Customer Login

Lost password?

View your shopping cart

ebook

EPUB: la mort annoncée d’un format

Il y a un débat qui fait rage outre-atlantique et qui commence à pointer le bout de son nez ici: je veux parler de la pérennité du format EPUB face à de potentiels concurrents, avec en première ligne le HTML comme « remplaçant plus performant ».
 

Kodomut - Flickr Creative Commons

 

Un petit (mais nécessaire) point technique

Soyons clairs: entre EPUB et HTML, il n’y a pas fondamentalement de différence. Le format EPUB est une sorte de fichier d’archives qui encapsule lui-même des fichiers HTML, XML et CSS. Le EPUB, c’est donc déjà du HTML. La seule « différence » entre les deux, si l’on peut dire (même si ça revient à dire que l’eau est fondamentalement différente de l’être humain… alors qu’elle en compose la majeure partie), c’est que le EPUB est offline. Il permet d’accéder à des contenus HTML en les téléchargeant sur un appareil fixe ou mobile, qui n’a ensuite plus besoin d’être connecté au web pour en afficher la source. En gros, cela revient à enregistrer l’intégralité d’un site web pour pouvoir le consulter hors-ligne (ce que la fonction Liste de Lecture sur iOS le propose déjà d’ailleurs). Donc HTML n’est pas à mettre en opposition avec EPUB. Il s’agit de la même chose, fondamentalement: c’est juste le mode de consultation (connexion/pas connexion) qui est différent.

 
 

La vraie différence: des systèmes de lecture plus ou moins performants

HTML n’est donc pas plus performant que EPUB: il n’y a que des applications de lecture qui exploitent plus ou moins bien le EPUB. Par exemple, il est possible de faire beaucoup plus de choses en matière d’interactivité et de multimédia avec iBooks qu’avec Aldiko (c’est un exemple, et je sais qu’il agacera, mais j’aurais aussi bien pu citer Bluefire ou même le système Kindle, très brouillon). Le problème ne provient pas de « est-ce que c’est un fichier EPUB ou HTML? »: c’est juste que les applications de lecture ne gèrent pas le code de la même manière. C’est un peu comme la vieille bataille « Internet Explorer contre le reste du monde » dans le domaine des web-designers: le problème, c’est que le manque de compatibilité et de performances tire la production vers le bas.

Sean MacEntee - Flickr Creative Commons

 

Le choix cornélien des éditeurs

Si le EPUB (et particulièrement l’EPUB3) est la règle aujourd’hui, c’est parce que l’industrie du livre est dans une phase de transition.

Nous vendons des contenus dématérialisés de manière skeuomorphiste, c’est à dire que nous reproduisons l’achat d’un livre « physique » via le téléchargement d’un EPUB. La dématérialisation totale — qui impliquerait de ne plus télécharger mais simplement de consulter en ligne — est une limite psychologique que tout le monde n’est pas prêt à dépasser. De plus, il n’existe pas encore de système satisfaisant pour protéger du contenu HTML. Il n’y a à l’heure actuelle que deux alternatives: soit déposer son contenu en ligne et l’offrir au tout venant, soit bloquer l’accès à ce contenu via la création d’un compte, avec mot de passe et tout ce que ça implique, contre paiement ou abonnement. Le EPUB est encore une manière lisible pour le consommateur de savoir ce qu’il achète: on dépense une somme d’argent fixée par l’auteur ou l’éditeur pour un contenu fixe. Mais la musique a déjà fait le pas avec le streaming à la Spotify. Il n’y a pas de raison que cela ne touche pas le livre.

Les modèles économiques viendront en temps voulu, petit à petit, par paliers de test. Et surtout il demeureront — dans un premier temps —complémentaires des modes de vente d’aujourd’hui.

