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Lecture en streaming: faut-il céder au chant des sirènes?

Une industrie nouvelle cherche des modèles, et celle du livre numérique ne fait pas exception. Après le succès relatif des services de streaming musical — Deezer et Spotify en tête — il parait donc normal que l’édition s’intéresse de près au système.

 

Petit rappel: le streaming, c’est quoi?

 

Le principe du streaming est simple, qu’il s’agisse d’un film, d’un morceau de musique, d’un livre ou de n’importe quel autre contenu média. Plutôt que de consulter ce dit-fichier « offline » (déconnecté du web, le fichier étant présent matériellement sur votre disque dur ou la mémoire de votre appareil de consultation) vous le consultez « online » (une connexion est nécessaire, et même obligatoire pour consulter votre fichier).

Dans la pratique, qu’est-ce que ça change ? Pas grand-chose si vous disposez d’une connexion permanente, effective et efficace en terme de débit. En revanche, si vous n’êtes pas connecté, pas moyen d’accéder à votre bibliothèque (dans les transports aériens, par exemple, ou dans le train, ou au fond d’un cratère de volcan, où le réseau est en général faible).

Dans le modèle du streaming, le fichier source ne transite pas d’un disque dur à l’autre: présent sur un serveur, il est « distribué » à l’utilisateur final via le réseau.

Mais il y a une petite nuance: là où dans le modèle traditionnel, l’achat d’un film, d’un album ou d’un livre permet de posséder quelque chose (en fonction des revendeurs, car certains comme Amazon et Apple ne vous concèdent en réalité qu’une licence de consultation à vie d’une oeuvre, et non sa propriété), vous ne possédez plus rien dans le streaming.

Le streaming est une fenêtre ouverte. Tant qu’elle est ouverte, vous pouvez regarder à travers. Mais dès que vous arrêtez votre abonnement, vous n’avez plus accès aux contenus que vous avez consultés auparavant. La fenêtre se ferme. Alors vous vous retournez, et constatez que votre bibliothèque est vide. Deux modèles, deux philosophies, deux rapports à la propriété, à la possession ou non d’une oeuvre. Mais ce rapport compliqué n’est pas le sujet de cet article, bien qu’il puisse en lui-même faire l’objet d’une longue analyse.

Le streaming a été porté à la connaissance du grand public par deux phénomènes distincts et pourtant liés.

D’une part, la plateforme Megaupload qui, de son vivant, proposait aux amateurs de séries américaines du monde entier de regarder online les épisodes de leurs shows préférés, en tout impunité. L’enjeu était, avec la surveillance accrue des autorités de management de droits d’auteur, de contourner le problème du téléchargement, facile trackable, en offrant de regarder un contenu en ligne, sans téléchargement donc. Et même si Megaupload n’existe plus en tant que tel, remplacé par son petit frère Mega, plus opaque, d’autres sites ont repris le flambeau et continuent de proposer des offres de streaming illégales.

Le streaming illégal a, de facto, donné naissance au phénomène du streaming légal.

En partant du principe que pour se délester la conscience et se faciliter la vie, des utilisateurs seraient prêts à payer pour accéder à un catalogue légal, facile d’accès et en ligne, les offres de streaming légales ont commencé à se développer. Ainsi sont nés le français Deezer et le suédois Spotify pour la musique (parmi les plus connus, car il en existe d’autres à l’influence médiatique inférieure et à la santé financière moins réjouissante), mais aussi Netflix pour la vidéo à la location. A lui seul, ce trio de tête génère l’essentiel des revenus du streaming mondial.

 

Un point historique: l’industrie du disque et le streaming

 

Quand on cherche des comparaisons pour le livre numérique, on va chercher du côté de l’industrie musicale, ce qui n’est pas forcément une modèle idée dans la mesure où la consommation de livre et la consommation de musique sont deux processus très différents, mais faute de grives…

De 2002 à 2009, le marché mondial de la musique a chuté de 55% au global. En 2012, le marché de la musique pesait en France 590 millions d’€, après avoir frôlé en 2005 le milliard et demi.

On aurait pu croire la chute inéluctable, mais ce chiffre a fini par se stabiliser. Depuis deux ans, les indicateurs ne bougent plus, stabilisés. Qui a sauvé l’industrie du disque? A en croire certains, iTunes et ses ventes d’albums à la hausse. Pour d’autres, le streaming et les plateformes de diffusion à abonnement. Dans tous les cas, la musique a su, pour l’instant, endiguer la chute. Pour combien de temps?

