Watermark: un DRM qui ne dit pas son nom

Il existe plusieurs moyens de protéger son livre contre le piratage.

Le plus simple — pour le distributeur ou l’éditeur — est encore d’apposer un DRM Adobe puisqu’il est supporté par la quasi-totalité des applications de lecture et des liseuses. En revanche, il s’agit probablement de la solution la plus compliquée pour les lecteurs. Pour en avoir moi-même fait l’expérience, il suffit d’une fausse manipulation, d’un défaut de mise à jour, d’un problème d’identifiant, de mot de passe, ou simplement d’une machine mal lunée ce jour-là, pour vous retrouver avec un livre absolument illisible.

En cela, certains éditeurs choisissent de faire appel à une autre formage de protection: le watermarking, ou marquage numérique pour les Jacques Toubon de la toile. 

Le watermarking fait partie de l’éventail qui s’offre à tout éditeur ou distributeur numérique en matière de protection contre la copie illégale, contre le piratage. Mais il est différent du DRM Adobe en ce sens qu’il n’est pas une “clef”, un cryptage numérique. Il est simplement une mention “imprimée” sur l’ebook.

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Comme on le voit dans la marge de gauche, mon nom et mon adresse mail ont été insérés de manière à ce que, si par grand malheur je décidais de partager ce livre avec d’autres, on puisse immédiatement retracer son origine. Le livre ne sera pas illisible, le livre ne sera pas effacé. En fait, aucun contrainte ne s’applique à la copie d’un livre watermarké… si ce n’est une contrainte morale.

En effet, le watermarking est un DRM psychologique. Plutôt que de contraindre par la force, plutôt que de persuader par la raison, il emploie une technique d’auto-répression douce et violente à la fois: la peur.  

Utiliser la peur pour lutter contre le piratage?

Je n’aime pas les DRM. J’ai déjà perdu trop de temps à essayer de faire fonctionner un livre que j’avais honnêtement acheté pour les porter dans mon coeur. Les livres chez Walrus sont certifiés sans DRM, et à chaque fois que nous proposons des missions d’accompagnement de projet numérique à nos clients éditeurs, nous militons en faveur du NO DRM AT ALL

En utilisant ce filigrane numérique, on voudrait croire qu’il s’agit d’un moindre mal: en effet, il dissuade l’utilisateur malhonnête de partager le fichier tout en incapacitant en rien le lecteur honnête.

Pour autant, lorsque je lis un livre watermarké, j’éprouve un sentiment de malaise. 

Je me sens regardé. Épié. Le livre m’observe, et il me chuchote à l’oreille de vagues menaces. “Je te tiens à l’oeil”, dit-il. “Ne t’avise pas de marcher en dehors du sentier, ou tout le monde saura à quel point tu es malhonnête”. Il y a une sorte de contrat moral implicite entre un livre watermarké et son utilisateur. Certains poussent le vice jusqu’à vouloir insérer le numéro de carte bancaire de l’acheteur dans le watermark. Impossible dans ce cas de songer ne serait-ce qu’à prêter son livre numérique! Car oui, un livre doit pouvoir se prêter, numérique ou non, lorsqu’on fait l’achat du fichier complet.

Je me demande dans quelle mesure il n’y a pas méprise sur l’ennemi: en indiquant à chaque lecteur qu’il est un pirate potentiel, en le lui rappelant à chaque page, ou à chaque fin de chapitre, on laisse tomber la question de la confiance entre un éditeur, un auteur et son lecteur. 

Alors, les gens rigolent quand je parle de confiance.

Pourtant, avouez que lorsque vous mettez un DVD sur votre platine de salon (acheté en bonne et due forme chez votre revendeur favori) vous êtes les premiers à soupirer devant ces messages interminables de lutte contre la copie, de véritables menaces… alors que justement, vous venez d’acheter le disque légalement! Je préfère ces courts messages de certains éditeurs de DVD où un énorme “THANK YOU” tombe du ciel, pour vous remercier de vous être procuré légalement le même disque. 

C’est un avis tout à fait personnel: mais quand on ne me fait pas confiance à la base (sans aucun fondement), je ne suis pas enclin à faire quoi que ce soit pour mériter cette confiance. La peur, pour moi, est une arme trop puissante pour être utilisée dans ce cas. Ne devrions-nous pas simplement faire preuve de didactisme, expliquer, encore et encore, jusqu’à ce que cela semble parfaitement logique à tout le monde?

Une porte fermée à clef est toujours plus tentante qu’une porte grande ouverte. Surtout quand la serrure est en sucre.

Commentaires

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1 commentaire

  1. […] Walrus en parle, et quand je repense à mon histoire d’IKEA, je me dis qu’il a peut être raison. […]

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