Matrixizationized - Flickr Creative Commons

 

Passer au tout HTML: une transition inévitable à terme

Car en revanche, les problèmes soulevés par les performances des applications de lecture seraient immédiatement balayés. En consultant les livres directement dans le navigateur, plus de problème réel de compatibilité: tout le monde serait sur un pied d’égalité. En somme, le métier d’ebook-designer se rapproche chaque jour un peu plus de celui de web-designer. Aucune différence de coût entre les deux, puisque le processus est le même. Cela rétablira peut-être d’ailleurs la balance: aujourd’hui, on fabrique des EPUB à la chaine pour des coûts dérisoires. Quand il faudra les afficher dans un navigateur, ce genre de subterfuge grossier disparaitra, comme plus personne n’utilise les générateurs de sites web à la volée. Pourquoi? Parce que c’est moooooche.
Mais dans la bataille qui se joue, il y a une bonne nouvelle, voire même une très bonne nouvelle, très importante à entendre pour les éditeurs: en faisant le choix de l’EPUB, ils investissent dans le HTML et seront prêts à dégainer lorsque les systèmes de lecture online feront leur apparition. En effet, ils n’auront qu’à « dézipper » leurs EPUB pour obtenir le HTML source, sans aucune transformation. On n’est donc pas dans une rupture totale, comme pour le DVD et le Blu-Ray: juste dans une continuité qui se fera dans la fluidité la plus totale.

Phil Campbell - Flickr Creative Commons

 

Une révolution en marche… dont nous n’avons pas les clefs

Rassurez-vous (ou pas): au final ce ne seront pas les éditeurs qui décideront de cette transition, mais plutôt les opérateurs de téléphonie mobile.

En effet, le jour où votre téléphone portable ou votre tablette seront vendus avec une connexion illimitée et permanente, alors cela aura du sens de mettre votre bibliothèque complètement en ligne. J’entends déjà les protestations: un monde perpétuellement connecté, quel enfer! Pas faux en soi, mais parce qu’on calque les peurs d’aujourd’hui sur les nécessités de demain. Entendons-nous bien: je parle d’un futur à moyen terme, d’ici 10 ou 15 ans. Mais cette transformation arrivera un jour ou l’autre, car tôt ou tard nos appareils n’auront de sens et d’utilité que perpétuellement connectés à haute vitesse… On se demandera alors comment les gens pouvaient utiliser des outils non-connectés.

L’encapsulage offline du EPUB devenant donc optionnel, puisque vous pourrez toujours rester connecté (même dans le train, à 10.000 mètres au-dessus du sol dans un avion entre Paris et Hong-Kong, dans le métro, dans votre maison de campagne isolée et dans laquelle il faut secouer le téléphone pour capter du réseau aujourd’hui…) les lecteurs se tourneront vers la consultation dite « en ligne »… qui ne sera plus vraiment « en ligne » puisque de toute façon, le système sera construit sur un modèle prévu pour ne laisser aucune alternative à la connexion. Et puis quoi? Vos sites internet, ils sont bien en ligne, non?

Mais vous allez voir qu’à ce moment-là, des nostalgiques du EPUB feront leur apparition. 🙂

Comme pour les boissons, à chaque ebook son contenant

Je suis frappé de la fulgurante expansion d’une idée qui voudrait qu’à l’heure du numérique, une oeuvre se détache forcément de son contenant. À savoir: peu importe sur quoi vous lisez, que ce soit sur papier, en numérique, sur un écran, sur un smartphone, sur une liseuse ou au dos d’une boîte de céréales, le texte reste le même. Il a le même goût, la même texture, la même saveur, voire la même odeur.

C’est un lieu commun très répandu, surtout dans l’univers des pure-players. Logique toutefois puisque les pure-players n’ont aucun intérêt à dire que l’expérience de lecture numérique est différente de la lecture sur support papier, à l’heure où c’est dur pour tout le monde (spécialement pour les pure-players) et que l’on cherche à ouvrir des chemins à la fois culturels et financiers.