Selon les derniers chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique, les ventes numériques affichent une croissance insolente de 13% cette année, représentant dorénavant 125 millions d’€ par an. Soit 25% du marché global de la musique. Pas étonnant que Microsoft et Twitter s’intéressent de près à ce marché qui, après avoir connu bien des déboires, semble retrouver un essor profitable. On ne parle plus que de musique en ligne maintenant.

Mais qu’en disent les artistes? Pas grand-chose pour le moment.

Les chiffres de répartition sont en effet affligeants.

Quand Jean-Paul Bazin, de la Spedidam, parle au Nouvel Observateur des chiffres réels de cette économie naissante, on ne peut s’empêcher de frissonner:

« Les chiffres sont affolants : lorsqu’un titre de Johnny Halliday est téléchargé sur iTunes, il ne touche que 0,04 euro, et lorsqu’il est écouté sur Deezer, la rémunération tombe à 0,0001 euro. Et, dans le même temps, les choristes, le guitariste, le pianiste, le bassiste, le batteur… de Johnny ne touchent strictement rien. Zéro multiplié par un milliard d’écoutes, ça fait toujours zéro ! »

Difficile dans ces conditions de parler de modèle économique. car si les maisons de disques semblent profiter, au même titre que les distributeurs, de la manne financière générée par le streaming, les artistes semblent demeurer les parents pauvres de la chaîne.

Dans un article de Numerama de juin 2012, on apprend que « pour qu’un artiste touche 200€ sur une chanson vendue 0,99€ sur l’iTunes Store, il faut que celle-ci soit achetée 20 000 fois par les internautes ».

Pour le streaming, un ratio est opéré: il s’agit de rapporter, sur une assiette globale, le nombre d’écoutes ou de consultation d’une oeuvre au total des gains générés par la publicité ou par les abonnements. Ce qui n’est pas toujours très gros. Pour Deezer, on mesure qu’en moyenne, un titre écouté rapporte 0,005$ à son auteur. Plus le nombre d’écoutes est conséquent, plus l’artiste touche d’argent: c’est mathématique.

Un label indépendant, toujours selon Numerama, a calculé que pour 800.000 écoutes d’un titre, 4277$ de chiffre d’affaire avaient été générés. Autant dire rien du tout.

Dans un autre article de Numerama, Guillaume Champeau nous raconte la triste histoire de Sebasto, ce chanteur de basse-cour qui après avoir fait un tube monumental, « Fais la poule », vendu 108.000 singles, 116.000 compils et 17.000 téléchargements, s’est retrouvé — par un savant imbroglio contractuel où la maison de disques, grâce aux avances sur recettes, et les agents se sont bien gavés — à recevoir un chèque de royalties de 477€.

Oui, l’industrie s’est relevée, pour un temps. Mais les acteurs du streaming ont une santé précaire. Deezer et Spotify, malgré leurs levées de fonds, ne sont toujours pas rentables.

Quant aux artistes, ils n’y ont toujours pas trouvé leur compte.

En Suède, le streaming pèse désormais pour 57% des revenus musicaux.

 

Pour la lecture, le modèle YouBoox

Dans ce contexte, il n’était donc pas étonnant qu’avec l’essor progressif de lecture numérique, des entrepreneurs s’intéressent au streaming de livres rapidement.

C’est désormais chose faite avec Youboox, qui propose globalement la même chose que Spotify: pour un abonnement de 9,99€ par mois, vous avez accès à un abonnement premium permettant de lire des livres via l’application de lecture, sur votre iPad par exemple. Bien entendu, tout comme ses petits cousins, Youboox permet de lire gratuitement: mais vous devrez « supporter » des bandeaux publicitaires durant votre consultation.

Youboox, tout comme ses homologues, présente son financement ainsi:

revenus publicitaires + revenus liés aux abonnements = revenu total (T)

Les éditeurs présents sur la plateforme Youboox se partagent la moitié de cette assiette globale, soit (T)/2 = (t ) — l’autre moitié revenant à Youboox.

Une fois cette assiette éditeurs délimitée, il faut décompter le nombre de pages lues chez l’un et chez l’autre. Car ce que l’éditeur touche revient à faire une règle de trois très basique: il s’agit du ratio entre le nombre de pages lues au total dans le catalogue de l’éditeur, rapporté au nombre total de pages lues le mois en question sur Youboox.

Ce que l’éditeur touche, au final, est la proportion de ce qui a été lu de son catalogue par rapport à ce qui a été lu dans le catalogue global.

pages lues catalogue éditeur / pages lues Youboox = %

De ce pourcentage, on déduit donc le montant à se répartir par rapport à l’assiette (t).

