogène et standard des outils: plus c’est simple, moins on a de problemes et plus on se concentre sur l’essentiel: les mots.

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  4. SoBookOnline says:

    C’est une distinction qui existe aussi dans le monde universitaire (un anthropologue du texte comme Dubuisson s’opposerait par exemple aux tenants de la bibliographie matérielle comme McKenzie, Chartier, etc.). Et nous, dans le numérique, nous avons hérité de cette ligne de partage, qui est en fait aussi vieille que la philosophie et que la mort. Chez Platon, en effet, la séparation (texte/support ici) est liée à la mort qui permet, comme la dialectique, de distinguer le vrai du faux (car la mort découpe l’âme du corps). La dialectique (poser des questions jusqu’à « encercler » la vérité) et la mort sont donc des arts de la découpe. Ceux (les matérialistes) qui se réfèrent en permanence à la « mort du livre » craignent donc que « l’âme du texte » ne survive pas à leur séparation. Les idéalistes, à l’inverse, estiment qu’elle survit à cette opération et que le meilleur est à venir dans sa migration (métempsychose), c’est-à-dire dans le nouveau corps (le cadre-écran, le cadre-système, le cadre-logiciel, le cadre-document) qui accueillera le texte. On peut sortir de cette binarité en faisant l’inventaire de ce à quoi nous tenons tant (typo, lisibilité, etc.), ce que nous refusons de laisser à la mort, ce qui mérite d’être toujours retrouvé, dans n’importe quel support.

    Marc

    Reply

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