Mais ça fait un moment que l’idée me trotte dans la tête, que j’y réfléchis, que je retourne le problème dans tous les sens… et je ne vois pas comment je pourrais être d’accord in fine avec cette idée, pourtant en phase d’être acceptée par à peu près tout le monde. Non, ce n’est pas la même chose de lire le même livre sur un support différent. Le goût n’est pas le même. Et ce n’est pas forcément une mauvaise chose si l’on accepte cet état de faits, et qu’on s’amuse des contraintes.

Dominique Sanchez - Flickr

 

Le goût du Coca en canette

 

C’est un autre lieu commun qui m’a fourré cette idée dans le crâne: vous savez, cette légende urbaine qui veut que le goût du Coca en canette soit différent de celui du Coca dans une bouteille en verre, lui même différent de celui du Coca dans une bouteille en plastique. Avant d’avoir entendu cette assertion, il est probable que vous ne l’ayez jamais remarqué. Et puis en goutant, vous vous êtes rendu compte que oui, c’était peut-être vrai. Le contenant, en verre, en métal ou en plastique, a modifié les composantes mêmes de la boisson, et ont vraisemblablement modifié sa saveur. L’essentiel n’est pas de savoir si cela est vrai, mais de le ressentir comme vrai.

De la même manière, et les oenologues l’ont compris depuis longtemps, on ne boit pas de vin rouge dans un verre à whisky: les formes de verre différentes sont là pour magnifier les arômes des boissons respectives, de sorte que le vin rouge doit être versé dans un verre ballon, dont le fond est plus large que l’ouverture, afin d’en conserver toute la finesse. Le verre à whisky, lui, a un fond plat et des parois droites, mais il a quelquefois une forme de cloche étroite et inversée, pour le bon et vieux whisky notamment, afin d’éviter que son goût ne s’évapore. Quant à la bière, elle est servie dans de grandes pintes, car sa saveur réconfortante est probablement davantage liée à la quantité ingérée qu’à ses nuances subtiles. En faisant quelques recherches sur les verres, j’ai été étonné de voir combien il y en avait: en fait, il y a quasiment un verre différent pour chaque boisson.

«Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse », disait Alfred de Musset dont le goût pour la boisson était notoire. Et chacun de reprendre cette maxime célèbre au nom de l’ingestion incantatoire de contenus numériques.

DeusXFlorida - Flickr

 

James Bond sur l’écran de ton portable

 

Extrait d’un dialogue récent avec un ami:

Lui: Tu as vu le dernier James Bond?

Moi: Non, j’ai pas eu le temps ni l’envie d’aller au cinéma.

Lui: Moi je l’ai vu sur l’écran de mon ordi portable.

Moi: Ha bon? Il est déjà sorti en DVD?

Outre le cynisme manifeste dont fit preuve votre serviteur, je constate une chose: pour moi, il est impossible d’envisager de voir un film à grand spectacle sur un petit écran. Je l’ai constaté aussi en regardant la première saison de Games of Thrones, sur ma télé pourtant d’une taille respectable mais dont l’âge commence à se faire sentir: la télévision n’est plus assez grande, j’arrive à peine à lire les inscriptions originales du générique. La série a été tournée pour être appréciée sur un écran plus grand que le mien, de sorte que le niveau de détail que j’ai ressenti est sans doute inférieur à celui qu’à voulu le réalisateur. Même constat pour le Hobbit: la qualité est telle sur l’écran géant d’un cinéma moderne que j’imagine mal comment je pourrais le revoir sur ma télé sans être affreusement déçu.

Quel rapport avec le livre? Selon moi, tout, justement.

Nous ingérons les contenus numériques avec une frénésie effrayante. Nous gobons que que nous arrivons à attraper au passage, sans plus nous soucier de l’expérience de lecture: nous lisons un contenu vide de contenant (un comble).