Selon les propres estimations de Youboox, le service aurait atteint 75.000 personne à février 2013, ne précisant pas s’il s’agit du nombre de téléchargements de l’application ou du nombre d’utilisateurs réellement actifs sur le système. Youboox revendique 5,5 millions de pages vues. Un objectif de 300.000 utilisateurs d’ici à décembre 2013 est évoqué.

 

Est-il judicieux de copier le modèle du streaming musical et de l’adapter au principe, très différent, de la lecture? Pas si sûr.

D’une part, difficile de croire avec les chiffres du disque désormais bien connus que le livre suivra la même voie: la musique étant par essence une activité que l’on peut faire en tache de fond, contrairement à la lecture, les usagers sont forcément moins nombreux et plus difficiles à toucher. Les recettes faibles de l’industrie musicale apparaitront pharaoniques comparées à celles générées par un service de lecture tel que Youboox, par définition moins fédérateur d’un point de vue global. Moins de gens achètent des livres qu’il n’écoutent de la musique, c’est une évidence.

Et même si l’on prend les meilleurs estimations de taux de transformation (en moyenne, pour 10 utilisateurs d’un service de streaming, 1 souscrit à l’abonnement premium), 75.000 utilisateurs, cela ne fait que 7500 utilisateurs premium (dans le meilleur des cas, car on en est sans doute loin). 7500 abonnement premium à 9,99€, le tout divisé par deux, ça fait 35.000 euros d’assiette à se partager entre tous les éditeurs présents sur la plateforme.

Si l’on rajoute à ces 35.000 euros générés par les abonnements les revenus de la publicité, forcément faibles puisque c’est un service jeune et que la publicité y est probablement peu chère, voire quelquefois gratuite pour inciter les annonceurs à venir sur la plateforme, cela ne fait pas lourd à se partager. Et considérant l’équation de base (plus il y a de pages disponibles dans le catalogue global, moins vous touchez, mathématiquement, à moins d’être titulaire d’un best-seller qui raflera 80% de l’assiette globale), il parait difficile de croire le modèle rentable dans l’immédiat.

Difficile de comprendre dans ce cas pourquoi de grands éditeurs comme Dupuis se laissent embrigader dans l’affaire… Peut-être pour tester le service, ou essayer de nouveaux modèles. Mais lorsque les relevés de consultation arriveront, ils tomberont sans doute de haut. L’affaire Harmonia Mundi a fait du bruit, et certains éditeurs pourraient à leur tour être tentés de retirer leurs titres du catalogue.

Contacté à ce sujet, Frédéric Weil des éditions Mnémos nous a livré son témoignage. Il a, comme beaucoup d’éditeurs et d’auteurs, été approché par Youboox pour être présent sur la plateforme. Et même si, dans un premier temps, « le modèle pouvait paraître intéressant », l’éditeur a vite déchanté.

« La publicité telle qu’elle est présentée dans Youboox est intrusive, et ne permet pas une immersion suffisante dans la lecture. D’un point de vue personnel, je m’oppose à toute forme de publicité dans un livre. La télévision a cédé, le cinéma a cédé, et on sait ce qui se passe lorsqu’on cède à la publicité: la création est livrée en pâture aux publicitaires, qui l’influencent, » nous dit Frédéric Weil. « C’est une question d’éthique: je ne veux pas que le livre soit touché par ce phénomène. Car une fois la mécanique lancée, il est difficile de revenir en arrière. »

Difficile de le contredire à ce sujet : la publicité est suffisamment intrusive dans l’application pour rendre toute lecture très difficile.

Quant au confort de lecture, il n’est décidément pas au rendez-vous: la liseuse PDF est de mauvaise qualité, ne permet pas d’agrandir les caractères et contraint à scroller quand on veut lire le bas de la page en mode zoomé freemium… à cause du bandeau publicitaire. Une erreur de base pour tout designer d’interface qui se respecte. Des services tels que Überflip ou Issuu offrent des liseuses PDF de bien meilleures qualités, et l’on en vient à se demander pourquoi les lecteurs sont si maltraités, même pour du gratuit.

Evidemment, on pourrait proposer une lecture au format .EPUB. Mais le problème du comptage des pages se poserait alors! Car un epub est fluide et sa pagination fluctuante. Difficile de mettre sa confiance dans un algorithme de comptage des pages lorsqu’on est éditeur, dans ce cas. Le business modèle deviendrait alors « opaque », s’il ne l’est pas déjà.

Car les éditeurs devraient pouvoir savoir combien se vend le bandeau publicitaire qui trône au-dessus de leur ouvrage. Ils devraient également avoir accès à une meilleure répartition des bénéfices, puisque là où Apple ponctionne « seulement » 30%, Youboox récupère 50% de l’assiette des bénéfices, ce qui paraît énorme.

