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livre numérique

Retour aux sources

Retour aux sources

Walrus est né d’un rêve de libraire. Nous étions des fans de pulps, de littératures infréquentables, d’outrages à la morale et au bon goût, et nous ne trouvions pas forcément de quoi contenter notre appétit sur les tables des marchands de culture. Le numérique nous est apparu comme une opportunité : celle de donner de la visibilité à une littérature que nous chérissions sans courir à la banqueroute avec des frais d’impression coûteux. Nous pensions que la dématérialisation favoriserait la viralité, la dissémination et que nous prendrions rapidement notre essor. Peut-être un peu vite. Walrus a parcouru beaucoup de chemin depuis sa création en 2010. À l’époque, nous étions un peu moins nombreux (coucou Publie.net et Numeriklivres) et le marché était sans doute un peu moins concentré. Nous avons bénéficié d’un certain espace de liberté, je crois. Nous avons inscrit l’expérimentation dans notre ADN, et nous n’avons d’ailleurs jamais vraiment cessé, que ce soit avec le Kadath des éditions Mnémos ou notre catalogue de livres dont vous êtes le héros, ou encore avec Radius, notre expérience full-web. Mais force est de constater qu’entre 2010 et 2015, nous nous sommes un peu perdus en route. Continue Reading

Le Cabinet des Ombres : petit jeu littéraire

À l’occasion de la sortie jeudi 4 décembre 2014 du premier épisode de la série Le Cabinet des Ombres, l’auteur Clara Vanely s’est amusée à en rédiger des quatrièmes de couverture « à la manière de » sur son site Les Arches de Verre. Nous vous proposons de les découvrir réunies ici sur une seule page. N’hésitez pas à visiter sa page web !

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À la manière de… Un Eclat de Givre d’Estelle Faye

Paris, 1880. A la veille de l’Exposition Universelle, la ville est un vaste chantier, surpeuplé, foisonnant, nimbé dans les vapeurs des olfactiveurs et écrabouillé sous la botte des Prussiens. Là vit Ernest Bonenfant, héliographe de son état, filou impénitent et traqueur à la solde de l’Ether. Ernest enquille les contrats moisis et les magouilles plus ou moins légales pour tromper l’ennui et boucler les fins de mois difficiles.

Mais quand le sculpteur Auguste Rodin disparaît mystérieusement en lui abandonnant la surveillance de son effroyable Porte des Enfers, que Camille Claudel lui est fourrée dans les pattes et que les Rêveurs commencent à tomber comme des mouches autour de lui, il ne se doute pas un seul instant que son existence est sur le point de connaître un grand bouleversement…

 

À la manière de… Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski

Après dix heures de bras de fer à l’Hémicycle, lorsqu’il apprend que les rupins de l’Ether viennent de le priver de son droit d’errance et de le condamner à croupir de l’autre côté des Arches, Ernest Bonenfant se dit que le grand Nihil vient de lui jouer un sacré tour de vache. Avant d’avoir eu le temps de se retourner, le voilà débarqué à Paris sous l’autorité du Procurateur Bartholdi.

Purger une peine d’alterration, c’est bien joli, mais quand, à la veille de l’Exposition universelle, la ville est un vaste merdier tenu en respect par une bande de soiffards prussiens et que de toute évidence, quelqu’un en veut à ceux de son espèce, ce sont les ennuis qui commencent à pleuvoir. Bonenfant en vient vite à regretter les traques lointaines et les bonnes vieilles magouilles entre Rêveurs. Désormais, pour sauver sa peau, c’est dans les salons, parmi les députés en habit, les putains et les succubes, qu’il faut jouer de l’annihilateur. Mais il se trouve que les annihilateurs, justement, c’est plutôt son rayon…

 

À la manière de… L’ombre du vent de Carlos Luis Zafon

Paris, ville-labyrinthe, étrange et fantasmagorique, marquée par la défaite et endeuillée par l’ombre des Prussiens. Par un matin brumeux de 1880, à la veille de l’Exposition universelle, le député Courcy, maître Rêveur de surcroit, est retrouvé mort dans une vespasienne sur les grands boulevards. L’héliographe Ernest Bonenfant, alterré qui rêve toujours de sa mère-Patrie, est sommé par le Procurateur Bartholdi de se lancer sur les traces de l’assassin. Là, sa route croise celle de Camille Claudel et de la Porte des Enfers. L’effroyable sculpture va changer le cours de leur existence et les entraîner dans un labyrinthe d’aventures et secrets dissimulés dans les entrailles de Paris…

 

À la manière de… Boulgakov, Le Maître et Marguerite

Comment définir l’Ailleurs ? Les personnages de ce récit sont Paris, un traqueur mythomane, Camille Claudel et Auguste Rodin, la plus belle femme du monde, un succube aux cheveux rouges et la Porte des Enfers… On y trouve des meurtres atroces, un bordel à l’oriental et des vespasiennes.