Porschelinn - Flickr

 

Un contenu vide de contenant

 

Je pars du principe que l’expérience de lecture est de fait gravement influencée par le support sur lequel elle a lieu, et que les designers d’ebooks comme nous devraient prendre en compte cette donnée avant de céder aux sirènes du tout support. Car réduire un texte à ses mots, c’est aussi réduire une toile à la seule peinture: en omettant la lumière, la taille de l’oeuvre, la distance à laquelle la regarder, etc.

Imaginez un instant admirer le Sacre de Napoléon (une toile qui doit bien faire dans les 8 mètres de long) sur l’espace d’un timbre poste. Oui, la peinture est la même: elle a été reproduite au micro-pica sur le timbre. Pourtant, vous n’êtes pas capable de l’apprécier à sa juste valeur. Et David de se retourner quatre fois dans sa tombe.

Concernant le roman, bien sûr, on peut mesurer une différence moins importante que pour les livres richement illustrés comme Kadath, dont j’imagine difficilement une expérience potable sur un écran inférieur à celui de l’iPad si l’on ne veut pas perdre quelque chose au passage. Les livres d’art sur iPhone sont un défi technique, ergonomique et artistique, et il va de soi qu’une simple transposition ne suffit pas: il faut parler d’adaptation.

Mais pour aller plus loin, je pense (et j’entends déjà les voix s’élever) qu’on ne peut pas lire Proust (oui, c’est tombé sur Proust, mais ça aurait pu tomber sur n’importe qui d’autre) de la même manière sur une feuille de papier, sur l’écran d’un iPad et sur celui d’un smartphone Samsung, par exemple.

Moriza - Flickr

 

Typographie numérique: une voie obligatoire pour les ebooks designers

 

La valeur de ressenti d’un texte ne se mesure pas seulement au nombre de ses mots, ou à leur simple alignement sur une surface plane: elle se mesure aussi à leur ordonnancement. On peut difficilement apprécier tous les textes sur l’écran d’un smartphone, pour des raisons très simples:

  • l’alignement n’est pas le même: sur l’écran d’un smartphone (ou plus généralement sur un écran plus petit) les textes sont souvent justifiés à gauche,
  • l’interligne adapté à une liseuse n’est pas le même que pour un écran plus petit, et la résultante est une composition floue, désagréable à l’oeil,
  • une taille de la typo suffisamment grande pour permettre la lecture sur un petit écran oblige les retours à la ligne à répétition, ce qui donnera des lignes de quatre ou cinq mots… l’oeil se fatigue, l’expérience est dégradée…

On pourrait continuer à l’infini.

Attention, personne ne dit qu’il ne faut pas lire sur smartphone! Ces appareils sont des outils de propagation du numérique exceptionnels, et contribuent en grande partie à son succès. Le contenu de cet article s’adressant prioritairement aux professionnels, en cela nous cherchons la petite bête. Bien entendu, plus l’écran est large, meilleure est l’expérience: nos yeux lisent plus confortablement sur une grande surface que sur une petite.

Philcampbell - Flickr

 

J’aimerais partager cette idée qui veut que l’on peut lire tout sur n’importe quoi dans n’importe quelle condition (et notamment dans n’importe quelle condition de concentration) mais je pense qu’il s’agit d’une chimère. Le support a définitivement une influence sur la perception de l’oeuvre. En cela, une mauvaise expérience de lecture peut conduire à une mauvaise perception de l’oeuvre numérique… et personne n’a envie de cela. Les ergonomes littéraires ont encore de beaux jours devant eux.

Car le but n’est pas de brider les créateurs, mais au contraire de les inciter à réfléchir leur contenu en fonction du contenant.

Car oui, les contenants numériques existent: je les ai rencontrés.

Publicité dans les livres: un concept intéressant mais impossible en pratique (pour le moment)

C’est la Boîte de Pandore du moment, celle qui ne faudrait pas ouvrir sous peine de voir se déchaîner les foudres des esprits anciens.