Enfin, un dernier petit problème est soulevé: quid de l’exploitation streaming d’un point de vue contractuel?

Je ne pense pas que les contrats qui lient les auteurs à leur maison d’édition prennent en compte les revenus du streaming. En tout cas, les nôtres ne le font pas encore, » nous explique Frédéric.

Difficile d’imaginer en effet des contrats adaptés à ce nouveau modèle, et la répartition qu’il conviendrait d’allouer aux auteurs.

Et dans tous les cas, 10% de pas beaucoup, c’est toujours pas beaucoup. Et les auteurs risquent encore une fois de rester sur le carreau…

Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit, dit l’adage. Affaire à suivre, donc.

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A lire aussi: le témoignage de Jean-François Gayrard (Numeriklivres) sur le retrait des livres Numeriklivres de l’applicationYouboox.



 

Librairies numériques: la catastrophe des moteurs de recherche

Je ne sais pas pour vous mais il y a un truc qui m’énerve prodigieusement quand je fais une recherche sur la base de l’iBookstore: la mauvaise qualité de la recherche “approximative”.

Quelquefois, vous n’avez simplement pas en tête la bonne orthographe d’un titre ou d’un auteur. Mieux, vous avez un titre mais il n’est qu’incomplet, ou bien vous avez vaguement un nom d’éditeur en tête pour l’avoir entendu dans la bouche d’un chroniqueur littéraire. Bref, vous aimeriez bien qu’on vous aide à retrouver ce $%#¥£~% livre et le moteur de recherche est censé être là pour ça. Ceux qui ont travaillé en librairie comprennent ce désir, puisque 80% des requêtes des clients concernent ce type de recherches incomplètes. Soyons réalistes: il est très rare que l’acheteur ait la référence complète de son ouvrage.

Bref. C’est là que les choses se gâtent.

En toute impartialité, j’ai tenté un petit test tout simple sur les moteurs de recherche des principales librairies en ligne. J’ai voulu tenter de trouver un grand classique de la littérature française — on ne m’accusera pas d’avoir pris un obscur roman inconnu de tous — mais j’ai fait une petite bourde. Oh, maladroit que je suis! J’ai cherché “Les trois mousquetaire” (sans le S final, donc) et Alexandre DumaT (avec un T à la place du S). Vous remarquerez que j’ai été gentil de ne pas rechercher “Les Six Capitaines d’Antoine Dupieu”: on reste dans une recherche très simple, en fait le minimum d’erreur que l’on puisse trouver dans un titre et un nom d’auteur (pour le reste, il y a votre libraire).

Et bien il y a de quoi être surpris.

D’abord, sur Immatériel:

Pour la recherche “Les trois mousquetaire”, pas de problème. Fiche de lecture en premier mais tous les autres résultats suivants sont le livre en question.


Pour “Alexandre Dumat” ça se gâte. Sur les 10 premiers résultats, seuls 3 concernent Dumas. Les autres sont centrés sur “Alexandre” (Le Grand, notamment…). Peut mieux faire.

Ensuite, sur Feedbooks:

En recherche par titre, on trouve la même chose, que l’on tape “mousquetaire” avec ou sans S. Un peu disparate mais on trouve tout de même ce que l’on cherche. Pas de surprise.


Avec “Alexandre Dumat” en revanche, aucun souci: les notices renvoyées sont toutes des notices en rapport avec Dumas.

Sur ePagine:

Pas de souci sur le titre: le S manquant n’est pas problématique et le moteur retrouve nos mousquetaires.


En revanche, sur le nom de l’auteur, catastrophe: aucune notice renvoyée. On nous éjecte direct sur la liste des meilleures ventes (non merci).

Sur Amazon:

Encore une fois, aucun souci sur le titre. Mention spéciale à la petite liste dynamique déroulante qui se met à jour à chaque lettre tapée dans le champ de recherche. Si on veut faire une faute, on la fait… Mais c’est pas facile!


Même problème qu’Epagine sur le nom d’auteur, et surtout qu’Immatériel: on nous suggère d’aller jeter un oeil du côté d’Alexandre plutôt que de Dumas. Pas beau!

Sur Kobo:

Apocalypse sur les titres: le moteur ne renvoit aucune occurence valable dans les premières recherches.


Du mieux sur la recherche par auteur: mais c’est à se demander si les éditeurs de chez “Ebooks libres et gratuits” n’ont pas inséré le mot clef “Dumat” dans leurs métadonnées, car ce n’est pas la première fois qu’ils apparaissent en haut des listes. Dans ce cas est-ce grâce au moteur de recherche ou à la prévoyance astucieuse de l’éditeur?

