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C’est quoi, une ligne éditoriale ?

C’est quoi, une ligne éditoriale ?

Vous l’aurez peut-être remarqué : chez Walrus, nous publions peu. C’est autant un choix qu’une contrainte, mais aussi une nécessité.

D’abord, le choix. C’est un fait, nous recevons plus de manuscrits que nous pouvons en publier, comme à peu près toutes les maisons d’édition dignes de ce nom. Nous essayons toujours de garder un regard objectif — et surtout ouvert — sur les textes que nous recevons, ce qui nous pousse, Loïc et moi, à souvent trancher dans le lard. Nous ne retenons qu’une portion infime des textes qui nous sont adressés. Quelquefois même, nous en désespérons : il nous arrive de nous retrouver avec aucun texte potable à nous mettre sous la dent. Attention, quand je dis potable, c’est hautement subjectif. Toujours dans cette optique de choix, nous retenons les histoires qui nous parlent personnellement. C’est peut-être une approche réductrice, mais nous ne retenons que les projets que nous aimerions voir nous-mêmes en librairie, que nous pourrions acheter, dont nous n’aurions pas honte d’être les auteurs, pire, que nous sommes jaloux de ne pas avoir écrits nous-mêmes. En somme, la crème de la crème.

Bien sûr, nous pourrions jouer la carte de la massification. D’autres le font très bien pour nous, et ils ont raison — en tout cas d’un point de vue commercial : leurs affaires se portent bien et ils n’ont pas à rougir du succès de leurs auteurs. Nous fonctionnons différemment. Nous préférons ne publier qu’un titre par mois si nous n’avons rien trouvé de mieux. Nous préférons même ne rien publier du tout si jamais la pêche aux manuscrits a été infructueuse. C’est un choix, qui du reste n’est pas forcément toujours reconnu à sa juste valeur : sous couvert de publier de la littérature grand public, nous sélectionnons des textes exigeants, avec un véritable intérêt dramaturgique, narratif, stylistique, ou simplement un postulat de base que nous n’avions jamais vu ailleurs. Plutôt ici que chez les autres, ça pourrait être notre credo. Il nous arrive parfois de tomber sur un texte ou un auteur et de nous dire : « ça, c’est du Walrus ». Car oui, quelquefois, ça ne peut être que du Walrus, et rien d’autre.

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Forcément, dans ces conditions de transparence imposée, il faut comprendre que nous ne puissions pas — et que nous ne voulions pas — être une machine de guerre. Walrus ne sera sans doute jamais un acteur majeur de l’édition, en tout cas en termes financiers. Nos ebooks se vendent peu, ce que nous ne cessons de trouver dommage, tant pour nos auteurs que pour l’énergie que nous y investissons, mais nous ne sommes pas les seuls dans ce cas. Nous aimerions bien entendu que les quelques lecteurs qui nous soutiennent trouvent un écho chez d’autres lecteurs, et que la communauté grandisse. Notre catalogue a eu de beaux succès, comme la série Toxic de Stéphane Desienne et Jésus contre Hitler de Neil Jomunsi. C’est une consolation, mais nous aimerions demander davantage de curiosité. Nous ne pouvons pas l’imposer, bien sûr. Mais c’est une question de confiance : vous savez ce que nous valons. Vous savez ce que nous publions. Dans l’idéal, vous pourriez acheter les yeux fermés chez nous. C’est en tout cas que ce nous essayons de faire.

Parce que forcément, à se mettre tant de critères de sélection, on en vient aux contraintes : publier des textes de qualité, c’est publier peu. La sérendipité numérique joue en notre défaveur, car il est très difficile parfois de tomber sur l’un de nos titres, dilués qu’ils sont au milieu de la masse éditoriale des dernières années. Aux débuts de Walrus, nous étions encore peu à faire du livre numérique. Aujourd’hui, tout le monde s’y est mis, les acteurs historiques en premier lieu — ce qui est une excellente chose —, et notre petite sélection s’est retrouvée engloutie par un raz-de-marée prévisible. On pourra toujours dire que nous n’avons pas fait les bons choix, que nous n’y avons pas mis suffisamment d’énergie, mais ce serait faux. Notre équipe éditoriale tient dans un placard à balais. Nous sommes peu nombreux, mais vaillants, et nous essayons de nous battre avec nos propres armes. Se battre est d’ailleurs un grand mot. Toujours, nous essayons de nous placer au-dessus de la mêlée. D’être le poil à gratter, ceux qui s’immiscent sans avoir été invités. Ça marche parfois. D’autres fois, un peu moins.

Aujourd’hui, nous faisons le choix de publier peu — et uniquement dans les domaines qui nous plaisent, nous transportent, nous excitent — par nécessité. Difficile de ne pas voir que le numérique est en train d’élargir son champ, et c’est très bien en soi, mais il ne faut pas trop diluer les couleurs, sous peine de ne plus les distinguer. Dans un article récent, le célèbre GoodEreader a annoncé ne plus vouloir lire en numérique : trop de (mauvais) choix, pas assez de bons systèmes de découverte, un manque flagrant de sérendipité. C’est ce qui nous pend au nez, à trop vouloir publier à tort et à travers. Nous admirons bien entendu la formidable avancée qu’est le livre numérique, et nous y avons participé à notre manière ; cela ne nous empêche cependant pas d’en subir désormais les conséquences, et de les accepter.

Voilà ce que doit être pour nous une bonne ligne éditoriale : quelque chose d’entier, sans concession, quelque chose de viscéral, un choix qui s’impose de lui-même, refuser de s’écouter parfois et ne pas publier quelque chose de trop facile, de déjà-vu, de mille fois répété, même si ça veut dire renoncer à un certain public, forcément. Nous savons que nous ne nous adressons pas à tous les lecteurs, loin de là. Mais nous considérons cela comme une bonne chose, mieux, comme une chose précieuse : les quelques lecteurs que nous avons, nous faisons tout notre possible pour leur plaire, à eux. Et leur re-plaire, et leur re-plaire…

Gardez l’œil ouvert, et le bon : en parlant de sélection drastique, Walrus revient jeudi avec une nouvelle série qui, elle aussi, trouvera sa place chez Walrus au panthéon des Objets Littéraires Non Identifiés. Et encore une fois, nous serons fiers de vous la présenter.

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Bandeau : Polar Cruises — via Flickr (CC-BY)

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