Mais la publicité dans les ebooks est un concept vieux comme le mondedu livre numérique (c’est à dire pas très vieux au regard de la durée nécessaire à la fossilisation d’un organisme vivant dans un sol argileux mais passons, en numérique, tout va très très vite et tout vieillit à cette mesure).

 

Un vieux concept

On ne va pas revenir sur le fait que oui, jusque dans les années 70, on avait droit à de la publicité dans les livres, de poche notamment: Harper & Collins faisait la pub du tabac dans les pages de ses ouvrages jusqu’en 1975, avant d’arrêter sous la pression populaire. Dans les vieilles éditions de Dickens, on retrouve tout un éventail de publicités en cases vantant les mérites de tel ou tel service, et les exemples sont nombreux. En bref, on vit sans publicité dans le livre depuis assez peu de temps finalement.

Vient donc la question, bien légitime, de certains éditeurs (principalement numériques, mais on imagine bien que d’autres acteurs y pensent en se rasant le matin): pourquoi ne pas en remettre?

Certaines expérimentations ont été tentées, notamment par Marc-André Fournier pour ses guides MAF consacrés à l’oeuvre de Léonard de Vinci: des publicités contextuelles parsèment le livre, invitant le lecteur à cliquer sur des liens pour en savoir plus.

Cette initiative quasi-expérimentale est suivie ici et là par quelques auteurs en quête de modèle économique, persuadés que l’exemple du web est à prendre pour — si j’ose dire — argent comptant. Et c’est une bonne chose que certains s’y essaient, même s’ils essuient les pots cassés et qu’en pratique, ce modèle n’est souvent pas très rentable.

Mais pour en venir au coeur de cet article, il y a certains obstacles…

Des obstacles de taille (notamment en forme de pomme)

En effet, on pourrait croire que l’éditeur est maître en matière de contenus: ce qui se passe à l’intérieur de son livre est du domaine de sa compétence. Libre à lui, en version papier, de caser le placement de produit qu’il souhaite (les auteurs de polars américains ne se gênent pas pour citer ici telle marque de voiture, là telle marque de soda, etc), ou d’insérer des pages de publicité en début ou en fin d’ouvrager s’il le désire.

Mais en numérique, les choses sont un peu différentes… pour ne pas dire beaucoup.

Nous nous sommes intéressés il y a quelques semaines à la question de la publicité dans les ebooks: nous croyons à l’innovation et à la recherche de nouveaux modèles économiques, et rien n’empêche de penser que pour obtenir une meilleure rémunération des auteurs, on puisse insérer de la pub dans les pages, de manière non intrusive, en échange d’un rabais sur le prix de l’ouvrage pour le lecteur final, voire même de sa gratuité complète si l’annonceur prend complètement en charge les coûts liés. Certains services, comme par exemple YouBoox, proposent une offre freemium permettant au lecteur de lire gratuitement un ouvrage en « subissant » une bannière au-dessus de la page, retirée en cas d’abonnement premium. Nous n’avons pas été spécialement convaincus par l’expérience, ceci dit: l’intrusion de la bannière est trop présente dans le champ de vision pour permettre une expérience non gênante, indispensable à ce modèle. mais passons.

Car les grands libraires numériques ne l’entendent pas de cette oreille. Que ce soit chez Amazon ou chez Apple, même son de cloche: il est interdit, selon les très sacrées conditions de vente, de mettre de la publicité dans les livres numériques.

N’allez pas croire qu’il s’agisse d’une brusque poussée d’internetum libertaria, cet étrange syndrome qui pousse certains acteurs du web à ouvrir leurs conditions d’utilisation plutôt que de les fermer. C’est beaucoup plus prosaïque: de la publicité oui, mais pas à n’importe quelle condition. En l’occurrence pas aux conditions de l’auteur, ni même celles de l’éditeur, mais à celles du distributeur.