Chez Decitre:
Le seul qui a passé le test haut la main, aussi bien sur le titre incomplet que sur l’auteur mal orthographié! Bravo! D’autant que la barre de recherche est elle aussi dynamique, ce qui facilite grandement les recherches.
Sur Apple:
J’ai gardé le meilleur pour la fin. Cela se passe de commentaires.

On le voit, il y a encore du boulot… La vente des livres numériques passe aussi, et surtout, par une bonne circulation de l’information, et des algorythmes de recherche puissants et sûrs. Il faut continuer en ce sens, et améliorer les outils existants.
Sans quoi publier un livre revient juste à jeter un caillou au milieu de l’océan…

Watermark: un DRM qui ne dit pas son nom

Il existe plusieurs moyens de protéger son livre contre le piratage.

Le plus simple — pour le distributeur ou l’éditeur — est encore d’apposer un DRM Adobe puisqu’il est supporté par la quasi-totalité des applications de lecture et des liseuses. En revanche, il s’agit probablement de la solution la plus compliquée pour les lecteurs. Pour en avoir moi-même fait l’expérience, il suffit d’une fausse manipulation, d’un défaut de mise à jour, d’un problème d’identifiant, de mot de passe, ou simplement d’une machine mal lunée ce jour-là, pour vous retrouver avec un livre absolument illisible.

En cela, certains éditeurs choisissent de faire appel à une autre formage de protection: le watermarking, ou marquage numérique pour les Jacques Toubon de la toile.

Le watermarking fait partie de l’éventail qui s’offre à tout éditeur ou distributeur numérique en matière de protection contre la copie illégale, contre le piratage. Mais il est différent du DRM Adobe en ce sens qu’il n’est pas une “clef”, un cryptage numérique. Il est simplement une mention “imprimée” sur l’ebook.

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Comme on le voit dans la marge de gauche, mon nom et mon adresse mail ont été insérés de manière à ce que, si par grand malheur je décidais de partager ce livre avec d’autres, on puisse immédiatement retracer son origine. Le livre ne sera pas illisible, le livre ne sera pas effacé. En fait, aucun contrainte ne s’applique à la copie d’un livre watermarké… si ce n’est une contrainte morale.

En effet, le watermarking est un DRM psychologique. Plutôt que de contraindre par la force, plutôt que de persuader par la raison, il emploie une technique d’auto-répression douce et violente à la fois: la peur.

Utiliser la peur pour lutter contre le piratage?

Je n’aime pas les DRM. J’ai déjà perdu trop de temps à essayer de faire fonctionner un livre que j’avais honnêtement acheté pour les porter dans mon coeur. Les livres chez Walrus sont certifiés sans DRM, et à chaque fois que nous proposons des missions d’accompagnement de projet numérique à nos clients éditeurs, nous militons en faveur du NO DRM AT ALL.

En utilisant ce filigrane numérique, on voudrait croire qu’il s’agit d’un moindre mal: en effet, il dissuade l’utilisateur malhonnête de partager le fichier tout en incapacitant en rien le lecteur honnête.

Pour autant, lorsque je lis un livre watermarké, j’éprouve un sentiment de malaise.

Je me sens regardé. Épié. Le livre m’observe, et il me chuchote à l’oreille de vagues menaces. “Je te tiens à l’oeil”, dit-il. “Ne t’avise pas de marcher en dehors du sentier, ou tout le monde saura à quel point tu es malhonnête”. Il y a une sorte de contrat moral implicite entre un livre watermarké et son utilisateur. Certains poussent le vice jusqu’à vouloir insérer le numéro de carte bancaire de l’acheteur dans le watermark. Impossible dans ce cas de songer ne serait-ce qu’à prêter son livre numérique! Car oui, un livre doit pouvoir se prêter, numérique ou non, lorsqu’on fait l’achat du fichier complet.

Je me demande dans quelle mesure il n’y a pas méprise sur l’ennemi: en indiquant à chaque lecteur qu’il est un pirate potentiel, en le lui rappelant à chaque page, ou à chaque fin de chapitre, on laisse tomber la question de la confiance entre un éditeur, un auteur et son lecteur.

Alors, les gens rigolent quand je parle de confiance.

Pourtant, avouez que lorsque vous mettez un DVD sur votre platine de salon (acheté en bonne et due forme chez votre revendeur favori) vous êtes les premiers à soupirer devant ces messages interminables de lutte contre la copie, de véritables menaces… alors que justement, vous venez d’acheter le disque légalement! Je préfère ces courts messages de certains éditeurs de DVD où un énorme “THANK YOU” tombe du ciel, pour vous remercier de vous être procuré légalement le même disque.