 

À la manière… d’un roman Young Adult

Traqueur impulsif et arrogant, Ernest a commis une grave erreur. Mis au banc des accusés par ses semblables, il est déféré devant le tribunal des Dynasties. Dans les couloirs de l’Hémicycle qui courent entre les mondes, les chefs des Rêveurs se sont réunis pour le juger et leur décision est irrévocable : Ernest doit quitter l’Ether. Le voilà catapulté à Paris dans une contrée hostile et pavée de mystères. Pour racheter sa faute, il accepte de servir de protecteur à Camille Claudel, sculptrice de génie à la beauté glaciale, hostile à l’Ether depuis des années et rappelée pour veiller sur ‘La Porte des Enfers’. En dépit de leur mésentente, lorsqu’une série de meurtres sordides est perpétrée dans le sillage de la ‘Porte’, ils réalisent que leur enquête les expose à un terrible complot… et que leurs destins sont étroitement liés.

Car dans l’Ombre, un mystérieux adversaire rassemble ses troupes pour reprendre le contrôle de l’échiquier…

 

À la manière… des romans de Jean-Christophe Grangé

Paris, 1880. Ernest Bonenfant, ex-gloire des traqueurs de l’Outre, et Amilcar Bartholdi, Procurateur au passé sulfureux, croyaient tout connaître de la corruption et des ombres qui empestent Paris. Pour des Rêveurs comme eux, c’était aussi commun qu’une descente de railles dans un tripot. Mais ils vont rencontrer pire encore. Des Lueurs annihilées, des corps mutilés dans des mises en scène macabres signées d’un dragon bleu. Attentat orléaniste ou horde de tueurs maniaques ? Ernest Bonenfant se lance dans une traque vertigineuse des couloirs de l’opéra aux caveaux du boulevard du crime. Mais la vérité qui l’attend dépasse son imagination…

 

À la manière… des romans de Terry Pratchett

Ernest Bonenfant est fait comme un rat : le Procurateur a parlé, la chasse à l’homme est ouverte. Hier maître Rêveur et traqueur de l’Ether (son hémicycle, ses Dynasties, ses lois imprescriptibles et ses fûts de cykeon), il ne lui reste désormais que son astuce naturelle, un chapeau bleu Tunon et le nom d’emprunt d’un amant ridicule (Laissez tomber.).

Il pleut. Il gèle. S’il ne traverse pas la Seine pour retrouver l’assassin du député Courcy il croupira pour le reste de ses jours dans cette satanée contrée. Et le fleuve est à ses trousses. Sournois. Rapide. La crue gagne sur lui…

Voici le premier épisode du ‘Cabinet des Ombres’, on y trouve des Prussiens, des succubes, des intrigues politiques, des héros et deux chats.

 

À la manière… d’un roman Harlequin

Lisandru est furieux. Comment Ernest Bonenfant a-t-il pu le trahir alors qu’il a renoncé à tout par amour pour lui ? Car c’est bien pour ce traqueur arrogant que le Corse a renoncé à l’héritage qui devait assurer son avenir et quitté Porto-Vecchio pour s’installer à Paris dans un garni sordide ! A-t-il eu tort de croire que ses serments brûlants signifiaient quelque chose ? N’est-il pour lui qu’un Familier parmi tant d’autres ? Même si cette hypothèse lui brise le cœur, il sait qu’aujourd’hui sa rubrique au « Vapeur » compte avant tout… Et pour forcer son amant à lui revenir et à assumer ses promesses, Lisandru est prêt à tout. Même à révéler au journal le plus en vogue de Paris son secret le plus dangereux — et peu importe si pour cela il devra mettre en péril l’équilibre de son existence et de celle de ses semblables…

 

À la manière… de Harry Potter

Dans un Paris sous les eaux, Ernest Bonenfant s’apprête à rejoindre Camille Claudel pour lui enseigner les bases de l’Evocation. Bientôt, cette dernière sera envoyée en Ether pour se perfectionner dans l’art des Rêveurs. Mais pourquoi Bartholdi, le procurateur général, décide-t-il soudainement de le convoquer chez lui et de lui donner, en plus de ses charges professorales, mission d’enquêter sur le meurtre du député Courcy ? Dans quelles extraordinaires aventures au cœur de la capitale enfumée va-t-il les envoyer ?

Emotion, aventure, art du suspense… Clara Vanely révèle dans ce premier épisode la fascinante complexité de l’univers qu’elle a créé avec Roman H. Grey, et met en place tous les ressorts d’un arc narratif époustouflant.

 

À la manière de… Game of thrones de G.R.R. Martin

Il y a bien longtemps, dans une contrée dont le nom s’est perdu dans les limbes du Nihil, l’ouverture de la Porte des Enfers a bouleversé l’équilibre entre les mondes. La crue est de retour et du fond des caveaux glacés, dans le ventre humide de Paris, des forces sinistres ont commencé à remonter, loin au-delà des grandes Arches de Verre. Au cœur de ce conflit se dresse Amilcar Bartholdi, Procurateur de l’Outre, aussi dur et inflexible que l’Ether qui l’a engendré, et son bras armé, le traqueur Bonenfant. Sorti des entrailles glacées de Paris, porté par un parfum d’orient, voici un conte de Rêveurs et de flâmes, de mercenaires et de putains, d’ombres et de succubes, assemblés tous ensembles par un présage sinistre.