Et ça, c’est un peu nouveau. (vous allez dire, on est habitués)

 

Cake - marc.flores - Flickr

La publicité: un gros gateau

Divers brevets ont été déposés, notamment par Apple, pour introduire de la publicité dans les applications et par extension, dans les applications de lecture. Amazon, quant à lui, ne se cache plus de rien puisque la publicité fait partie intégrante de son modèle économique désormais: si vous voulez vous débarrasser de la publicité qu’arbore votre Kindle Fire sur son écran d’accueil, il faut en payer le retrait via une option qui vous délestera d’environ une dizaine d’euros.

La démarche est claire: les distributeurs veulent leur part du gateau et, comme ils sont gourmands, ils préfèrent le gateau en entier. Alors que le distributeur est libre, via son système propriétaire, de vous inonder de publicités et d’en retirer les bénéfices, les éditeurs n’ont pas le droit d’en user, même s’ils voulaient par exemple mieux rémunérer leurs auteurs et leur proposer des compensations un peu plus acceptables que celles auxquelles ils ont droit ces jours-ci. Apple et Amazon, et d’autres dans leur sillage, préfèrent passer par leur propre régie publicitaire, plus lucrative sans doute, plutôt que d’alléger les coûts qui pèsent sur le marché et sur la création.

Bien sûr, de nombreuses questions se posent pour pérenniser ce système: quel prix, quelle rémunération, quelles statistiques de lecture prises en compte (pages parcourues, temps de lecture, temps passé sur une page, clic sur annonce, etc, tout reste à définir)… mais pour que l’on puisse répondre à ces questions, il faudrait tout d’abord pouvoir tester la fonction in vivo.

Ce que les éditeurs sont, en l’état, incapables de faire puisqu’on les en empêche…

Reste toujours la possibilité de tester ici et là avec des libraires ouverts aux expérimentations, comme ePagine. Les taux de fréquentation ne sont pas les mêmes, les publics non plus, difficiles donc d’en déduire la pertinence à grande échelle tant qu’on n’a pas accès au grand bain… mais l’effort est tout de même à signaler.

 

Ad - fdecomite - Flickr

Décider par soi-même: un combat à mener

Sans être un partisan à toute épreuve de la publicité dans les livres (celui-ci doit être « intelligente », à la manière des très beaux exemples qui avaient été mis en place dans le magazine iPad de Richard Branson « Project »), nous militons pour une démarche ouverte et transparente.

Les éditeurs devraient pouvoir décider par eux-mêmes, et surtout au cas par cas, de la présence de publicité dans leurs ouvrages… sans quoi la démarche est vide de sens et le lecteur promis à des lectures très très énervantes.

Librairies numériques: la catastrophe des moteurs de recherche

Je ne sais pas pour vous mais il y a un truc qui m’énerve prodigieusement quand je fais une recherche sur la base de l’iBookstore: la mauvaise qualité de la recherche “approximative”.

Quelquefois, vous n’avez simplement pas en tête la bonne orthographe d’un titre ou d’un auteur. Mieux, vous avez un titre mais il n’est qu’incomplet, ou bien vous avez vaguement un nom d’éditeur en tête pour l’avoir entendu dans la bouche d’un chroniqueur littéraire. Bref, vous aimeriez bien qu’on vous aide à retrouver ce $%#¥£~% livre et le moteur de recherche est censé être là pour ça. Ceux qui ont travaillé en librairie comprennent ce désir, puisque 80% des requêtes des clients concernent ce type de recherches incomplètes. Soyons réalistes: il est très rare que l’acheteur ait la référence complète de son ouvrage.

Bref. C’est là que les choses se gâtent.