C’est un avis tout à fait personnel: mais quand on ne me fait pas confiance à la base (sans aucun fondement), je ne suis pas enclin à faire quoi que ce soit pour mériter cette confiance. La peur, pour moi, est une arme trop puissante pour être utilisée dans ce cas. Ne devrions-nous pas simplement faire preuve de didactisme, expliquer, encore et encore, jusqu’à ce que cela semble parfaitement logique à tout le monde?

Une porte fermée à clef est toujours plus tentante qu’une porte grande ouverte. Surtout quand la serrure est en sucre.

Rétroéclairage par LED: un point nécessaire pour démêler le vrai… du « vrai »

Quelquefois, lorsque je parle du rétro-éclairage des écrans des tablettes sur Twitter, et que j’ai le malheur de le comparer à l’éclairage des liseuses type Kobo Glo ou Kindle PaperWhite, je déchaîne les foules. Soudain, le congrès des ophtalmologistes se réveille et je me retrouve assailli de messages du type: “Mais non, ça n’a rien à voir!” ou encore “la lecture sur tablette, c’est fatigant (voire dangereux) pour les yeux”, etc.

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Kirsty Andrews - Flickr - CC-NC-ND-BY 2.0


À tous ces messages, je réponds que je n’ai jamais dit que c’était la même chose. J’entends les avis diverger à ce sujet et du coup, j’ai voulu m’informer. Parce que je n’étais pas sûr de mon coup.

Je suis comme vous (c’est difficile à croire, je sais): à la fin de la journée, lorsque j’ai passé huit heures à loucher sur mon écran d’ordinateur, je suis content de l’éteindre. On ne va pas ici contester les désagréments de ces dispositifs d’affichage modernes, ce n’est pas le sujet: on ne parle pas de télévision ou d’écrans d’ordinateur, mais bel et bien d’appareils de lecture.

imageÀ la base, il y a une méprise: mettre tous les affichages LCD dans le même panier. Avant l’avènement du rétroéclairage par LED, les LCD étaient rétroéclairés à l’aide des tubes fluorescents à cathode froide, technologie également appelée CCFL et dont nous avons des souvenirs douloureux pour nous être payés des maux de tête carabinés en les regardant d’un peu trop près.

Depuis 2008-2009, ces systèmes de rétroéclairage ont été remplacés progressivement (comme par exemple, sur l’écran d’un iPad) par des systèmes de rétroéclairage par LED.

Pour paraphraser Wikipédia:

Il existe deux technologies de rétroéclairage :

  • Edge Led : les diodes sont réparties sur la périphérie de l’écran et sont orientées vers l’intérieur. La lumière des diodes est propagée sur toute la surface via une plaque de verre photoconductrice.
  • Full Led : les diodes couvrent toute la surface arrière de l’écran afin de fournir une lumière uniforme et mieux contrastée, mais pour un coût de production plus élevé.

À ces deux technologies, on peut associer un Local Dimming, où les diodes sont organisées en zones éteintes ou allumées selon l’intensité des parties sombres de l’affichage. Les noirs ainsi obtenus sont plus profonds et améliorent le contraste.

Fin de la parenthèse technique.

Alors on entend ici et là des voix s’élever contre les LED, pour une bonne et simple raison: les LED abimeraient les yeux sur le long terme.

Et bien… c’est vrai! L’exposition à la lumière des LED est à long terme parfaitement dangereuse, pour la bonne et simple raison que ces diodes produisent une intensité lumineuse très forte et que leur spectre comporte une grande proportion de lumière bleue, qui à la longue s’avère néfaste et peut générer des risques de cataracte et de lésions maculaires.

Mais attention, nous parlons de deux choses différentes: ces risques ont été relevés pour les ÉCLAIRAGES à LED, c’est à dire pour les luminaires publics et privés qui servent à éclairer votre cuisine, votre salon ou votre bureau. En effet, ces éclairages sont dits “directs” (la LED est à nu sous le verre, l’exposition est maximale).

— Un éclairage LED —

On préconise donc de ne pas employer d’éclairage à LED dans les endroits où, par exemple, on garde des enfants (les écoles, les crèches, etc).

Mais les écrans à LED sont sans commune mesure avec ces éclairages LED. S’ils utilisent à la base la même technologie, leur intensité lumineuse n’est absolument pas comparable en termes de candelas (l’unité utilisée pour mesurer la luminosité d’une source, mesurée dans le cas des écrans en candelas/m2). De plus, la lumière des LED est filtré à différents niveaux (notamment UV), si bien qu’une part infime de la LED (oui, il n’y a qu’une seule LED sur un écran d’iPad) parvient à l’oeil au final.