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Le 1er septembre, j'achète un ebook de SFFF francophone

Le 1er septembre, j’achète un ebook de SFFF francophone

 

Ça y est, c’est la rentrée ! Walrus vous prépare de très belles choses pour la cuvée 2014-2015 et vous allez encore en voir de toutes les couleurs avec nos auteurs, mais en ce 1er septembre, c’est d’un autre sujet dont nous voulions vous parler.

À l’initiative du collectif L’Invasion des Grenouilles et inspirée par l’idée originale d’un auteur québécois qui avait lancé le 12 août dernier l’opération « le 12 août, j’achète un livre québécois », une journée de la SFFF francophone vient d’être créée. Son but : promouvoir l’originalité de la littérature francophone de SFFF (science-fiction/fantastique/fantasy) et d’horreur francophone (et dieu sait qu’il y a du talent dans ce vivier). Comme ils le disent si bien sur la page Facebook de l’évènement :

Les auteurs francophones de ces genres ont du talent, de l’imagination à revendre, et méritent d’être découverts.

Autant dire qu’on ne pouvait pas passer à côté d’une telle initiative et qu’à ce titre, nous avons décidé de vous présenter une petite sélection, forcément non-exhaustive, de notre catalogue en guise de suggestions de lectures et d’éventuel guide d’achat pour ce 1er septembre.

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Les Marcheurs de Brume, c’est de la fantasy de haute-voltige : dans un monde littéralement happé par un brouillard impénétrable, des personnages tous plus attachants les uns que les autres vont devoir retrouver leur chemin et un sens à leur vie. Servi par un monde magnifiquement décrit, une action sans temps mort et des habitants dont l’âme transparait à chaque ligne, cette novella vous entraînera loin, pour votre plus grand plaisir. / Prix : 3,49€ — [epub + mobi]

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On ne va pas se le cacher, Emile Delcroix et l’ombre sur Paris est l’un de nos chouchous — et également l’un de nos premiers ebooks parus. Dans un Paris magique et fantastique aux douces fragrances de steampunk, Emile est un étudiant aux Beaux-Arsestranges dont la vie va basculer le jour où il se fera voler sa Muse par un étrange et maléfique personnage. Des catacombes à la Cour Chthonienne, des passages secrets de la Sorbonne aux toits de la capitale, le jeune Artiste n’aura de cesse de la retrouver. On ne peut pas s’empêcher de penser à Harry Potter en parcourant les aventures de ce jeune garçon en prise avec des évènements qui le dépassent. Un must-read que nous vous invitons à découvrir de toute urgence ! / Prix : 3,49€ — [epub + mobi]

9782363761965

Je suis Rage est un roman inclassable. Écrit par Neil Jomunsi, l’auteur de Jésus contre Hitler et du Projet Bradbury, il dépeint les aventures d’Hermann, un homme horriblement misanthrope dont la haine à l’égard de l’humanité va donner naissance à une créature monstrueuse qui s’empressera de semer mort et désolation sur son passage. Hermann parviendra-t-il à l’arrêter avant qu’il ne soit trop tard ? Livre sulfureux aux intrigues poétiques, Je suis Rage cherche dans la noirceur un chemin vers la rédemption. Prix : 3,49€ — [epub + mobi]

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Un de nos séries best-seller, et pour cause : Toxic est un concentré d’adrénaline pure, un joyau d’action mais aussi de situations inextricables et de psychologie diabolique dont on pourrait sans aucun doute tirer une série à succès. Le principe : mélanger les genres. Au moment où des extraterrestres envahissent la Terre (nous, humains, sommes un mets à leur goût et ils raffolent particulièrement de nos doigts en guise de snack) débarque une épidémie zombie qui ravage la planète (et menace donc la récolte). Au milieu de cet invraisemblable bordel tente de survivre un groupe d’humains, pour qui zombies et extraterrestres ne sont qu’une menace de plus face à la cruauté des leurs semblables. Une véritable série culte, disponible en épisodes à 1,49€ ou en intégrale à 4,99€.

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Chez Walrus, nous aimons les livres pas comme les autres ; et Big Bang à Astrahal en est un ! Et pour cause : c’est un livre dont vous êtes le héros. Vous vous souvenez de ces livres-jeux dont nous raffolions plus jeunes (et dont certains, dont l’équipe de Walrus, raffolent encore) ? Nous les avons adaptés à la « sauce numérique » — plus besoin de crayon, de gomme, de dés ou de feuille d’aventure — pour votre plus grand plaisir (7 titres sont actuellement disponibles chez nous). Celui-ci se déroule dans un monde à la Terry Prtachett. Depuis l’avènement de la lune écarlate, c’est le chaos au royaume d’Astrahal : la destination préférée des héros à la retraite est à feu et à sang depuis que Mirlain, un vieux sorcier frappé d’Alzheimer, s’est mis en tête d’ouvrir le multivers aux quatre vents. Le Roi Oldrach et ses concitoyens se voient alors submergés du jour au lendemain par une cohorte de monstres rejetés par l’espace-temps. Un régal de lecture et une vraie madeleine de Proust. / Prix : 3,99€ — [epub + mobi]

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Le numérique permet l’éclosion de talents exceptionnels qui n’auraient sans doute pas vu le jour à travers les voies traditionnelles de l’édition papier, sans compter que chez Walrus, nous aimons prendre des risques. Nous éditons uniquement ce que nous aimerions voir en librairie et dans la liseuse posée sur notre table de chevet ; et c’est pour ça que depuis toutes ces années, nos lecteurs et nos auteurs nous font confiance. En ce 1er septembre, vous pourriez donc, pourquoi pas, faire le choix de découvrir de nouveaux talents de SFFF francophone qui — croyez-nous — le méritent bien.