En toute impartialité, j’ai tenté un petit test tout simple sur les moteurs de recherche des principales librairies en ligne. J’ai voulu tenter de trouver un grand classique de la littérature française — on ne m’accusera pas d’avoir pris un obscur roman inconnu de tous — mais j’ai fait une petite bourde. Oh, maladroit que je suis! J’ai cherché “Les trois mousquetaire” (sans le S final, donc) et Alexandre DumaT (avec un T à la place du S). Vous remarquerez que j’ai été gentil de ne pas rechercher “Les Six Capitaines d’Antoine Dupieu”: on reste dans une recherche très simple, en fait le minimum d’erreur que l’on puisse trouver dans un titre et un nom d’auteur (pour le reste, il y a votre libraire).

Et bien il y a de quoi être surpris.

D’abord, sur Immatériel:

Pour la recherche “Les trois mousquetaire”, pas de problème. Fiche de lecture en premier mais tous les autres résultats suivants sont le livre en question.


Pour “Alexandre Dumat” ça se gâte. Sur les 10 premiers résultats, seuls 3 concernent Dumas. Les autres sont centrés sur “Alexandre” (Le Grand, notamment…). Peut mieux faire.

Ensuite, sur Feedbooks:

En recherche par titre, on trouve la même chose, que l’on tape “mousquetaire” avec ou sans S. Un peu disparate mais on trouve tout de même ce que l’on cherche. Pas de surprise.


Avec “Alexandre Dumat” en revanche, aucun souci: les notices renvoyées sont toutes des notices en rapport avec Dumas.

Sur ePagine:

Pas de souci sur le titre: le S manquant n’est pas problématique et le moteur retrouve nos mousquetaires.


En revanche, sur le nom de l’auteur, catastrophe: aucune notice renvoyée. On nous éjecte direct sur la liste des meilleures ventes (non merci).

Sur Amazon:

Encore une fois, aucun souci sur le titre. Mention spéciale à la petite liste dynamique déroulante qui se met à jour à chaque lettre tapée dans le champ de recherche. Si on veut faire une faute, on la fait… Mais c’est pas facile!


Même problème qu’Epagine sur le nom d’auteur, et surtout qu’Immatériel: on nous suggère d’aller jeter un oeil du côté d’Alexandre plutôt que de Dumas. Pas beau!

Sur Kobo:

Apocalypse sur les titres: le moteur ne renvoit aucune occurence valable dans les premières recherches.


Du mieux sur la recherche par auteur: mais c’est à se demander si les éditeurs de chez “Ebooks libres et gratuits” n’ont pas inséré le mot clef “Dumat” dans leurs métadonnées, car ce n’est pas la première fois qu’ils apparaissent en haut des listes. Dans ce cas est-ce grâce au moteur de recherche ou à la prévoyance astucieuse de l’éditeur?

Chez Decitre:
Le seul qui a passé le test haut la main, aussi bien sur le titre incomplet que sur l’auteur mal orthographié! Bravo! D’autant que la barre de recherche est elle aussi dynamique, ce qui facilite grandement les recherches.
Sur Apple:
J’ai gardé le meilleur pour la fin. Cela se passe de commentaires.

On le voit, il y a encore du boulot… La vente des livres numériques passe aussi, et surtout, par une bonne circulation de l’information, et des algorythmes de recherche puissants et sûrs. Il faut continuer en ce sens, et améliorer les outils existants.
Sans quoi publier un livre revient juste à jeter un caillou au milieu de l’océan…

Watermark: un DRM qui ne dit pas son nom

Il existe plusieurs moyens de protéger son livre contre le piratage.

Le plus simple — pour le distributeur ou l’éditeur — est encore d’apposer un DRM Adobe puisqu’il est supporté par la quasi-totalité des applications de lecture et des liseuses. En revanche, il s’agit probablement de la solution la plus compliquée pour les lecteurs. Pour en avoir moi-même fait l’expérience, il suffit d’une fausse manipulation, d’un défaut de mise à jour, d’un problème d’identifiant, de mot de passe, ou simplement d’une machine mal lunée ce jour-là, pour vous retrouver avec un livre absolument illisible.