Evidemment, vous ne regarderez pas de la même manière un écran d’ordinateur et des phares de voiture, ou la lumière du soleil. En matière de lumière, tout est question d’exposition.

Vous pouvez lire à ce sujet le rapport de l’ANSES sur l’éclairage LED.

Même si ce n’est qu’un rapport (un de plus), il précise néanmoins que les écrans rétroéclairés par LED ne sont pas concernés par les dangers inhérents à l’éclairage LED.

Je me demande donc quelle part de confusion il existe entre l’éclairage LED (dangereux) et le rétroéclairage par LED (réputé pas dangereux, en tout cas aucun rapport, aucune étude ne semble prouver le contraire pour le moment…) dans la tête des utilisateurs. Il y a une part de mystification possible, ou en tout cas d’amalgame, qui m’échappe.

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CC Liz Henry - Flickr - CC-BY-ND 2.0

Alors maintenant que nous savons tout ça, on peut comparer.

Quelle est la différence entre un écran LCD rétroéclairé et une liseuse du type Kindle PaperWhite ou Kobo Glo, dont l’écran est lui aussi éclairé d’une manière ou d’une autre?

Et bien c’est très simple (enfin, suivez quand même un peu).

Une liseuse, c’est simplement un film qui (pour résumer) reproduit le rendu du papier via un système d’attraction/répulsion magnétique. On ne va pas refaire la théorie du eINK (peut-être un jour, mais pas maintenant) et on va se contenter de dire que cette feuille eINK est comme une feuille de papier, mais qu’on peut en changer l’apparence, l’encrage numérique. Elle dispose de qualité lumineuse nulle, c’est à dire qu’elle ne produit pas de lumière en elle-même. Donc si vous voulez l’utiliser ailleurs qu’en plein soleil, il faudra l’éclairer avec une lampe.

Maintenant, intégrons un système d’éclairage interne (dit FrontLight par Booken, ou PaperWhite chez Amazon).

Tiens, justement: voici comment se décompose l’écran d’une liseuse avec dispositif d’éclairage intégré chez Amazon.

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Première surprise (ou pas): si le dispositif n’est pas “rétroéclairé”, il n’en est pas moins un dispositif d’éclairage… à LED. Seulement la lumière est ici déviée pour être répartie uniformément sur un petit film qui recouvre l’écran eINK à proprement parler, et que la lumière est au-dessus de l’écran et pas en dessous. Mais la lumière produite est parfaitement identique dans ses propriétés à celle d’un éclairage LED: le spectre est potentiellement le même. Sauf que la lumière est ici déviée.

Intéressant, non? Moi j’ai appris un truc, là.

Alors on me dira: oui mais la lumière est ici dirigée vers l’écran, et pas vers les yeux. Je vais dire oui, bien sûr. Mais les cocos, pour que vous puissiez lire, il faut que des photons tapent sur votre rétine, tout de même. Et ces photons doivent bien venir de quelque part. Même si la lumière est déviée, réfléchie, filtrée, ce que vous voulez… il n’en reste pas moins que la lumière, FrontLight ou BackLight, arrive jusqu’à vos yeux, dans des quantités des spectres variables.

On ne sait pas, sur le long terme, les risques liés à la lecture sur support auto-éclairé. j’imagine que dans 10 ans, on les fera, ces fameux congrès d’ophtalmo. En revanche, il est une réalité qu’on ne peut pas occulter: l’écran éclairé OU rétroéclairé… c’est de la lumière. Et à ce titre, une exposition trop prolongée peut déclencher des réactions neurologiques inattendues. Si par exemple vous regardez trop fixement l’écran de votre téléphone ou de votre tablette au lit, avant de vous coucher, il est fort probable que vous éprouviez des difficultés à trouver le sommeil. En cause, la production de mélatonine qui régule vos cycles de sommeil: le cerveau, exposé à la lumière, pense qu’il fait jour. Il vous tient donc éveillé plus longtemps. Dans ce cas, le danger ne vient pas à proprement parler de l’écran mais de l’interprétation que fait votre cerveau de l’utilisation de votre écran. Et en cela, chacun doit se responsabiliser, surtout s’il souhaite bien dormir la nuit.

Il est envisageable que l’on trouve néanmoins des études dans les prochains mois ou dans les prochaines années qui décriront les méfaits de certains écrans rétroéclairés par LED, puisque la plupart du temps — tout comme pour la cigarette, l’alcool, les bombes d’insecticide ou la télé-réalité — nous sommes D’ABORD exposés au danger avant d’en être avertis. Mais je ne peux pas me prononcer maintenant. Attendons ce qu’en diront les spécialistes.