Le livre numérique comme une clef et comme une porte

Il peut paraître étrange de commencer un article de ce genre par une citation de Howard Phillips Lovecraft, mais je le fais tout de même car c’est elle qui m’a finalement décidé à écrire cet article.

« Yog-Sothoth est la porte. Yog-Sothoth est la clé et le gardien de la porte. »

Je le reconnais bien volontiers, ces imprécations impies ne semblent pas avoir grand-chose à voir avec le sujet qui nous occupe habituellement, vous et moi, mais il n’empêche : ce concept de tout en un, d’un objet, d’un concept — ou d’un dieu, dans le cas précédent — qui peut être à la fois la porte, la clef et le gardien de la porte, me parle. Parce qu’il suffit de remplacer “Yog-Sothoth” par “ebook” et soudain, on se retrouve avec un concept littérairement moins amusant, certes, mais assez intéressant d’un point de vue prospectiviste.

1. Le livre numérique comme objet inerte

Notre conception du livre — et a fortiori du livre numérique — se base sur le fait que nous appliquons la notion d’objet à un fichier informatique. Entendez : « Je paye une certaine somme d’argent contre un objet matériel », avec ici “matériel” au sens large puisque l’objet en question est dématérialisé. Peu importe. L’idée est d’acheter une unité quantifiable contre une certaine somme d’argent. C’est ce que nous faisions avec les livres traditionnels et que nous continuons de faire avec les livres numériques. L’achat a valeur de contrat : vous obtenez une certaine somme d’information ou de narration pour un prix donné. Soit. C’est en ce sens que j’entends que le livre numérique est un objet inerte, dans l’idée qu’il est déconnecté du flot web et qu’il est une entité indépendante, achetable et donc consultable à loisir.

Il s’agit jusqu’à présent de l’identité du livre telle que nous l’avons toujours conçue, et que certaines évolutions remettent en question, avec notamment l’irruption du streaming (lecture online) et de la licence d’utilisation (quand vous achetez un livre sur Amazon ou Apple, rappelons que le fichier numérique ne vous appartient pas : vous n’en acquérez que la licence de lecture).

2. Un glissement vers le web

Je suis convaincu que le fichier .epub est, à plus ou moins court terme, voué à disparaître — ou plutôt, si l’on veut être exact avec les mots, à se dissoudre dans le web comme un morceau de sucre dans du café. Le .epub est un fichier d’archive compilant des données HTML et CSS parfaitement exploitables en l’état (sans transformation) dans une page de navigateur. Pour en avoir la preuve, il suffit de télécharger Readium (si l’on utilise Chrome) ou Epub Reader (si l’on utilise Firefox) pour constater qu’un fichier .epub se lit de la même manière sur une liseuse, une tablette ou un ordinateur de bureau.

Je pense que l’invention du .epub tient en grande partie à notre besoin — très humain, et donc très prégnant – de matérialiser nos “possessions” numériques pour les identifier clairement. Ainsi, en achetant mon fichier, j’enrichis ma bibliothèque, même virtuelle. Je l’incrémente d’une unité quantifiable. Cette invention, était, en soi, superflue : nous aurions très bien pu passer directement par la case web et proposer la vente de nos livres directement via le navigateur. Des expérimentations ont lieu en ce sens, et avec succès, comme par exemple nerval.fr. La presse a fait la bascule, davantage par obligation que par choix. Depuis que je suis abonné à Médiapart, je considère qu’il s’agit là d’une forme tout à fait viable d’exploitation de contenu : pas de publicité, la seule source de revenu est l’abonnement des lecteurs. Le contenant est simplifié à l’extrême pour laisser la place au contenu. Il s’agit d’une véritable expérience de lecture numérique, au sens noble, non-intrusif et non-distractif du terme.

Ces “glissements” progressifs vers le web nous obligent à repenser notre rapport au livre et à notre besoin de possession d’un objet terminé, dont la forme serait définitive et figée. Ils sont un premier pas vers cette évolution nécessaire et inévitable qui conduira, petit à petit, nos livres numériques à fusionner avec le web. Peut-être est-ce là d’ailleurs la véritable différence qui se creusera entre livre papier et livre numérique ? L’un sera figé, l’autre… pas forcément.