En cela, certains éditeurs choisissent de faire appel à une autre formage de protection: le watermarking, ou marquage numérique pour les Jacques Toubon de la toile.

Le watermarking fait partie de l’éventail qui s’offre à tout éditeur ou distributeur numérique en matière de protection contre la copie illégale, contre le piratage. Mais il est différent du DRM Adobe en ce sens qu’il n’est pas une “clef”, un cryptage numérique. Il est simplement une mention “imprimée” sur l’ebook.

image

Comme on le voit dans la marge de gauche, mon nom et mon adresse mail ont été insérés de manière à ce que, si par grand malheur je décidais de partager ce livre avec d’autres, on puisse immédiatement retracer son origine. Le livre ne sera pas illisible, le livre ne sera pas effacé. En fait, aucun contrainte ne s’applique à la copie d’un livre watermarké… si ce n’est une contrainte morale.

En effet, le watermarking est un DRM psychologique. Plutôt que de contraindre par la force, plutôt que de persuader par la raison, il emploie une technique d’auto-répression douce et violente à la fois: la peur.

Utiliser la peur pour lutter contre le piratage?

Je n’aime pas les DRM. J’ai déjà perdu trop de temps à essayer de faire fonctionner un livre que j’avais honnêtement acheté pour les porter dans mon coeur. Les livres chez Walrus sont certifiés sans DRM, et à chaque fois que nous proposons des missions d’accompagnement de projet numérique à nos clients éditeurs, nous militons en faveur du NO DRM AT ALL.

En utilisant ce filigrane numérique, on voudrait croire qu’il s’agit d’un moindre mal: en effet, il dissuade l’utilisateur malhonnête de partager le fichier tout en incapacitant en rien le lecteur honnête.

Pour autant, lorsque je lis un livre watermarké, j’éprouve un sentiment de malaise.

Je me sens regardé. Épié. Le livre m’observe, et il me chuchote à l’oreille de vagues menaces. “Je te tiens à l’oeil”, dit-il. “Ne t’avise pas de marcher en dehors du sentier, ou tout le monde saura à quel point tu es malhonnête”. Il y a une sorte de contrat moral implicite entre un livre watermarké et son utilisateur. Certains poussent le vice jusqu’à vouloir insérer le numéro de carte bancaire de l’acheteur dans le watermark. Impossible dans ce cas de songer ne serait-ce qu’à prêter son livre numérique! Car oui, un livre doit pouvoir se prêter, numérique ou non, lorsqu’on fait l’achat du fichier complet.

Je me demande dans quelle mesure il n’y a pas méprise sur l’ennemi: en indiquant à chaque lecteur qu’il est un pirate potentiel, en le lui rappelant à chaque page, ou à chaque fin de chapitre, on laisse tomber la question de la confiance entre un éditeur, un auteur et son lecteur.

Alors, les gens rigolent quand je parle de confiance.

Pourtant, avouez que lorsque vous mettez un DVD sur votre platine de salon (acheté en bonne et due forme chez votre revendeur favori) vous êtes les premiers à soupirer devant ces messages interminables de lutte contre la copie, de véritables menaces… alors que justement, vous venez d’acheter le disque légalement! Je préfère ces courts messages de certains éditeurs de DVD où un énorme “THANK YOU” tombe du ciel, pour vous remercier de vous être procuré légalement le même disque.

C’est un avis tout à fait personnel: mais quand on ne me fait pas confiance à la base (sans aucun fondement), je ne suis pas enclin à faire quoi que ce soit pour mériter cette confiance. La peur, pour moi, est une arme trop puissante pour être utilisée dans ce cas. Ne devrions-nous pas simplement faire preuve de didactisme, expliquer, encore et encore, jusqu’à ce que cela semble parfaitement logique à tout le monde?

Une porte fermée à clef est toujours plus tentante qu’une porte grande ouverte. Surtout quand la serrure est en sucre.