Je ne serais pourtant pas surpris que la rétiscence perdure longtemps. Cela fait trente ans, peut-être plus, qu’on nous prévient du danger des écrans, à tort ou à raison. Je pense qu’il y a une part (une PART, ne déformez pas mes propos) de folklore là-dedans. De légende urbaine. Quelqu’un, un jour, a sans doute dit que les écrans, c’était le mal. Depuis l’idée s’est propagée. Dans quelle mesure ces idées, rumeurs, etc sont VOLONTAIREMENT propagées par les gardiens du temple, difficile de le dire. Mais il y a une part de peur dans tout cela, c’est certain. Il suffit de voir la tête des gens à qui j’apprends que je suis végétarien, et qui me préviennent soudain des dangers immenses de ce régime. Peu d’entre eux savent, en revanche, que ces prétendus dangers ont été en grande partie inventés par les lobbies de l’élevage aux États-Unis, dans les années 50. Ces faux rapports, ces fausses informations, se retrouvent encore propagés aujourd’hui. Ils perdurent dans les consciences et, sans y être directement exposé, on finit par les relayer…

Attention donc aux idées fixes.

Mort annoncée des liseuses: les tablettes rigolent

Derniers chiffres en date après les annonces de l’entreprise eInk un peu plus tôt dans l’année: Isuppli annonce une baisse de 36% des ventes de liseuses à écran statique (liseuses) en 2012, soit 14,9 M d’unités), par rapport à l’année 2011 où s’étaient écoulés 23,2 millions d’unités.

Kindle cover - SimplyBike (Flickr) - CC-BY-NC-ND 2.0

Une chute prévisible

Pas tant que ce soit étonnant! D’un côté, un marché américain où la lecture numérique cartonne (notamment grâce à Amazon) et où les liseuses se sont vendues comme des petits pains. Normal donc qu’au bout d’un moment, ces ventes stagnent puis régressent, le taux d’équipement ayant atteint un palier. Maintenant, le public lorgne du côté des tablettes.

De l’autre, un marché européen où la liseuse n’a jamais vraiment décollé, si ce n’est du côté des afficionados de la lecture sous toutes ses formes et pour lesquels la lecture pourrait même s’effectuer sur une planche ou un caillou. En France (pour la partie qui nous concerne), la lecture numérique ne pèse toujours guère plus d’1% du marché global, malgré les efforts des distributeurs, des éditeurs, des créateurs de contenu et des fabricants de matériel. Nos chiffres ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan de la lecture numérique.

La France n’aime pas le livre numérique, c’est un fait. Les français ont toujours considéré avec un mélange de crainte et de mépris ces petits appareils qui n’étaient pas vraiment des livres, et pas vraiment des machines non plus… puisqu’elles avaient vocation à abriter une âme, celle des ouvrages de la bibliothèque numérique, chimère moderne et éphémère (pour le moment).

Et puis il y avait la vague hypocrisie des constructeurs, qui annoncent toujours plus de fonctionnalités sur leurs liseuses: d’abord des fonctionnalités de connexion web, puisque des capacités sociales de partage, puis du tactile, puis du retro-éclairage… La seule raison pour laquelle nous n’avons pas encore eu droit aux tablettes couleur, c’est la rentabilité: liseuses trop chères à fabriquer pour un résultat peu satisfaisant au regard des écrans.

Un suicide en bonne et due forme

Alors depuis six mois, on assiste au revirement spectaculaire des ayatollas des liseuses qui soudain, avec l’avènement de la Kindle Fire HD, de la Kobo Arc ou encore de l’iPad Mini, découvrent avec stupeur (et réticence sans doute) que ça ne fait plus si mal que ça aux yeux de lire sur un écran rétroéclairé. Oui, car l’argument ne tient plus depuis que les fabricants de tablettes éclairent eux aussi leurs écrans.

En fait, les lecteurs n’ont pas enterré leur tablette: ce sont les constructeurs qui s’en sont chargé, en proposant des liseuses de plus en plus difficiles à distinguer des tablettes. Et forcément, quand on imite, on finit par devoir se comparer. Et à ce jeu-là, la victoire est sans appel: les tablettes, plus proches des usages généralistes que les utilisateurs souhaitent faire de leur matériel, gagnent à tous les coups. Au grand dam de ceux qui souhaitaient JUSTE lire…

Je ne m’en fais pas, eINK se recyclera: panneaux routiers, affiches publicitaires, tableaux d’école, les applications sont multiples et surtout, utiles.

Mais qu’on ne vienne pas nous faire croire que ce n’était pas prévisible. Ce qui arrive aujourd’hui est l’évidence même, et la plupart des constructeurs ont sans doute toujours voulu aller ce sens.