3. Le livre numérique comme porte

Depuis quelques mois, l’application de lecture iBooks (Apple) autorise les développeurs à lier un fichier média (vidéo ou audio) non pas à un fichier inline (contenu dans le .epub) mais à un fichier online (hébergé sur un serveur distant). D’un côté, on ne peut que se féliciter du gain réel que cette fonctionnalité apporte aux concepteurs de livres multimédias : les vidéos et les sons pèsent très lourds en terme de poids de fichier et grèvent singulièrement notre marge de manoeuvre lorsqu’il s’agit d’en incorporer beaucoup. Ainsi, on se retrouve avec des livres qui font 500 ou 600 Mo, ce qui n’a aucun sens. De l’autre côté, si l’on n’a pas accès à une connexion internet, le fichier est illisible : la vidéo ne se charge pas et un message s’affiche, du type “Ce contenu n’est disponible que via une connexion wifi”. Si l’on veut profiter du contenu dans son intégralité, il faut donc garder à l’esprit qu’il faudra rester connecté.

L’arrivée de la 4G n’est pas là pour me contredire : les connexions seront de plus en plus rapides et accessibles. De fait (mais cela n’engage que moi), je pense que nous verrons bientôt arriver des appareils dont la seule raison d’être sera de perpétuellement être connectés au réseau. Les smartphones le sont déjà dans une certaine mesure, mais ils sont encore utilisables offline. Ce que je veux dire, c’est que des appareils arriveront qui ne seront utilisables qu’avec une connexion. Que leur usage ne sera même pas envisageable sans. Heureusement, d’ici là, on peut imaginer que tout le monde aura accès — tout le temps — à une connexion internet. Je ne dis pas qu’il faudra être connecté tout le temps (heureusement), mais nous aurons toujours la possibilité de le faire, en plein centre-ville comme au milieu du désert ou dans l’avion (voir le Projet Loon de Google).

La possibilité d’insérer des <iframes> dans les epubs est aussi une concession de plus accordée à la webisation du livre numérique. En somme, les iframes sont des fenêtres sur le web. Ces balises permettent de créer un espace où le contenu d’un site web sera “aspiré” en temps réel. Ainsi, depuis votre livre numérique, vous pourrez avoir accès à des pages hébergées sur le net, comme par exemple un forum d’utilisateurs, un service après-vente ou une interface de discussion avec l’auteur.

À quoi ça sert ? me demanderez-vous. Honnêtement, à pas grand-chose si l’on estime qu’il ne s’agit que d’une manière de reculer pour mieux sauter. Petit à petit, le livre glisse vers le web. Il ouvre des portes — il les entrouvre pour l’instant — et il n’y a pas à douter que bientôt, ces portes seront ouvertes aux quatre vents. Perméables. Je n’évoquerai pas les problèmes de sécurité que cela peut poser. Cela en posera, sans nul doute. Mais c’est un autre débat.

Toujours est-il que pas à pas, le livre numérique ouvre ses portes aux contenus online. Le basculement progressif vers le net est enclenché.

4. Le livre numérique comme clef

Je vais aller un peu plus loin et imaginer un futur proche où la production de livres numériques aura presque complètement basculé vers le web et tendra à proposer des lectures via navigateur en natif, avec la possibilité de télécharger, si on le souhaite, une version offline du contenu (soit en téléchargeant une archive — ici le format .epub remplit sa mission, et c’est peut-être dans ce sens-là qu’il aurait pu être le plus utile — soit en le stockant dans le cache de l’appareil).

Vidé de sa substance, le livre numérique n’aurait plus de raison d’être, puisque tout son contenu serait délocalisé vers un web payant, parallèle au web gratuit (et majoritaire) où l’on achèterait l’accès à une ressource en ligne via paiement à l’unité ou abonnement.

Les libraires numériques devraient-elles disparaître pour autant ? Pas forcément. Quand on cherche une page web aujourd’hui, on passe obligatoirement ou presque par un moteur de recherche. C’est lui qui nous aiguille. Sans lui, nous serions perdus au milieu de la multitude, tant il est vrai qu’ouvrir un site aujourd’hui revient à lancer un caillou au milieu de l’océan. Les librairies numériques pourraient jouer, d’une certaine manière, ce rôle, en vendant des livres qui ne seraient plus des objets finis, mais des clefs d’accès vers des contenus en ligne.

Ainsi, en achetant un livre sur ma librairie en ligne préférée (qui m’en aurait vivement conseillé l’achat grâce à une critique bien sentie et des avis positifs de ses autres lecteurs), j’obtiendrai, par exemple, le premier chapitre ainsi qu’une clef d’activation qui débloquerait un abonnement. Le reste du livre pourrait, dans un premier temps, être contenu dans une iframe, soit carrément renvoyer vers un site web sur lequel sera hébergée la suite du contenu. Le coût de l’abonnement sera compris dans le coût d’achat global du livre, permettant ainsi au libraire de prendre une marge sur l’achat d’abonnement. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne pourra pas directement accéder au contenu en passant par le site web ! Il s’agira seulement d’une porte supplémentaire. Une porte qui, au passage, sera devenue une clef.

On peut également imaginer que le prix de l’ebook comprenne une prestation : l’achat du livre pourrait englober une discussion vidéo d’une heure avec l’auteur, via iframe. Ou encore, pour l’achat d’un livre numérique consacré au Yoga acheté 50€ (soit plus cher que le coût réel de l’ebook), le lecteur aurait droit à deux heures d’initiation dans un cours près de chez lui (prépayé). Encore une manière de voir le livre comme une clef.

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Conclusion

Le web et le livre ont entamé une histoire d’amour qu’ils auraient dû débuter depuis bien longtemps. Petit à petit, l’achat de livre numérique à l’unité glissera vers l’achat, ou l’abonnement, de tout ou partie de sites web online. La bonne nouvelle, chers éditeurs ? Vous n’aurez presque rien à faire pour rendre vos fichiers compatibles. En faisant le choix du .epub, vos livres sont déjà dans ces formats web natifs que sont HTML et CSS. Il suffira de les mettre en ligne, derrière un paywall.

De cette manière, le .epub deviendra peut-être ce qu’il aurait dû être dès le départ : un fichier non pas d’achat final, mais d’archivage.

Lecture en streaming: faut-il céder au chant des sirènes?

Une industrie nouvelle cherche des modèles, et celle du livre numérique ne fait pas exception. Après le succès relatif des services de streaming musical — Deezer et Spotify en tête — il parait donc normal que l’édition s’intéresse de près au système.

 

Petit rappel: le streaming, c’est quoi?

 

Le principe du streaming est simple, qu’il s’agisse d’un film, d’un morceau de musique, d’un livre ou de n’importe quel autre contenu média. Plutôt que de consulter ce dit-fichier « offline » (déconnecté du web, le fichier étant présent matériellement sur votre disque dur ou la mémoire de votre appareil de consultation) vous le consultez « online » (une connexion est nécessaire, et même obligatoire pour consulter votre fichier).

Dans la pratique, qu’est-ce que ça change ? Pas grand-chose si vous disposez d’une connexion permanente, effective et efficace en terme de débit. En revanche, si vous n’êtes pas connecté, pas moyen d’accéder à votre bibliothèque (dans les transports aériens, par exemple, ou dans le train, ou au fond d’un cratère de volcan, où le réseau est en général faible).

Dans le modèle du streaming, le fichier source ne transite pas d’un disque dur à l’autre: présent sur un serveur, il est « distribué » à l’utilisateur final via le réseau.

Mais il y a une petite nuance: là où dans le modèle traditionnel, l’achat d’un film, d’un album ou d’un livre permet de posséder quelque chose (en fonction des revendeurs, car certains comme Amazon et Apple ne vous concèdent en réalité qu’une licence de consultation à vie d’une oeuvre, et non sa propriété), vous ne possédez plus rien dans le streaming.

Le streaming est une fenêtre ouverte. Tant qu’elle est ouverte, vous pouvez regarder à travers. Mais dès que vous arrêtez votre abonnement, vous n’avez plus accès aux contenus que vous avez consultés auparavant. La fenêtre se ferme. Alors vous vous retournez, et constatez que votre bibliothèque est vide. Deux modèles, deux philosophies, deux rapports à la propriété, à la possession ou non d’une oeuvre. Mais ce rapport compliqué n’est pas le sujet de cet article, bien qu’il puisse en lui-même faire l’objet d’une longue analyse.

Le streaming a été porté à la connaissance du grand public par deux phénomènes distincts et pourtant liés.

D’une part, la plateforme Megaupload qui, de son vivant, proposait aux amateurs de séries américaines du monde entier de regarder online les épisodes de leurs shows préférés, en tout impunité. L’enjeu était, avec la surveillance accrue des autorités de management de droits d’auteur, de contourner le problème du téléchargement, facile trackable, en offrant de regarder un contenu en ligne, sans téléchargement donc. Et même si Megaupload n’existe plus en tant que tel, remplacé par son petit frère Mega, plus opaque, d’autres sites ont repris le flambeau et continuent de proposer des offres de streaming illégales.

Le streaming illégal a, de facto, donné naissance au phénomène du streaming légal.

En partant du principe que pour se délester la conscience et se faciliter la vie, des utilisateurs seraient prêts à payer pour accéder à un catalogue légal, facile d’accès et en ligne, les offres de streaming légales ont commencé à se développer. Ainsi sont nés le français Deezer et le suédois Spotify pour la musique (parmi les plus connus, car il en existe d’autres à l’influence médiatique inférieure et à la santé financière moins réjouissante), mais aussi Netflix pour la vidéo à la location. A lui seul, ce trio de tête génère l’essentiel des revenus du streaming mondial.

 

Un point historique: l’industrie du disque et le streaming

 

Quand on cherche des comparaisons pour le livre numérique, on va chercher du côté de l’industrie musicale, ce qui n’est pas forcément une modèle idée dans la mesure où la consommation de livre et la consommation de musique sont deux processus très différents, mais faute de grives…

De 2002 à 2009, le marché mondial de la musique a chuté de 55% au global. En 2012, le marché de la musique pesait en France 590 millions d’€, après avoir frôlé en 2005 le milliard et demi.

On aurait pu croire la chute inéluctable, mais ce chiffre a fini par se stabiliser. Depuis deux ans, les indicateurs ne bougent plus, stabilisés. Qui a sauvé l’industrie du disque? A en croire certains, iTunes et ses ventes d’albums à la hausse. Pour d’autres, le streaming et les plateformes de diffusion à abonnement. Dans tous les cas, la musique a su, pour l’instant, endiguer la chute. Pour combien de temps?

Selon les derniers chiffres du Syndicat national de l’édition phonographique, les ventes numériques affichent une croissance insolente de 13% cette année, représentant dorénavant 125 millions d’€ par an. Soit 25% du marché global de la musique. Pas étonnant que Microsoft et Twitter s’intéressent de près à ce marché qui, après avoir connu bien des déboires, semble retrouver un essor profitable. On ne parle plus que de musique en ligne maintenant.

Mais qu’en disent les artistes? Pas grand-chose pour le moment.

Les chiffres de répartition sont en effet affligeants.

Quand Jean-Paul Bazin, de la Spedidam, parle au Nouvel Observateur des chiffres réels de cette économie naissante, on ne peut s’empêcher de frissonner:

« Les chiffres sont affolants : lorsqu’un titre de Johnny Halliday est téléchargé sur iTunes, il ne touche que 0,04 euro, et lorsqu’il est écouté sur Deezer, la rémunération tombe à 0,0001 euro. Et, dans le même temps, les choristes, le guitariste, le pianiste, le bassiste, le batteur… de Johnny ne touchent strictement rien. Zéro multiplié par un milliard d’écoutes, ça fait toujours zéro ! »

Difficile dans ces conditions de parler de modèle économique. car si les maisons de disques semblent profiter, au même titre que les distributeurs, de la manne financière générée par le streaming, les artistes semblent demeurer les parents pauvres de la chaîne.

Dans un article de Numerama de juin 2012, on apprend que « pour qu’un artiste touche 200€ sur une chanson vendue 0,99€ sur l’iTunes Store, il faut que celle-ci soit achetée 20 000 fois par les internautes ».

Pour le streaming, un ratio est opéré: il s’agit de rapporter, sur une assiette globale, le nombre d’écoutes ou de consultation d’une oeuvre au total des gains générés par la publicité ou par les abonnements. Ce qui n’est pas toujours très gros. Pour Deezer, on mesure qu’en moyenne, un titre écouté rapporte 0,005$ à son auteur. Plus le nombre d’écoutes est conséquent, plus l’artiste touche d’argent: c’est mathématique.

Un label indépendant, toujours selon Numerama, a calculé que pour 800.000 écoutes d’un titre, 4277$ de chiffre d’affaire avaient été générés. Autant dire rien du tout.

Dans un autre article de Numerama, Guillaume Champeau nous raconte la triste histoire de Sebasto, ce chanteur de basse-cour qui après avoir fait un tube monumental, « Fais la poule », vendu 108.000 singles, 116.000 compils et 17.000 téléchargements, s’est retrouvé — par un savant imbroglio contractuel où la maison de disques, grâce aux avances sur recettes, et les agents se sont bien gavés — à recevoir un chèque de royalties de 477€.

Oui, l’industrie s’est relevée, pour un temps. Mais les acteurs du streaming ont une santé précaire. Deezer et Spotify, malgré leurs levées de fonds, ne sont toujours pas rentables.

Quant aux artistes, ils n’y ont toujours pas trouvé leur compte.

En Suède, le streaming pèse désormais pour 57% des revenus musicaux.

 

Pour la lecture, le modèle YouBoox

Dans ce contexte, il n’était donc pas étonnant qu’avec l’essor progressif de lecture numérique, des entrepreneurs s’intéressent au streaming de livres rapidement.

C’est désormais chose faite avec Youboox, qui propose globalement la même chose que Spotify: pour un abonnement de 9,99€ par mois, vous avez accès à un abonnement premium permettant de lire des livres via l’application de lecture, sur votre iPad par exemple. Bien entendu, tout comme ses petits cousins, Youboox permet de lire gratuitement: mais vous devrez « supporter » des bandeaux publicitaires durant votre consultation.

Youboox, tout comme ses homologues, présente son financement ainsi:

revenus publicitaires + revenus liés aux abonnements = revenu total (T)

Les éditeurs présents sur la plateforme Youboox se partagent la moitié de cette assiette globale, soit (T)/2 = (t ) — l’autre moitié revenant à Youboox.

Une fois cette assiette éditeurs délimitée, il faut décompter le nombre de pages lues chez l’un et chez l’autre. Car ce que l’éditeur touche revient à faire une règle de trois très basique: il s’agit du ratio entre le nombre de pages lues au total dans le catalogue de l’éditeur, rapporté au nombre total de pages lues le mois en question sur Youboox.

Ce que l’éditeur touche, au final, est la proportion de ce qui a été lu de son catalogue par rapport à ce qui a été lu dans le catalogue global.

pages lues catalogue éditeur / pages lues Youboox = %

De ce pourcentage, on déduit donc le montant à se répartir par rapport à l’assiette (t).

Selon les propres estimations de Youboox, le service aurait atteint 75.000 personne à février 2013, ne précisant pas s’il s’agit du nombre de téléchargements de l’application ou du nombre d’utilisateurs réellement actifs sur le système. Youboox revendique 5,5 millions de pages vues. Un objectif de 300.000 utilisateurs d’ici à décembre 2013 est évoqué.

 

Est-il judicieux de copier le modèle du streaming musical et de l’adapter au principe, très différent, de la lecture? Pas si sûr.

D’une part, difficile de croire avec les chiffres du disque désormais bien connus que le livre suivra la même voie: la musique étant par essence une activité que l’on peut faire en tache de fond, contrairement à la lecture, les usagers sont forcément moins nombreux et plus difficiles à toucher. Les recettes faibles de l’industrie musicale apparaitront pharaoniques comparées à celles générées par un service de lecture tel que Youboox, par définition moins fédérateur d’un point de vue global. Moins de gens achètent des livres qu’il n’écoutent de la musique, c’est une évidence.

Et même si l’on prend les meilleurs estimations de taux de transformation (en moyenne, pour 10 utilisateurs d’un service de streaming, 1 souscrit à l’abonnement premium), 75.000 utilisateurs, cela ne fait que 7500 utilisateurs premium (dans le meilleur des cas, car on en est sans doute loin). 7500 abonnement premium à 9,99€, le tout divisé par deux, ça fait 35.000 euros d’assiette à se partager entre tous les éditeurs présents sur la plateforme.

Si l’on rajoute à ces 35.000 euros générés par les abonnements les revenus de la publicité, forcément faibles puisque c’est un service jeune et que la publicité y est probablement peu chère, voire quelquefois gratuite pour inciter les annonceurs à venir sur la plateforme, cela ne fait pas lourd à se partager. Et considérant l’équation de base (plus il y a de pages disponibles dans le catalogue global, moins vous touchez, mathématiquement, à moins d’être titulaire d’un best-seller qui raflera 80% de l’assiette globale), il parait difficile de croire le modèle rentable dans l’immédiat.

Difficile de comprendre dans ce cas pourquoi de grands éditeurs comme Dupuis se laissent embrigader dans l’affaire… Peut-être pour tester le service, ou essayer de nouveaux modèles. Mais lorsque les relevés de consultation arriveront, ils tomberont sans doute de haut. L’affaire Harmonia Mundi a fait du bruit, et certains éditeurs pourraient à leur tour être tentés de retirer leurs titres du catalogue.

Contacté à ce sujet, Frédéric Weil des éditions Mnémos nous a livré son témoignage. Il a, comme beaucoup d’éditeurs et d’auteurs, été approché par Youboox pour être présent sur la plateforme. Et même si, dans un premier temps, « le modèle pouvait paraître intéressant », l’éditeur a vite déchanté.

« La publicité telle qu’elle est présentée dans Youboox est intrusive, et ne permet pas une immersion suffisante dans la lecture. D’un point de vue personnel, je m’oppose à toute forme de publicité dans un livre. La télévision a cédé, le cinéma a cédé, et on sait ce qui se passe lorsqu’on cède à la publicité: la création est livrée en pâture aux publicitaires, qui l’influencent, » nous dit Frédéric Weil. « C’est une question d’éthique: je ne veux pas que le livre soit touché par ce phénomène. Car une fois la mécanique lancée, il est difficile de revenir en arrière. »

Difficile de le contredire à ce sujet : la publicité est suffisamment intrusive dans l’application pour rendre toute lecture très difficile.

Quant au confort de lecture, il n’est décidément pas au rendez-vous: la liseuse PDF est de mauvaise qualité, ne permet pas d’agrandir les caractères et contraint à scroller quand on veut lire le bas de la page en mode zoomé freemium… à cause du bandeau publicitaire. Une erreur de base pour tout designer d’interface qui se respecte. Des services tels que Überflip ou Issuu offrent des liseuses PDF de bien meilleures qualités, et l’on en vient à se demander pourquoi les lecteurs sont si maltraités, même pour du gratuit.

Evidemment, on pourrait proposer une lecture au format .EPUB. Mais le problème du comptage des pages se poserait alors! Car un epub est fluide et sa pagination fluctuante. Difficile de mettre sa confiance dans un algorithme de comptage des pages lorsqu’on est éditeur, dans ce cas. Le business modèle deviendrait alors « opaque », s’il ne l’est pas déjà.

Car les éditeurs devraient pouvoir savoir combien se vend le bandeau publicitaire qui trône au-dessus de leur ouvrage. Ils devraient également avoir accès à une meilleure répartition des bénéfices, puisque là où Apple ponctionne « seulement » 30%, Youboox récupère 50% de l’assiette des bénéfices, ce qui paraît énorme.

Enfin, un dernier petit problème est soulevé: quid de l’exploitation streaming d’un point de vue contractuel?

Je ne pense pas que les contrats qui lient les auteurs à leur maison d’édition prennent en compte les revenus du streaming. En tout cas, les nôtres ne le font pas encore, » nous explique Frédéric.

Difficile d’imaginer en effet des contrats adaptés à ce nouveau modèle, et la répartition qu’il conviendrait d’allouer aux auteurs.

Et dans tous les cas, 10% de pas beaucoup, c’est toujours pas beaucoup. Et les auteurs risquent encore une fois de rester sur le carreau…

Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit, dit l’adage. Affaire à suivre, donc.

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A lire aussi: le témoignage de Jean-François Gayrard (Numeriklivres) sur le retrait des livres Numeriklivres de l’applicationYouboox.